«La Chronique des Bridgerton»: la vraie reine Charlotte avait-elle des origines africaines?

Golda Rosheuvel, la reine Charlotte de «La Chronique des Bridgerton»
Golda Rosheuvel, la reine Charlotte de «La Chronique des Bridgerton» - Netflix

Se déroulant au début du XIXème siècle, « La Chronique des Bridgerton  » narre les aventures de trois familles bourgeoises, les Bridgerton, Featherington et Basset, dont les faits et gestes sont dictés et rapportés par l’énigmatique lady Whistledown, rédactrice de chroniques mordantes sur les ragots qui animent la haute société. De quoi affoler ce microcosme dont les pires scandales familiaux et secrets amoureux sont dévoilés au grand jour.

Un microcosme qu’on imagine, par définition, plutôt restreint. La représentation que certains se font encore des bourgeois anglais des années 1800 est d’ailleurs assez étriquée et peut-être caricaturale : des personnes à la peau blanche comme neige, avec des descendants similaires, sans le moindre mélange d’origines. Des codes remis en question ici par « La Chronique des Bridgerton », qui dépeint un Londres de la Régence où les aristos peuvent aussi bien être blancs que noirs ou asiatiques.

Cette ouverture d’esprit s’inscrit dans l’ambiance de la série, qui puise son originalité dans la modernité, avec notamment, un casting bien inclusif. On retrouve ainsi l’acteur britannique d’origine zimbabwéenne Regé-Jean Page dans la peau du duc d’Hastings, ou encore la comédienne Adjoa Andoh, originaire de Ghana, sous les traits de Lady Danbury. Autre personnage incarné par une actrice afro-britannique, la reine Charlotte. Golda Rosheuvel interprète cette souveraine. Si ce personnage n’intervient à aucun moment dans les romans de Julia Quinn (qui ont inspiré le feuilleton), il est bel et bien présent à l’écran. Sachez même que la reine Charlotte a réellement existé ! La grand-mère de la reine Victoria, c’est elle.

Vraie ou fausse Charlotte ?

Dans « Bridgerton », la Queen fait partie intégrante de l’intrigue. Affublée de perruques extravagantes et dotée d’un sale caractère, elle ne loupe jamais aucun scandale. Pour égayer son morne quotidien, il ne lui reste que les polémiques, rapportées dans les chroniques de Lady Whistledown. L’intrigue de la série est évidemment 100 % fictionnelle. Mais la vraie reine était-elle comme on la dépeint à l’écran ?

Née de l’union de Charles Ier de Mecklembourg-Strelitz et d’Elisabeth-Albertine de Saxe-Hildburghausen en 1744, Sophia Charlotte de Mecklembourg-Strelitz était issue d’une famille princière d’Allemagne. Elle se mariera avec le roi George III et régnera sur la Grande-Bretagne durant 57 ans, jusqu’en 1818, année de sa mort. Le couple donnera naissance à pas moins de quinze enfants ! Deux sont toutefois morts durant leur petite enfance. Charlotte ne s’ennuyait jamais, adonnée aux joies du mécénat, des beaux-arts, de la musique et de la botanique. Mais comme le rapporte bien la série, ce bonheur ne fut que de courte durée, jusqu’à ce qu’une maladie mentale ne touche son mari. George III était d’ailleurs appelé « le roi fou ». Charlotte avait donc bien besoin de se changer les idées. Cette histoire, bien qu’évoquée de façon assez brouillonne à l’écran, fait écho au comportement du personnage de Golda Rosheuvel dans « Bridgerton ».

Mais une autre question subsiste. La reine Charlotte ressemblait-elle physiquement à celle de la série ? En réalité, la couleur de peau de la vraie souveraine est l’objet d’un débat de longue date chez les historiens. Pour certains, la reine a inévitablement des ascendances africaines, lui donnant une peau métissée. L’historien Mario Valdes y Cocom lui prête un lien avec la famille royale portugaise d’Alphonse III et sa concubine maure Ouruana. Dans ses recherches, l’historien a découvert plusieurs écrits, renvoyant à l’imaginaire raciste de l’époque. Un médecin royal la décrivait alors « petite et courbée avec un véritable visage de mulâtresse ». Un premier ministre avait également déclaré : « Son nez est trop large et ses lèvres trop épaisses ». D’autres spécialistes contredisent cependant toutes ces thèses.

L’auteure de « Bridgerton », Julia Quinn, nuance : « Pour être honnête je ne pense pas qu’on pourra un jour prouver qu’elle était noire ou qu’elle ne l’était pas. Mais si cela avait été accepté et reconnu à l’époque et qu’elle avait utilisé sa position pour élever d’autres personnes de couleur à des positions de pouvoir, à quoi aurait ressemblé cette société ? » Cette question de la race n’est pas vraiment abordée dans le feuilleton. Comme si finalement, elle ne devait plus être posée aujourd’hui. Seule Lady Danbury dit au duc dans l’épisode 4 : « Nous étions deux sociétés divisées, séparées par la couleur jusqu’à ce qu’un roi tombe amoureux de l’une d’entre nous. L’amour, votre Grâce… peut soulever des montagnes. »

Dans une interview pour Collider, le scénariste Chris Van Dusen s’est exprimé à ce sujet : « On voulait créer une série qui reflète le monde d’aujourd’hui […] La couleur de peau et l’origine des personnages sont deux éléments qui font partie du show. » Il ajoute : « Nous avons étroitement collaboré avec des historiens, qui m’ont appris que la reine Charlotte était la première reine d’Angleterre à avoir plusieurs origines. C’est quelque chose qui m’a tout de suite touché […] La Régence du XIXème siècle était beaucoup plus diversifiée que ce qu’on imagine. » Comme quoi, Meghan Markle n’est visiblement pas la première femme de couleur à avoir intégré la famille royale britannique.

En tout cas, pour revenir à Charlotte, la seule certitude autour de cette reine, c’est que son nom a inspiré un dessert que tout le monde connaît : la fameuse Charlotte aux fraises !

Un casting inclusif… et légitime

En conclusion, remettre en cause la couleur de peau de certains protagonistes de « Bridgerton » et plus concrètement, de certains bourgeois ayant vécu au XIXème siècle, n’est pas justifiable. Plusieurs internautes le prouvent d’ailleurs au travers de tweets, démontrant que la communauté noire était en partie présente dans les hautes sphères de la société de l’époque. Exemple de la journaliste Nadra Nittle : « Les gens se demandent si c’est historiquement juste d’avoir des personnages noirs dans ‘Bridgerton’. Je vous ferai remarquer que Jane Austen a elle-même introduit une femme de couleur dans son roman non terminé ‘Sanditon’, se déroulant aussi en pleine Régence. Crystal Clarke l’a interprétée dans la série télévisée. » Une autre internaute écrit ce Tweet, accompagné de photos : « Les trolls du web se lient contre ‘Bridgerton’ car ils associent historiquement la communauté noire à l’esclavagisme. Voici une rude mise en lumière. »

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