La nièce d’Annie Cordy sort du silence: «Je l’appelais ma petite maman»

Annie et Michèle étaient fusionnelles.
Annie et Michèle étaient fusionnelles. - Marc-Antoine Coulon

C’était le 4 septembre dernier. Un vendredi de funeste mémoire. Sur le coup de 18h, Annie Cordy fait un malaise cardiaque dans sa villa de Vallauris, à côté de Cannes. Les pompiers font tout pour la ranimer. En vain. Nini la Chance vient de fermer les yeux pour la dernière fois. Ce jour-là, c’est tout un pan de la vie de Michèle Lebon qui s’effondre. Elle est non seulement la nièce d’Annie, mais aussi son assistante. Elle vivait avec sa tante depuis près de vingt ans. Malgré le chagrin, elle a accepté d’évoquer pour nous la relation si particulière qu’elle entretenait avec notre Annie nationale.

Comment allez-vous, trois mois après la disparition ?

Je ne sais même pas. On était tellement fusionnelles, tout le temps ensemble. On a tous perdu des proches, on sait que le chagrin est souvent plus fort quelques mois après plutôt que tout de suite, où on doit gérer plein de choses. Et là, je suis dans la période où je commence à vraiment réaliser qu’elle ne reviendra pas.

On imagine que c’est d’autant plus dur que les fêtes approchent ?

Pas tellement, car ce n’était pas une habitude familiale. Annie travaillait toujours pendant les fêtes. Il y a juste ces dernières années où on réveillonnait toutes les deux. Mais rien d’extravagant. À minuit, on se souhaitait bonne année ou joyeux Noël et on allait se coucher. On n’avait pas une grande famille.

Vous habitez toujours dans la maison où vous avez vécu ensemble. Ce n’est pas trop compliqué ?

Chaque pièce me rappelle quelque chose, c’est évident. Mais en même temps, c’est chaleureux, car j’ai l’impression de sentir sa présence. C’est agréable de rester dans ce lieu où on a vécu toutes les deux, même si ça fait remonter des souvenirs. Je me sens bien ici.

Rien ne laissait présager une disparition aussi brutale ?

Elle avait 92 ans. A cet âge, on sait que ça va arriver un jour. Mais Annie semblait éternelle. Quand un ami avait suggéré de fêter ses 100 ans à l’Olympia, elle avait répondu qu’elle préférait les fêter à la maison avec des amis. Elle gardait son enthousiasme, même si elle souffrait beaucoup de ses genoux, suite à tout ce qu’elle a fait sur scène pendant des décennies.

Vous avez été étonnée de l’émotion qu’a suscitée sa disparition ?

Bien sûr, ça a été énorme. C’est super-touchant. J’ai encore des sacs de courrier que je garde précieusement, car j’entends répondre à chaque personne. Ça va me prendre des semaines, mais c’est ce qu’Annie aurait fait.

Vous étiez sa nièce, mais aussi son assistante depuis près de vingt ans. Comment s’était nouée cette relation ?

Annie était veuve depuis 1989. Après une dizaine d’années, elle a décidé de vendre sa grande maison dans l’Essonne, où elle vivait toute seule avec sa secrétaire, pour prendre un appartement à Paris. Au même moment, sa secrétaire a pris sa retraite. J’ai commencé alors à aider Annie, car je m’étais retrouvée célibataire au même moment. On était deux femmes seules. Elle m’a proposé de devenir son assistante et j’ai été vivre avec elle.

Elle disait que vous étiez un peu l’enfant qu’elle n’avait jamais eu…

Oui. Je l’appelais ma petite mère. Elle était la petite sœur de ma maman, décédée en 2010. Annie était ma marraine également, une responsabilité qu’elle a prise très au sérieux depuis ma naissance. J’étais la seule enfant de la famille. J’ai bénéficié de son attention et de son amour perpétuel.

Comment était-elle au quotidien ?

C’était une femme assez facile à vivre. Elle avait pourtant un sacré caractère, mais on s’entendait bien. On n’a jamais eu de disputes qui duraient plus de dix minutes. Lorsque ça arrivait, on était comme deux perruches commençant à crier, mais deux secondes après, on passait à autre chose. C’était fini. Il y avait énormément d’amour entre nous.

Quels étaient ses petits plaisirs dans la vie ?

Ses chiens, son jardin, couper des fleurs… En tout cas quand elle ne travaillait pas, car elle avait toujours des projets. Elle travaillait sur un CD de contes écrits par Nadine Monfils. Elle n’a pas eu le temps de l’enregistrer…

Cette image de bonne humeur permanente, ça correspondait à qui elle était dans la vie de tous les jours ?

Oui. Mais avec des nuances. On se fait souvent une image d’Annie tout le temps pétillante. On se l’imagine chantant et sautant sur les tables. Mais pas du tout. C’était une femme très discrète. Elle n’était pas du genre lors de soirées à entonner une chanson ou raconter des blagues. Elle préférait écouter les autres. Elle n’aimait pas les excès, les gens qui en font des tonnes. Elle n’était surtout pas exubérante. Par contre, elle était toujours de bonne humeur, très tendre avec les autres.

La Belgique lui manquait ?

Sûrement. On a gardé toutes les deux une belgitude assez forte. Entre nous, on avait des expressions bruxelloises qui nous faisaient beaucoup rire. Quand on revenait à Bruxelles, on retrouvait l’accent dès qu’on arrivait à la gare du Midi. Elle avait aussi été très touchée quand le Roi l’avait anoblie. Elle répétait que, où qu’elle aille dans le monde, Bruxelles serait toujours dans son cœur. On sait que les Belges auraient aimé qu’elle soit enterrée à Bruxelles, mais on a un caveau familial à Cannes, où mes grands-parents sont décédés et enterrés.

Vous allez continuer à faire vivre son souvenir ?

Je n’ai encore rien de très précis mais je vais faire tout ce qu’il faut pour entretenir sa mémoire. Annie pensait qu’on ne se souviendrait pas d’elle. Elle disait qu’elle n’était qu’une interprète et qu’on se rappellerait uniquement des chansons. Et je lui répondais qu’elle se trompait.

Quelle image voulez-vous qu’on garde d’elle ?

D’une femme au grand cœur, d’une grande générosité. Elle aimait les gens. Et c’était aussi une professionnelle hors pair, une grande travailleuse. Elle ne vivait que pour ça.

« QUI ES-TU ? – ANNIE CORDY », ce lundi 21 décembre, dès 20h sur RTL-TVI

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