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Leïla Belkhir: «La remise en doute de la maladie, c’est très heurtant! »

Mis sous pression, les soignants ont pu compter les uns sur les autres.
Mis sous pression, les soignants ont pu compter les uns sur les autres. - Photo News

Si vous deviez résumer cette pandémie en un mot, quel serait-il ?

Solidarité, surprise, bouleversement me viennent en tête. C’est grâce à la solidarité qu’on a pu s’en sortir au niveau hospitalier. On s’est épaulé les uns les autres et il y a une belle aide entre les hôpitaux. Mais, si je ne dois donner qu’un mot, c’est bouleversement.

Quels sont les 3 gros points noirs de cette crise ?

(1) La communication. Au début, elle n’a pas été optimale sur les informations médicales, le matériel, les recommandations… Au fil du temps, ça s’est amélioré mais il y a encore des couacs. (2) Le manque d’anticipation. On court après la pandémie. On ne voit pas les choses venir et on ne s’y prépare pas sereinement. (3) On manque de perspectives. Qu’allons-nous faire ? Comment allons-nous déconfiner ? Qu’est-ce qui va guider les choix de ce qui est permis ? On doit avoir des perspectives pour tenir.

Quels sont les 3 positifs de cette crise ?

(1)La solidarité. Comme expliqué précédemment, au sein des hôpitaux et entre hôpitaux. (2) Les apprentissages scientifiques. Il y en a eu beaucoup, on le voit dans l’accélération de la mise en œuvre des vaccins. (3) L’amélioration, entre la 1re et la 2e vague, de la prise en charge des patients. Cela a été possible grâce aux études et collaborations entre pays.

Pourquoi le virus n’a-t-il pas été pris au sérieux ?

Je ne sais pas si on peut répondre brièvement à cette question. Quand ça a commencé en Chine, on ne pensait pas que cela allait s’étendre. Il y a régulièrement des cas sporadiques dans le monde, on reçoit tous les jours des alertes.

Aviez-vous imaginé au début de la crise qu’on confine des populations entières ?

Non, vraiment pas. Je pense que c’est unique dans l’histoire moderne !

Comment avez-vous vécu votre rôle d’expert et sa médiatisation ?

Je n’aime pas le mot « expert » car on l’utilise à toutes les sauces. Ici, on reste sur une pathologie nouvelle. Oui, on sait mieux la soigner. Mais, on a un recul de 7 mois. On n’a pas des années d’expérience. Je me décris donc plutôt comme une personne de terrain. Pour la médiatisation, ça a été une surprise. Au début, j’ai refusé par manque de temps. Puis, j’ai accepté car peu de cliniciens intervenaient. Je me vois ici plus comme quelqu’un qui essaie d’expliquer. Je le fais dans les limites de mes compétences. C’est étrange quand on vous reconnaît dans la rue. Mais, je sais que c’est temporaire.

Qu’est-ce que cette crise sanitaire nous a apporté à tout un chacun ?

On ne peut pas généraliser, je pense que c’est très différent selon le vécu. Pour ma part, le virus a bouleversé ma vie professionnelle car, dans les hôpitaux, on est noyé dans le Covid depuis mars. C’est devenu notre quotidien. Cela a eu un impact important sur ma vie privée et familiale car je passais énormément de temps au travail. L’impact est bien différent pour les personnes ayant perdu leur travail, les personnes isolées… Ce qui est sûr, c’est que la vie de tout un chacun a été bouleversée.

Qu’est-ce que cette crise sanitaire a reflété de pire dans notre société ?

Ce qui me fait peur, ce sont toutes ces fausses allégations sur les réseaux sociaux. La remise en doute de la maladie, c’est très heurtant. Surtout pour ceux qui ont été malades et ceux qui ont perdu des proches. Malheureusement, ces mensonges prennent de plus en plus de place.

Quel est votre regard pour l’avenir ?

Je suis optimiste de nature. J’ai besoin pour avancer de me dire que ça ira mieux. J’espère qu’on va enfin contrôler cette épidémie grâce aux vaccins et à l’expérience. Dans l’histoire des épidémies, tout a une fin. Ça devra se terminer un jour.

Connaîtra-t-on encore de telles pandémies ?

On ne peut pas l’exclure. Un virus qui se transmet de l’animal à l’homme, ça a toujours existé.