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Yves Coppieters: «10% de la population reste sceptique au sujet du virus»

Yves Coppieters.
Yves Coppieters. - Isopix

Si vous deviez résumer cette pandémie en un mot, quel serait-il ?

Vulnérabilité. Cette crise sanitaire nous a mis face à nos vulnérabilités personnelles et institutionnelles. Vulnérabilité des plus âgés et fragiles, du système de santé, des stratégies de prévention, d’un leadership face à une crise à l’échelle de la population.

Quels sont les 3 gros points noirs de cette crise ?

1. Gestion dans les maisons de repos : la mortalité excessive mais aussi la détresse affective et sociale des personnes âgées en maisons de repos ont été un échec de la gestion de cette crise, qui nous oblige à repenser pour l’avenir ces milieux de vie pour nos aînés. 2. Manque de prévoyance en mars et en septembre dernier, en amont des vagues épidémiques que nous avons traversées : nos responsables politiques ont affirmé début mars que « tout était prêt » alors que les experts leur soufflaient en coulisses que ce n’était pas le cas. 3. Limites du système hospitalier : la rationalisation des soins de santé depuis 15 ans dans notre pays a amené un système de soins peu adapté pour gérer des situations plus aiguës comme celles liées « au retour » de maladies infectieuses.

Quels sont les 3 points positifs de cette crise ?

1. La protection de l’humain comme une priorité de société, au détriment d’autres secteurs. Même si ce choix reste prioritaire, il faut retrouver un équilibre avec la reprise de la vie sociale et économique grâce à des meilleures stratégies de protection de la population.2. Résilience du personnel de santé : ou plutôt sa capacité à faire face à un défi gigantesque, à octroyer des soins de qualité et à garantir la même « chance pour tous » au sein de leurs établissements. 3. Adhésion d’une grande partie de la population : aux mesures de protection et au respect des politiques préconisées, même si cette adhésion s’est effilochée depuis mai dernier avec environ 10 % de la population qui reste sceptique sur les mesures à maintenir.

Aviez-vous imaginé au début de la crise qu’on confine des populations entières ?

Non, le confinement a démarré le 20 janvier 2020 à Hubei, en Chine. Jamais nous n’aurions pu imaginer que cela devienne une stratégie de santé publique chez nous.

Comment avez-vous vécu votre rôle d’expert et sa médiatisation ?

Mon expertise vient de ma discipline professionnelle qu’est la santé publique et est nourrie par mes recherches et enseignements. Donc pour moi c’est une extension « inattendue » de mon travail de tous les jours. Maintenant les sollicitations des médias sont très importantes et il est parfois difficile de dégager tant de temps pour y répondre.

Qu’est-ce que cette crise sanitaire nous a apporté à tout un chacun ?

Cette crise nous a montré que nos sociétés individualistes pouvaient aussi se transformer et mettre en avant plus de solidarité et d’approches communautaires.

Quel est votre regard pour l’avenir ?

Il faut que cette crise nous permette de renforcer certaines dimensions sanitaires et sociétales : renforcer la prévention en santé, lutter contre les inégalités sociales, améliorer nos capacités hospitalières, réévaluer les modes de gestion des maisons de repos, renforcer la première ligne de soins et les soins ambulatoires, valoriser le personnel de santé, etc.

Connaîtra-t-on encore de telles pandémies ?

Ce type de phénomène arrive tous les 10 à 15 ans dans nos sociétés. Donc oui le risque est réel et proportionnel à nos modes de vie et aux conséquences de la globalisation. C’est clair que toutes les transitions que nous vivons (climatique, sociale, économique…) favorisent l’émergence de certains micro-organismes. L’avenir dépend donc de notre capacité à rebondir pour changer ces environnements propices au développement d’infections animales chez l’homme, le risque de mutation et les conséquences sur la santé humaine.