Que vaut « WandaVision », la première série Disney+ Originals des studios Marvel ?

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«WandaVision» ouvre la Phase IV de l’Univers Cinématographique Marvel. © Disney +
«WandaVision» ouvre la Phase IV de l’Univers Cinématographique Marvel. © Disney +

En 2019, Marvel Studios achevait officiellement la phase III de l’Univers Cinématographique Marvel sur le succès immense de « Spider-Man : Far from home » qui, avec son milliard de dollars de recettes, faisait pourtant encore petit joueur face au triomphe, juste avant, d’« Avengers : Endgame ». Ce film est devenu, avec ses 2,79 milliards de dollars de recettes mondiale, le plus gros box-office de l’histoire du cinéma. Autant dire que tout allait bien, très, très bien.

La phase IV devait démarrer dès 2020 avec les sorties de « Black Widow » et d’« Eternals ». La crise du Covid a obligé Marvel comme les autres studios à bousculer son agenda en cascade, un Avenger repoussant l’autre jusqu’en 2024 au moins. Mais là où les choses se sont encore compliquées, c’est qu’avec le lancement en 2019 de la plateforme Disney +, la saga cinématographique devait se retrouver liée à des séries directement destinées à la plateforme, dans le même esprit que « The Mandalorian » par rapport à la saga « Star Wars »…

Les séries « Loki », « Wandavision », « Faucon et le soldat de l’hiver » ainsi que la série d’animation « What if ?... » furent ainsi été annoncées dans la foulée du lancement de Disney +. Et là, alors que le dernier épisode de la saison 2 de « The Mandalorian » est sorti le 18 décembre, pas question de céder du terrain à la concurrence en repoussant ces sorties. Et ce même si le Covid est venu perturber aussi leur tournage. C’est ainsi que la phase IV se retrouve à commencer avec « WandaVision », qui ouvre la marche triomphale des Avengers en streaming ce 15 janvier 2021. Deux épisodes sont proposés dès aujourd’hui, les autres suivront à raison d’un par semaine.

Le rêve éveillé de Wanda ?

Et accrochez-vous à votre fauteuil. « WandaVision » va désarçonner les fans de la saga Marvel. Dans cette minisérie en neuf épisodes (chacun au confortable budget de 25 millions de dollars), on retrouve Wanda Maximoff – la Sorcière rouge – vivant un parfait bonheur conjugal avec Vision, à Westview, banlieue de rêve d’une Amérique idéale des années 50… en noir et blanc. Evidemment, sous ce vernis « Happy Days », les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent. Surtout que l’histoire, dans la chronologie de de l’UCM, reprend après la bataille des Avengers contre Thanos, à laquelle Vision n’est pas supposé avoir survécu. Ne sommes-nous que dans le rêve de l’inconsolable Scarlett, et l’univers propret de Westwiew, n’est-il qu’une distorsion de la réalité, une vraie sitcom qui va bientôt montrer d’inquiétantes failles ? Alors que les multiverses (univers multiples aux chronologies différentes) sont au cœur de la phase IV, tout est possible.

«WandaVision», un air de sitcom des années 50, avec Elizabeth Olsen et Paul Bettany. © Disney +
«WandaVision», un air de sitcom des années 50, avec Elizabeth Olsen et Paul Bettany. © Disney +

Surtout que ce pitch ne s’applique en réalité qu’aux deux premiers épisodes, dès le troisième, une nouvelle surprise attend les téléspectateurs ! Les deux premiers nous présentent la série « WandaVision » reprenant le schéma de « Ma sorcière bien-aimée ». Wanda et Vision forment un couple heureux, qui cache ses pouvoirs aux habitants de Westview. Vision (Paul Bettany) ne doit pas oublier de prendre un visage humain chaque fois qu’il quitte la maison pour aller au bureau, où il ne sait pas trop à quoi sert son travail. Wanda (Elizabeth Olsen), comme une bonne petite épouse des années 50, doit tenir la maison propre et préparer le dîner, s’aidant de ses dons de sorcière pour se faciliter la tâche. Le soir, les amoureux se rejoignent dans la chambre conjugale aux lits chastement séparés (heureusement, ils ont quelques trucs pour pallier ce souci). La grande catastrophe à éviter est seulement de dévoiler par inadvertance leurs pouvoirs au patron de Jean-Pierre, pardon, de Vision, quand lui et sa femme s’invitent à dîner, ou de ne pas en faire trop au spectacle de magie présenter devant les voisins, pour les bonnes œuvres à destination des enfants. C’est très drôle, la série jonglant parfaitement avec les codes des séries télé des fifties, avec un clin d’œil complice vers le public.

@wanda.chaos

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Mais de temps en temps, il y a comme un bug dans l’histoire. Quand la femme du boss de Vision répète comme un disque rayé la même phrase, sourire aux lèvres, tandis que son mari s’étouffe à table, quand Wanda trouve un hélicoptère en plastique rouge dans cet univers en noir et blanc où il n’y a pas d’enfants, même quand on fait un spectacle pour eux… Et dès le troisième épisode, ça change. Attention, là, on spoile à fond, passez directement à l’alinéa suivant si vous ne voulez pas trop en savoir. On change d’époque. Finies les fifties, la série « WandaVision », avec les mêmes personnages et lieux, passe aux seventies, avec pantalons pattes d’éléphant et coupes afro ! L’épisode, sur la maternité, est hilarant, mais devient plus inquiétant en même temps, et l’implication de la Sorcière rouge dans cette mascarade dont Vision n’a pas forcément conscience fait de moins en moins de doute. Et si, plutôt que dans la série « Ma sorcière bien-aimée », matinée de « Quatrième Dimension », on était dans une sorte de « Truman Show » ?

Des interférences colorées annoncent que le monde parfait de «WandaVision» n’est peut-être pas le reflet exact de la réalité. C’est le moins qu’on puisse dire! © Disney +
Des interférences colorées annoncent que le monde parfait de «WandaVision» n’est peut-être pas le reflet exact de la réalité. C’est le moins qu’on puisse dire! © Disney +

Chaque épisode, d’une demi-heure, apporte plus de questions que de réponses, avec des indices savamment distillés. On n’a pas l’occasion de s’ennuyer. L’écriture est brillante, les scènes cocasses vraiment réussies, avec un ton parodique délicieux. L’imagination est au pouvoir et tranche complètement avec l’habituel manichéisme des Avengers. Utiliser le potentiel comique d’un personnage comme Vision est la grande idée de la série – Scarlett Witch (Elizabeth Olsen) est dans un rôle plus trouble. Décors, musique (de Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez, le couple de « La reine des neiges »), seconds rôles, tout est au diapason. On espère que ça dure ! Mais pour ça, on fait assez confiance aux scénaristes, Jac Schaeffer et Megan McDonnell.

« Wandavision » est censé lancer l’intrigue de « Doctor Strange in the multiverse of madness », le 28e film de l’UCM (dont la sortie a été repoussée à 2022). Néanmoins, Jac Schaeffer, a vraiment souhaité que la série soit « une lettre d’amour à l’âge d’or de la télévision ». Sur ce point, il a déjà réussi son pari.

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