«Soul», l’hymne à la vie de Disney+, n’a pas le vague à l’âme

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Nous avons rarement été aussi confrontés à la mort qu’en cette année marquée au fer rouge par le coronavirus. Mais 2020 s’achève sur un véritable hymne à la vie, à découvrir le jour de Noël sur Disney+. « Soul » (âme en français), le nouveau joujou des studios Pixar, crée un précédent en donnant le rôle central à Joe Gardner, premier Afro-Américain tête d’affiche d’un long-métrage en images de synthèse.

Ce qui lui arrive est tout aussi inédit, et cinématographiquement audacieux : passionné de jazz, ce professeur de musique sur le point de se produire dans un club new-yorkais – le rêve de sa vie – tombe dans une bouche d’aération et son âme se sépare de son corps. Il se retrouve dans le « Grand Après », sorte de monde parfait qu’il quitte pour le « Grand Avant ». Là, les âmes apprennent à se forger une personnalité pour leur future existence terrestre, et il se lie à la jeune 22, qui ne s’est pas encore incarnée et n’a aucune envie de l’être…

« La beauté de la vie, c’est la vie elle-même ! »

Déjà l’heureux créateur de « Monstres et Cie » ainsi que des oscarisés « Là-haut » et « Vice-versa », Pete Docter, 52 ans, a eu l’idée de cette histoire – qu’il a coécrite et mise en images – alors qu’il traversait une crise existentielle, il y a cinq ans. « Par obsession pour l’animation, j’ai vécu comme un ermite quasiment toute ma vie », nous confie-t-il. « Un jour, je me suis dit que j’aurais peut-être pu utiliser mon temps limité sur terre à faire d’autres choses. Et puis, je me suis demandé si j’aurais accepté de naître si j’avais eu le choix… » De ce point de vue, il rejoint 22, que Joe tente de convaincre de tenter le coup de la vie. « Mais il comprend à la fin du film que ce n’est pas le succès ou la célébrité, et dans son cas, être sur scène, qui donne de la valeur à sa vie », enchaîne le scénariste Kemp Powers. « Ce qui fait la beauté de la vie, ce ne sont pas nos objectifs et accomplissements, c’est la vie elle-même ! C’est un cadeau d’être en vie. Et toutes les vies ont de la valeur. » « Ce n’est pas par hasard que Joe est un fou de jazz », ajoute pour sa part la productrice Dana Murray. « Car la vie, c’est de l’improvisation. On prend ce qui nous est donné et on se débrouille pour en faire quelque chose de bon. »

La rencontre de l’âme de Joe, qui ne veut pas mourir, et de celle de 22, qui ne veut pas vivre, se passe dans l’au-delà, « montré » auparavant dans bien des œuvres de fiction, dont « Coco », déjà de Disney. Mais personne ne sait réellement à quoi il ressemble, même s’il a été décrit par des milliers de gens ayant fait une expérience de mort imminente. Dans le cadre de leurs recherches, Pete, Dana et Jude Brownbill, qui a supervisé l’animation du film, se sont penchés sur les représentations de l’après-vie des religions et croyances du monde. « On a parlé avec des pasteurs, des rabbins, des chamans… » précise Pete. « Mais à l’arrivée, je tenais à ce que cet au-delà ait le moins d’éléments connus. Je le voulais abstrait, et surtout sans le vieux monsieur à barbe dans un peignoir en or. En revanche, il fallait créer un lieu où l’on sent une connexion avec quelque chose de plus grand que nous. » « Cela a été très flippant de concevoir ce monde, car on pouvait tout faire, mais pas n’importe quoi », admit Bobby Podesta, autre superviseur de l’animation.

Ne pas avoir l’air de fantômes

Et les âmes, alors ? On suppose que cela n’a pas été simple non plus de leur donner forme, elles qui sont, comment l’avancent les spécialistes, de l’énergie pure très lumineuse. « On ne peut même pas les définir comme des êtres, elles sont comme de l’éther, comme des respirations », nous dit Jude. Logiquement, Pete voulut les rendre humaines, avec des expressions faciales, et des jambes et des bras qui ne sont pas toujours là. « Lors de nos premiers essais, elles étaient trop brillantes et transparentes… Elles avaient l’air de fantômes et on ne pouvait pas voir leur visage et leurs mains quand elles sortaient du corps. On a rectifié le tir en leur conférant des couleurs dans les bleu-vert. » Pour l’anecdote, Jude nous a aussi glissé que les âmes encore non-incarnées, comme 22, ont des apparences et attitudes d’enfants.

Dana Murray nous l’assure : c’est la confiance sans bornes que Disney et Pixar portent à Pete Docter qui a permis à celui-ci d’accoucher d’un projet aussi différent et pionnier. Car en plus d’une histoire qui touche au spirituel et à la métaphysique, « Soul » a pour personnage central – on le rappelle – un Afro-Américain. Un autre progrès d’importance ! En version originale, Joe a la voix de Jamie Foxx, et en version française, celle d’Omar Sy.

Parmi les artistes de Pixar qui nous ont parlé du film, on se doit d’évoquer le jeune Black Montague Ruffin, l’un de ses cent animateurs, qui a pris un plaisir très particulier à animer Joe, pour la raison que nous venons d’évoquer. Pour construire ce personnage avec un maximum d’authenticité, Pete Docter réunissait régulièrement Montague et d’autres talents afro-américains du studio pour qu’ils échangent des choses de leur vie, leur culture, leurs habitudes, et les endroits qu’ils aiment. Il les a emmenés entre autres au Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines à Washington, et dans des clubs de jazz à New York. Joe sera-t-il bientôt de retour dans le sien ? Réponse à l’écran.

Une belle « âmeventure » !

La survie de l’âme après la mort du corps, les centres énergétiques appelés chakras, la physique quantique… Toutes ces choses ésotériques sont donc au menu de ce nouvel effort de Pixar et Disney, qui, pour le coup, ont fait preuve de culot. Mais ils ont eu raison, car « malgré » son thème, « Soul », qui aurait dû sortir en salle au départ, remplit toutes les fonctions du divertissement pour petits et grands (les premiers expliquant aux seconds ce qui s’y passe). Il nous fait entrer dans des mondes extraordinaires occupés par des êtres qui le sont tout autant. Antagonistes et rigolos, Joe et 22 vont vivre une vraie belle aventure avec pas mal d’action. Et bien sûr, il y a, à l’arrivée, ces messages existentiels – voire philosophiques – qu’on retrouve dans chaque Pixar, à commencer par le mythique « Toy Story », qui a plusieurs niveaux de lecture. C’est encore le cas ici. Au terme d’une année où beaucoup ont perdu de la joie de vivre, ce film arrive à point nommé – et avec des musiques dingues ! – pour rappeler toutes les bonnes petites choses que l’existence offre au quotidien.

Photos  : Disney / Pixar

« SOUL » – Dès le 25 décembre Disney+

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