Abonnez-vous pour 1€

Dix questions à Charlotte Martin: «Il faut apprendre de nos erreurs!»

Charlotte Martin.
Charlotte Martin. - CHU St-Pierre

Si vous deviez résumer cette pandémie en un mot, quel serait-il ?

Isolement, probablement. Cela aura caractérisé notre situation à tous : à la population belge confinée, aux malades du Covid, à nos personnes âgées, aux soignants face à cette situation.

Quels sont les 3 gros points noirs de cette crise ?

1. La communication inadéquate avec la population, que cela soit de la part des médias, autorités ou experts, ce qui a compliqué à l’extrême la gestion d’une épidémie déjà difficile à gérer par définition. 2. Le fait que cela a encore plus creusé les fossés entre les différentes couches de la population : plus ou moins favorisées, ayant plus ou moins de ressources pour s’informer, pour s’éduquer, etc. 3. Les répercussions sur la santé mentale de la population, qui n’ont pas été anticipées. À nouveau, la résilience d’une population par rapport à une épidémie par définition inédite est proportionnelle à son éducation à la santé préalable qui, en Belgique, est inexistante, à la qualité de la communication vers la population et aux mécanismes de solidarité qui se mettent en place.

Quels sont les 3 positifs de cette crise ?

1. La possibilité, si nous saisissons cette opportunité, que cela débouche vers une amélioration de notre système de santé, entre autres par une simplification de notre système belge. 2. La mise en place de mécanismes de solidarité, toujours insuffisants mais existant cependant. 3. La réalisation par tous qu’on ne peut pas se passer de nos relations aux autres : personnelles, familiales, professionnelles...

Pourquoi le virus n’a-t-il pas été pris au sérieux par certains pays ?

Je pense que tous les pays ont pris la menace au sérieux mais ont décidé de stratégies de gestion différentes. Ceci est expliqué par le fait qu’il n’y a pas de mode d’emploi en cas de pandémie.

Aviez-vous imaginé au début de la crise qu’on confine des populations entières ?

Non, bien sûr, je pense que peu de personnes se sont imaginé qu’on en arriverait là.

Comment avez-vous vécu votre rôle d’expert et sa médiatisation ?

C’était à la fois gratifiant, quand on me renvoyait le fait que j’avais pu clarifier quelque chose ou rassurer quelqu’un. Mais cela a été souvent très frustrant quand j’avais l’impression qu’un message que je voulais faire passer était ’dilué’ dans le déluge d’informations déversé sans distinction.

Qu’est-ce que cette crise sanitaire nous a apporté à tout un chacun ?

Malheureusement, je pense que cela n’aura apporté que du négatif à la majorité de la population : problèmes de santé, isolement, dépression. Les personnes les plus adaptables et/ou favorisées ont peut-être pu en tirer des points positifs : plus de temps avec leur famille, solidarité avec les plus fragiles, apprentissage de nouvelles compétences…

Qu’est-ce que cette crise sanitaire a reflété de pire dans notre société ?

En 2020, les inégalités persistantes dans notre société sont pour moi le problème principal : si nous investissons dans cela, dans l’accès à une éducation de qualité, à des soins pour tous, tout le reste suivra.

Quel est votre regard pour l’avenir ?

Positif, toujours ! Nous sommes en 2020, nous avons accès à une technologie, médicale et autre, que nous n’avions pas pour la grippe espagnole par exemple ! Des vaccins disponibles en quelques mois à peine, c’est inespéré pour sortir rapidement de la crise. Nous pourrions en être sortis avant la fin de 2021 : à nous d’en faire bon usage maintenant.

Connaîtra-t-on encore de telles pandémies ?

Oui bien sûr, c’est naturel dans une population humaine, et évidemment favorisé ces dernières années par nos façons de vivre ultra-connectées, surpeuplées, etc. Il y a déjà eu d’autres pandémies, il y en aura encore, mais l’être humain a les capacités d’y répondre : par contre, il doit à tout prix apprendre de ses erreurs.