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Simon Dellicour: «L’arrivée des vaccins est une lumière au bout du tunnel»

Simon Dellicour: «L’arrivée des vaccins est une lumière au bout du tunnel»

Si vous deviez résumer cette pandémie en un mot, quel serait-il ?

Crise, car c’est bien une crise globale qui touche toutes les sphères de notre société.

Quels sont les 3 gros points noirs de cette crise ?

(1) L’anticipation. Que ce soit chez nous ou dans beaucoup d’autres pays, il y a plusieurs étapes où l’on a manqué d’anticipation pour mettre en place des procédures efficaces (notamment dans l’initiation du suivi de contact, même si celui-ci représente bien sûr un défi logistique conséquent), ou encore pour agir efficacement sur les secteurs à risque comme les maisons de repos. (2) La communication. La communication n’a pas toujours été optimale entre les différents acteurs (politiques, population, scientifiques, médias). Mais si ce n’est pas facilement quantifiable, cela a peut-être eu un impact négatif plus ou moins important sur l’adhésion de la population quant au respect des mesures en place entre les deux vagues. (3) La mésinformation. Elle n’est pas facile à contrer car elle est très souvent accompagnée de propos peu habités par le doute. À l’inverse, l’état de la connaissance du virus (par exemple sa dynamique de transmission) est bien sûr encore associé à beaucoup d’inconnues qu’on se doit de rappeler dans le contexte de la communication scientifique.

Quels sont les 3 positifs de cette crise ?

(1) L’effort collectif. Même si cet effort a par moments souffert d’une perte d’adhésion d’une partie de la population (bien compréhensible face à longueur de la crise), il est important de notamment souligner qu’une génération entière de jeunes a mis sa vie sociale entre parenthèses pour protéger les aînés plus vulnérables face virus. (2) La collaboration scientifique. Dans le milieu académique, des équipes de recherche ont collaboré un peu partout dans le monde pour échanger en temps réel données et analyses, ce qui permet tous les jours d’augmenter notre niveau de connaissance sur ce virus, la maladie et son mode de transmission. (3) Les recherches vaccinales. Si elles tiennent leurs promesses en termes d’efficacité de protection, la vitesse à laquelle ces recherches vaccinales sont menées est vraiment épatante.

Auriez-vous imaginé au début de la crise qu’on confine des populations entières ?

Non, je mentirais si je disais le contraire. J’ai été tout simplement surpris par l’ampleur de cette crise.

Comment avez-vous vécu votre rôle d’expert et sa médiatisation ?

Tout est en fait aller très vite et un manque de recul rend difficile la réponse à cette question. Il a en tout cas fallu jongler entre la communication scientifique, les analyses et, bien sûr, avec la situation sanitaire en elle-même sur le plan privé. Dans tous les cas, je n’aime pas et ne me reconnais pas dans le mot « expert ». « Scientifique » ou « chercheur » me semble bien mieux convenir

Qu’est-ce que cette crise sanitaire nous a apporté à tout un chacun ?

Cela aura peut-être renforcé une prise de conscience sur la responsabilité collective face au risque. Quand c’est nécessaire au vu de l’évolution du taux de circulation du virus, on ne se confine pas seulement pour se protéger soi-même mais aussi pour protéger les autres, et notamment les plus vulnérables face au risque. Même logique pour la vaccination à venir.

Quel est votre regard pour l’avenir ?

Plutôt optimiste car, même si on n’y est pas encore, l’arrivée des vaccins est maintenant très clairement une lumière au bout du tunnel. Il va encore falloir maintenir l’effort mais avec une perspective que l’on peut espérer assez positive à moyen terme.

Connaîtra-t-on encore de telles pandémies ?

C’est malheureusement tout à fait possible. Mais espérons que la prochaine fois, on y fera face renforcés par les connaissances et l’expérience acquises avec la crise actuelle.