Robert Henno, vidéaste animalier: «Je me sens à ma place dans la nature»

Robert Henno, vidéaste animalier: «Je me sens à ma place dans la nature»
Copyright Robert Henno

Quel a été le déclic qui vous a fait choisir ce créneau ?

Dès que j’ai pu marcher, mon père m’a emmené avec mes frères dans les bois, les marais, on y passait tout notre temps libre. Quand j’ai grandi, j’ai pu y aller seul et quand je rentrais de balade, je racontais ce que j’avais vu. Très souvent, on ne me croyait pas. Puis, j’ai reçu mon premier appareil photo, ce qui me permettait d’apporter la preuve de ce que j’avançais. C’est resté toute ma vie une passion, d’abord un hobby, puis j’ai pris une année sabbatique et décidé d’en faire mon métier.

Que faisiez-vous avant ?

Je suis ingénieur commercial de formation. Ma maman était la patronne de la maison, elle avait décrété que biologiste n’était pas un vrai métier : ou je sortais premier de classe et travaillais dans un labo ou je devenais enseignant. Et donc, j’ai travaillé dans une grosse compagnie d’assurances jusqu’à mes 35 ans, ensuite je suis parti un an au Kenya. Je campais, je roulais avec un 4x4 dont les portières tenaient avec du fil… J’en suis revenu en me disant que c’était impossible pour moi de travailler dans un bureau. J’ai créé alors une agence de photos, qui a grandi, et je me suis retrouvé à gérer cette boîte, j’ai ensuite vendu l’agence et je suis retourné sur le terrain.

Qu’est-ce que cela vous procure d’observer les animaux ?

Je me sens à ma place dans la nature. J’aime la solitude, j’habite d’ailleurs au milieu des champs. Même chez moi, j’ai installé des affûts, cela fait tellement partie de ma vie, cela m’est essentiel.

Vous devez être sacrément patient…

Ah oui, je fais d’abord du repérage pour trouver les meilleurs endroits possible, voir comment les animaux vivent, puis je m’installe soit avec un filet au-dessus de moi ou sur une chaise complètement camouflé, il n’y a que l’objectif qui sort, qui fait comme un gros œil.

Et votre coin de paradis, il est…

Il y en a plein, j’ai passé pas mal d’années à filmer, photographier à travers le monde et toute l’Europe et enchaîner les reportages. Je suis revenu fasciné des Llanos en Amérique latine, des Andes, des plongées aux Maldives. Mais je ressens les mêmes émotions au bord du vieux canal entre Seneffe et Ronquières, en découvrant que la nature a repris ses droits sur cet ancien site industriel. Pour ce film, j’y ai passé un an et demi et je vais y refaire un tour de temps en temps. Chaque saison, il y a un renouveau continuel d’espèces.

Quels sont les animaux que vous préférez filmer ?

Les jeunes renards qui jouent devant leur terrier, c’est un spectacle que je pourrais regarder tous les jours sans m’ennuyer une minute.

Vous avez certainement une anecdote de tournage…

En cherchant les castors, un jour de Noël qu’il avait gelé, je suis passé à travers la glace jusqu’à la taille, mon sac photo sur le dos m’a accroché à la surface. Heureusement, j’ai pu m’en sortir, on ne serait pas venu me chercher… J’étais couvert de boue, je suis allé m’asseoir dans la rivière pour me nettoyer et un groupe de marcheurs est passé. Ils m’ont pris pour un malade mental et ont pris peur !

Est-ce facile de vivre de ce métier ?

J’ai pu en vivre, mais aujourd’hui, le prix des photos est tombé à un niveau qui ne permet plus aux photographes de survivre, les prix payés par les chaînes de télé pour les films sont la moitié d’il y a dix ans. Ce qui a changé aussi, c’est que maintenant, on a moins de commentaires off au profit des images qui racontent des histoires.

Qu’est-ce que vous voulez transmettre avec vos films ?

Une anecdote suffit pour vous répondre. Après la projection de mon film sur le bois de Lauzelle, au Festival Nature Namur, un petit garçon de 9, 10 ans m’a sauté au cou et dit : « Monsieur, je veux faire le même métier que toi. » Sensibiliser les enfants est une satisfaction.

« Les ambassadeurs » – Samedi 9 janvier, 13 h 35, la Une

Notre sélection vidéo