Abonnez-vous pour 1€

Les échecs de la Belgique lors de cette crise sanitaire

123RF
123RF - 123RF

Maisons de repos. Le point noir de cette crise est assurément le « drame des maisons de repos » pour quasiment tous les experts. « On y a laissé entrer le virus, on n’a pas offert le matériel de protection adéquat et la capacité de test adéquate. Cela a entraîné la note que nous y payons en termes de victimes », expliquait le médecin intensiviste Philippe Devos.

« Ces établissements ont été négligés. On n’a pas su les soutenir faute de moyens. La problématique des homes, on la connaît : le personnel n’était pas formé, pas protégé et pas préparé. Le virus a fait ce qu’on attendait, c’est-à-dire une forte mortalité dans une population fragilisée », s’attristait en août Jean-Luc gala, infectiologue et chef de clinique aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

« Il y a eu une erreur qui a été faite par rapport au personnel des maisons de repos. Il aurait dû être testé de manière systématique et avoir le matériel adéquat. L’idée est qu’on aurait dû faire plus pour éviter la catastrophe qu’on a connue », conclut Catherine Linard, géographe de la santé à l’UNamur.

Le manque d’anticipation. « Sur certains aspects logistiques, il y a eu un manque d’anticipation notamment au niveau du matériel médical et du matériel de protection. Il est certain qu’il a eu, durant cette crise un problème élémentaire d’approvisionnement », affirmait cet été Simon Dellicour, épidémiologiste (ULB).

« Au début, on a été en manque de réactifs pour le testing. Autre problème : certains laboratoires ont rapidement développé des méthodes alternatives de testing mais ça a été très lent d’un point de vue administratif pour pouvoir utiliser cette nouvelle capacité de test. Il y a également eu un grand manque de matériel de protection, notamment pour le personnel de santé. On n’a pas anticipé et on aurait dû être bien plus réactif quand on s’est rendu compte de ces manquements », affirmait Catherine Linard.

« Si on avait été mieux préparé, qu’il y avait eu plus de tests et de masques et que la population avait reçu une meilleure éducation via des campagnes de prévention, on aurait pu avoir un confinement beaucoup plus souple que celui que nous avons connu », ajoutait le Dr Devos à la sortie du premier confinement.

La cacophonie politicienne. « Un point noir de cette crise, c’est la cacophonie politicienne. Je ne vise pas ici Sophie Wilmès et les discours, etc. Je vise les effets de manche. C’est au premier qui twitte quelque chose, qui a donné son avis… », s’insurgeait Yves Van Laethem, porte-parole intérfédéral de la lutte contre le Covid-19.

Une cacophonie liée aussi à la lasagne politique belge et aux 9 ministres de la santé. « La fragmentation de compétences entre les différents niveaux de pouvoir, ça ralenti tout, c’est dur à gérer », mettait en garde le virologue Marc Van Rast.

Une communication désastreuse. «  La communication a été peu claire du début à la fin. Il y a eu des égarements dans la communication et les directives. Dans la première vague, il y a, par exemple, eu le port du masque qui était la mesure phare de contrôle du virus. On avait pourtant la preuve de son efficacité dans les pays asiatiques et l’exemple de pays voisins où le masque a très vite été la règle et où il y a eu très peu de mortalité. Ça a battu le beurre largement. Au départ, on disait que le masque ne servait à rien. La communication a ensuite viré vers : on vous le recommande fortement mais on ne l’impose pas. Tout cela a introduit beaucoup de confusion. Lors du déconfinement, la communication n’a pas été plus claire. Les règles étaient illisibles et incompréhensibles pour la population », assurait Jean-Luc Gala en août dernier.

« On s’est bien rendu compte qu’une grande partie de la population ne comprenait pas toutes les mesures et pourquoi on prenait cette mesure et pas une autre », précisait Catherine Linard.

L’impact psychosocial. « Un autre point négatif est l’impact psychosocial de cette crise. Celle-ci entraîne toujours un grand stress psychologique et social dans les familles ou dans la société générale. Ce stress latent est négatif car ça augmente les problèmes médicaux et ça complique reprise des activités. Les répercussions sociales de la crise ont aussi été très larges », conclut l’épidémiologiste Yves Coppieters.