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Maisons de repos – Covid: un combat à armes inégales

Maisons de repos – Covid: un combat à armes inégales
Belga

Depuis le début de l’épidémie, plus de 9.880 résidents sont décédés du Covid-19. On peut parler de véritable hécatombe. Au total, 56,7 % des décès belges ont eu lieu dans les homes, alors que leur population ne représente qu’à peine plus de 1 % de la population belge.

Le premier cas confirmé en maison de repos remonte au 10 mars, dans l’établissement La Cambre à Watermael. Très vite, on parle déjà de foyer. Les cas s’ajoutent les uns aux autres, les maisons de repos touchées se font de plus en plus nombreuses. Les visites aux pensionnaires sont alors interdites. Mais le virus est là. Empêcher qu’il ne rentre est quasiment mission impossible. Du 1er avril au 21 juin, 89 % des homes ont rapporté au moins un cas Covid-19 possible. Même si, il est vrai, 55 % d’entre eux n’ont enregistré aucun décès.

« Dans les maisons de repos, empêcher les contacts n’est pas possible », relate le chercheur Olivier Hardy, l’un des co-auteurs d’une étude sur la part des décès en maison de repos. « C’est d’ailleurs dans les maisons de repos et de soins de grande taille que l’on a observé le taux de mortalité le plus important. Il y a là davantage de personnel et vu la taille, les risques qu’une personne contamine un grand nombre d’autres personnes sont plus grands. »

Les maisons de repos n’étaient par contre pas prêtes à faire face à ce nouveau visiteur dont on ignorait beaucoup de choses à l’époque. Absence de plan d’urgence, de cohortage, matériel manquant, établissements fermés aux médecins généralistes… La vague est inévitable. Et frappe de plein fouet. 6.083 résidents ont perdu la vie à cause de Covid jusqu’au 21 juin. Cela représente 63,4 % de l’ensemble des décès.

La Belgique semble néanmoins avoir tiré les premières leçons de ce drame. Si 77 % des maisons de repos n’ont toujours pas réussi à éviter le virus d’entrer en leur sein, ce n’est désormais plus là que l’on retrouve la majorité des décès. De 63,4 %, on est redescendu à 48,4 % depuis le 31 août. C’est mieux, même si cela reste beaucoup. « Surtout en Wallonie et à Bruxelles, on voit clairement que la 2ième vague est plus forte en dehors que dedans », analyse Olivier Hardy. « Une fois que le virus pénètre, ils parviennent mieux à gérer. J’imagine que cela est dû au fait d’avoir un meilleur équipement, des règles strictes, un testing plus efficace… »

En plus des équipements, la quasi-totalité (97 %) des maisons de repos wallonnes dispose aujourd’hui d’un plan d’urgence. Des liens se sont également tissés entre les maisons de repos et les hôpitaux. « Depuis, il y a également eu des formations pour l’hygiène, des équipes mobiles sont là pour venir en appui et des protocoles médicaux ont été mis au point », souligne la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale. « Pendant la 1ière vague, les soins étaient des soins palliatifs. Aujourd’hui, il y a des traitements qui semblent avoir des effets sur la maladie. »

La gestion de cette 2ième vague semble donc, pour l’heure, plus efficace, mais aussi plus humaine. Les résidents sont aujourd’hui moins isolés, avec l’autorisation, bien que limitée, de pouvoir à nouveau recevoir de la visite. « Les interdire est la mesure la plus dure que j’ai eue à prendre », admet la ministre wallonne. « Aujourd’hui on sait qu’on ne peut pas empêcher le virus d’entrer, c’est d’ailleurs la leçon de cette 2e vague et on devra s’y résoudre pour la 3e. Mais à partir du moment où l’on sait ça, on doit maintenir du lien social. »

Entre la 2ième et la 3ième vague, un seul élément pourrait encore changer la donne : le vaccin.

Refus d’hospitalisation dénoncés dans l’entre-deux vagues

Dans l’entre-deux vagues, les langues se délient. Des directeurs de maison de repos, mais aussi du personnel soignant s’indignent : certains de leurs résidents n’ont pas été hospitalisés. Très vite, deux documents sont pointés du doigt : l’un de la Société belge de gérontologie, l’autre de la Société belge de médecine intensive. L’objectif indiqué ? Aider à la décision en cas de cas Covid dans les maisons de repos. Avec, comme but sous-jacent, d’éviter la saturation des hôpitaux. La réflexion devait se faire alors, non pas selon l’âge, mais selon la fragilité des patients. Fragilité qui, on le sait, est bien plus importante en maisons de repos…

L’intention avancée était donc de ne pas occuper des lits de soins intensifs si on savait, dès le départ, que cette occupation ne permettrait pas de sauver la personne. Mais plusieurs témoignages laissent penser que, malheureusement, ces documents n’ont pas toujours été correctement interprétés. D’autant que les hôpitaux n’ont, au final, jamais été saturés à l’échelle du pays. Le rapport d’Amnesty internation est accablant : « Certains gestionnaires de maisons de repos ont témoigné à Médecins Sans Frontières que des ambulanciers leur ont demandés : « Vous avez de l’oxygène ? Si oui, on ne prend pas le résident. Et donnez-leur plus de morphine ». Selon l’organisation, certains avaient même pour instruction de ne pas prendre en charge les patients au-delà de 75 ans, voire 64 ans. Même son de cloche du côté d’Unia, le centre pour l’égalité des chances, qui a plusieurs fois tiré la sonnette d’alarme sur le fait que l’âge ne pouvait être un critère d’accès aux soins.

Au cours de la 1ière vague, 78 % des décès ont eu lieu dans les maisons de repos. La 2ième vague ne fait pas beaucoup mieux : depuis le 31 août, 75 % des décès y ont été enregistrés. Néanmoins, il existe désormais une concertation hebdomadaire entre les fédérations hospitalières et le secteur des maisons de repos. Si la ministre wallonne de la Santé Christie Morreal indique avoir à nouveau reçu quelques témoignages de refus d’hospitalisation, aucune interpellation officielle n’a à ce jour été enregistrée côté wallon. Elle appelle donc les médecins à signaler, le cas échéant, pareil refus. Après quoi seulement, des actions pourraient être entamées, au niveau fédéral.

Vers des établissements plus petits et plus participatifs

L’image des maisons de repos en a pris un coup. Alors que la tendance était plutôt aux listes d’attente avant la crise, de nombreux établissements déplorent aujourd’hui de nombreux lits vides. En région wallonne, 88 maisons de repos ont perdu plus de 10 % de leur taux d’occupation sur un total de 602 établissements. « Il y a eu ce focus sur les maisons de repos et il y a eu des interprétations qui n’étaient pas correctes », indique-t-on du côté de Santhea, qui représente des maisons de repos. « C’était compliqué pour les acteurs du terrain qui étaient au feu d’être tous mis dans le même sac. »

Il convient donc aujourd’hui de redorer l’image des homes, mais aussi de repenser le modèle. C’est d’ailleurs ce qu’il ressort de la commission spéciale Covid. La volonté est de revenir à des structures plus petites et d’encourager la participation des résidents à la vie de la maison de repos.

Ces changements ne se feront pas en un claquement de doigts mais certaines choses peuvent être mises en place rapidement. « Il faut arrêter d’infantiliser les résidents et cela peut passer par des formations du personnel », illustre Jean-Paul Wahl, vice-président de la commission spéciale. « Il faut aussi réfléchir s’il n’y a pas moyen que le personnel soit habillé autrement qu’en tablier d’infirmière. Et puis, installer le Wifi serait aussi une bonne chose. Les gens doivent se sentir chez eux, et on doit donc leur accord plus de libertés, tant que faire se peut ! »