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Pourquoi les coiffeurs français sont débordés… à cause des Belges!

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Mathieu Burglé, Mortagne (France), triste pour les Belges.
Mathieu Burglé, Mortagne (France), triste pour les Belges. - DR

«Depuis une dizaine de jours, cela ne fait qu’augmenter: maintenant quand mon téléphone sonne, un appel sur deux provient de Belgique», constate Mathieu Burglé, de Tendance & Création à Mortagne-du-nord. «Beaucoup de clients nous disent avoir patienté au maximum mais que maintenant, la situation devient insupportable pour eux». Et les nouveaux clients ne sont pas que des frontaliers d’après le coiffeur qui a reçu cette semaine des gens d’Enghien et de Bruxelles.

Les indépendants français ont dû s’adapter à cette hausse de fréquentation et élargir les horaires de travail. «On le fait pour faire plaisir aux gens mais c’est à contrecœur. J’ai deux amies coiffeuses en Belgique et j’ai la boule au ventre pour elles!». Mathieu Burglé a même proposé de leur mettre à disposition son salon deux jours par semaine. Mais elles n’ont pas pu y répondre favorablement en raison des mesures. «Mais je vous assure que nous sommes solidaires. Nous invitons les clients à retourner chez leur coiffeur habituel par la suite».

Ils préfèrent ça que le travail au noir

«Je suis allé chez une coiffeuse la semaine dernière à Willems, village à côté de Templeuve où j’habite», nous dit Louis. «Je préfère cette situation que de faire appel à du black, à des coiffeurs qui doivent se cacher pour aller coiffer à domicile en recevant la prime du gouvernement».

Le Templeuvois assure que la prochaine fois, en tout cas si la situation le permet, il retournera chez sa coiffeuse attitrée depuis plus de 25 ans. «Je l’ai d’ailleurs prévenue de mon intention d’aller en France».

Faire appel à un coiffeur au black, Françoise ne le voulait pas non plus. «Une question de morale surtout et puis je n’avais pas envie de payer plus cher. Du coup, comme on a la chance d’être frontaliers, je suis allée à Saint-Amand chez une coiffeuse que j’avais connue à Tournai». La quinquagénaire a passé la frontière sans état d’âme, «surtout parce que mon coiffeur attitré a arrêté ses activités voilà quelques mois et que, du coup, je n’ai plus de lien particulier avec un coiffeur en Belgique».

«Je la tromperais…»

Tous les frontaliers ne profitent toutefois pas de cette situation incompréhensible. «Je soutiens ma coiffeuse, j’attends…»: cette phrase, on l’a entendue à de nombreuses reprises durant notre reportage. Malgré des repousses et une tête qui ne ressemble plus à grand-chose, vous êtes nombreux à estimer que «résister à aller en France, c’est soutenir les coiffeurs belges «injustement punis».

Marie-Charlotte a même le sentiment qu’elle «tromperait» sa coiffeuse. Du coup, elle «préfère avoir «les cheveux longs et en bataille». Pour Valérie, «hors de question de rentrer dans ce jeu». Elle ajoute: «Nous sommes frontaliers et les règles doivent être les mêmes pour tous. Soit ils ouvrent partout soit tous restent fermés!»

Wallonie picarde: «Le boom du travail au noir chez les coiffeurs»

Emmanuel Vandecaveye et sa compagne, coiffeuse.
Emmanuel Vandecaveye et sa compagne, coiffeuse. - D.R.

La fermeture des salons de coiffure, le conseiller communal tournaisien MR, Emmanuel Vandecaveye connaît particulièrement la problématique. Sa compagne, Camille Delhaye, tient effectivement un salon chez eux, à Gaurain. « Et par la force des choses, je suis la situation à travers elle », témoigne l’élu. Il a, de la sorte, suivi la pression croissante exercée par certains clients qui réclament le passage de leur coiffeuse, à leur domicile. « Quand on leur explique que c’est interdit, ils ne sont pas contents et assurent qu’ils iront ailleurs, et je ne peux pas les blâmer complètement », assure le conseiller. Il s’est fait le porte-parole des difficultés de tout un secteur auprès de députés et ministres. « Comment expliquer aux gens qu’à Lamain, les coiffeurs restent fermés et qu’à Baisieux, à trois minutes de là, ils peuvent exercer en toute légalité ? », note Emmanuel Vandecaveye. « Ce qui est d’autant plus dommage, c’est que cela pousse les Belges à franchir la frontière alors que c’est déconseillé ».

« Une réelle détresse »

L’autre phénomène provoqué par cette fermeture prolongée des coiffeurs, c’est l’augmentation du travail au noir. « Ce qui est paradoxal, parce qu’à domicile, on peut moins garantir les conditions d’hygiène, alors que dans leur salon, les coiffeurs se sont équipés de tout le matériel nécessaire », ajoute le conseiller communal MR.

Il ne veut, toutefois, jeter la pierre à personne : « Certaines coiffeuses n’ont pas d’autre choix que de travailler au black, ne fût-ce que pour remplir le frigo ou payer quelques-unes des factures qui s’accumulent », assure Emmanuel Vandecaveye. « Je ne peux pas cautionner ce travail illégal… mais je comprends leur détresse. Nous, on a la chance d’avoir mon salaire et que le salon soit à la maison. On ne paie pas de loyer. Nous sommes privilégiés, mais beaucoup sont au bord du gouffre et sans même une date qui leur laisse entrevoir un espoir ».

Face à la pandémie, le conseiller communal assure comprendre les décisions du gouvernement « du moins sur le fond », dit-il. « Les chiffres de l’évolution du Covid ne sont pas bons… mais si on continue à garder les salons fermés, il faut alors prévoir un plan d’aide. J’ai envoyé pas mal d’indépendants au CPAS. Jamais ils ne pensaient un jour avoir besoin d’aide et ont même des scrupules à le solliciter. Et à l’avenir, la situation risque d’être encore plus catastrophique. Il faut vraiment agir, les soutenir et prendre des décisions cohérentes… ».

Donner une date de réouverture aux coiffeurs

Donner une date de réouverture aux coiffeurs
Isopix

Les indépendants qui vous appellent, vous ou le cabinet, qu’est-ce qu’ils vous disent ?

Il y a une très grande diversité de situation parmi les indépendants. Il y a les gens, dans l’horeca, parce que leur situation leur permettait de se réorganiser, qui travaillent beaucoup à travers le take away, les plats à emporter. Il y a en a d’autres qui sont situés près de centres-villes, alors que les gens télétravaillent, ou près d’un théâtre, ou d’une école dont la fréquentation ne fonctionne qu’à moitié, eux sont en situation de grande difficulté. Et puis il y a des gens dont l’activité est quasiment, voire totalement à l’arrêt.

Ces personnes sont donc en grande difficulté…

Les gens expriment leur détresse et leurs difficultés. Ensuite, ils sont inquiets des perspectives. Il faut bien se rendre compte que les établissements horeca sont fermés depuis la mi-octobre. Les métiers de contact, eux, sont à l’arrêt depuis le 2 novembre. Et puis comme ils sont en recherche de solutions, ils détaillent : la charge du loyer, le remboursement du prêt de la camionnette et malgré ce qui a été mis en place, pour certains, c’est extrêmement compliqué. Il est clair qu’ils sont en attente de nouvelles mesures.

Ça, c’est pour les secteurs toujours à l’arrêt.

Oui. Et puis il y a des secteurs qui sont en amont. Ce n’est pas l’établissement horeca, ce sont les fournisseurs. Une blanchisserie me dit ce matin : l’essentiel de mon activité, c’est pour l’horeca. Mais l’horeca est à l’arrêt. Vous voyez, on a une grande diversité de situations.

Faut-il penser maintenant à rouvrir certaines de ces activités ?

Je plaide en tout cas, pour les activités de contact (coiffeurs, esthéticiennes, NDR), qu’on puisse réfléchir à une date de réouverture. Bien sûr dans un cadre très balisé. Les coiffeurs ont pris énormément de précautions, ils se sont équipés. Je plaide pour qu’on fixe une certaine perspective. Sur base de chiffres, sur base d’études existantes.

Mais ce ne sont pas encore des dates, ça.

Je suis pour qu’on aille au-delà de perspectives, mais qu’on fixe une date, si possible. Si les chiffres continuent à diminuer. On voit aussi que les gens vont à l’étranger, les frontières ne sont jamais loin. Et puis il se développe une activité souterraine, il ne faut pas fermer les yeux.

On accuse parfois le MR de faire de la « participation-opposition », de prendre des positions différentes de celles de la majorité à laquelle vous participez. Qu’en dites-vous ?

Notre position est très nuancée et en même temps très raisonnable. Ce que nous disons, d’une part, priorité absolue à la santé publique. Maintenant, après de longues semaines de fermeture de certaines activités, on doit mesurer si, aujourd’hui, les études justifient de laisser fermées ou non ces activités. Il faut objectiver les décisions.

Mais des études, ça prend du temps…

On rassemble les données. On ne demande pas qu’il y ait des études qui portent sur de nombreux mois.

«On ne peut maintenir la fermeture des coiffeurs sans preuves»

Sans boulot depuis des mois, les coiffeurs craquent!
Sans boulot depuis des mois, les coiffeurs craquent! - Belga

Les coiffeurs ne cessent de le répéter : leur fermeture est injuste car elle ne se base sur aucune donnée scientifique. « Le ministre de la Santé annonce qu’il n’y aura pas d’assouplissements vendredi. Or il n’y a pas eu de réelle étude scientifique sur l’impact du secteur sur le virus. Rien ne vient donc étayer le fait que nous sommes un vecteur du virus », s’insurge Patrick Dumont de l’Union des coiffeurs.

Une étude a pourtant bien été présentée au Comité de concertation le 18 décembre. Dans celle-ci, les experts assurent notamment que le taux de contamination est « plus élevé » dans les métiers de contact que dans d’autres professions. Mais ils ajoutent que « la base et le type de preuves disponibles sont limités ». « Quand j’ai vu cette étude, j’étais sidéré », commente Patrick Dumont. À l’instar des coiffeurs, de plus en plus de voix s’élèvent donc pour exiger une étude plus sérieuse afin de justifier la prolongation de la fermeture.

« Cette étude qui vient d’être rendue publique, c’est une succession d’observations. Je ne suis pas virologue mais j’ai fait des études universitaires, je peux donc dire que cela n’est pas un travail scientifique », réagit Georges-Louis Bouchez, président du MR. « Nous estimons qu’il faut fournir une vraie étude scientifique au secteur. Il faut un argumentaire plus fort, il faut aller jusqu’au bout en la matière. Ici, il y a beaucoup d’observations et considérations mais il n’y a rien qui démontre par A plus B que ces professions sont des vecteurs de contamination. En décembre, sur un plateau de TV, le professeur Nathan Clumeck a affirmé qu’il n’y a pas de difficultés avec le secteur si le port du masque était respecté. Pourquoi dit-il cela et le rapport dit-il l’inverse ? » Le président du MR exige donc des perspectives pour ces métiers.

« On n’est pas ici dans la revendication. On ne veut pas faire la réunion en dehors de la réunion. Mais, on demande des perspectives. Certains parlent d’une réouverture en mars ou en avril, comme l’infectiologue Erika Vlieghe hier matin. Mais, cela n’est pas possible car il y a aujourd’hui deux types de comportement. D’un côté, on a des personnes qui passent la frontière. De l’autre, on a une économie souterraine qui se développe. Or il vaut mieux maîtriser les choses avec des protocoles. Je ne vais pas vous donner une date pour la réouverture, le débat n’est pas là. Ce dont on a besoin vendredi, ce sont des perspectives, une stratégie. Si certains veulent continuer à maintenir les mesures, il faut revenir avec des rapports plus précis et scientifiques. On ne peut pas maintenir des fermetures très longues sans preuves tangibles. ».

La phrase qui sème la colère

Un avis partagé par l’UCM. « Le contexte épidémique autorise la réouverture des métiers de contact, centres de fitness et agences de paris. Ces secteurs aspirent évidemment à reprendre leur travail et à retrouver leurs clients. Ils peuvent prendre et ont pris toutes les mesures nécessaires pour empêcher la transmission du virus. Le rapport fourni par le gouvernement à propos des salons de coiffure n’a pas démontré l’existence d’un risque, concluant que ‘l’absence de preuves n’est pas une preuve de l’absence de risques’. C’est une argumentation très courte pour priver des milliers de personnes de leur gagne-pain », conclut Union des classes moyennes.

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