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Julien Doré présente son nouvel album: «Vivre en pleine nature me rend heureux»

La tenue du clip, il s’est longtemps demandé quand il pourrait la porter. Et il a trouvé!
La tenue du clip, il s’est longtemps demandé quand il pourrait la porter. Et il a trouvé! - Prod

Julien, votre album « aimée » avait tous les atouts pour cartonner. Et c’est le cas. Mais on n’imaginait pas à quel point votre univers ferait du bien, amènerait un peu de douceur et rêverie en ces temps difficiles…

J’avais envie, à ce moment-là de mon chemin artistique, de raconter des choses sur ce monde, tel que je le vois. J’avais envie de cette part de rêve, de tendresse, cette non-prise au sérieux, et de ne pas donner de leçon, d’un peu faire sourire aussi. En disant : « On essaie de se changer les idées ensemble ».

Faire sourire, vous le faites aussi sur les réseaux sociaux. Vous les utilisez presque comme un autre lieu de spectacle que la scène, qui vous est interdite pour l’instant…

En tout cas, c’est un espace où j’ai la possibilité, tout seul, sans filtre, sans cadre, sans que personne ne me maquille ou ne me filme d’une certaine façon, de dire ce que j’ai envie de dire, de partager et de soigner ce que j’ai envie de soigner. J’utilise aussi ces réseaux pour faire des choses, répondre à des questions, régler des petits problèmes. C’est une liberté directe qui me permet d’avoir un lien très fort avec les gens qui m’aiment. C’est comme une loge, en attendant de remonter sur scène. Comme si j’ouvrais la porte de ma loge pour proposer plein de trucs différents… Et je pense vraiment que plein de gens ont découvert qui je suis au quotidien grâce aux réseaux sociaux, aux vidéos où je ne me prends pas la tête.

À vos débuts, certains pouvaient croire, justement, que vous vous preniez la tête, parce que vous vous exprimez très bien, qu’il y a un discours derrière les chansons. Alors que c’est tout l’inverse ?

Oui exactement… Ceux qui m’ont vu sur scène savent qu’au bout de 10 secondes, je me fous de ma gueule. Les gens me disent : « Tu désacralises le côté chanteur aux cheveux longs ». Je ne suis pas du tout du genre à me regarder dans le miroir. Et si je m’exprime bien, c’est juste que je n’allais pas faire exprès d’être débile ! (rires) C’est déjà assez insupportable comme ça que certains n’essaient pas de s’exprimer correctement.

Être sans filtre, sans cadre, c’est à cela que vous aspirez ?

Oui, totalement. Même si c’est déjà le cas car j’ai quand même cette grande chance depuis 12 ans de faire ce que je veux, comme je veux. Ça se voit d’ailleurs dans ma façon d’être je pense ! (sourire) C’est vrai aussi qu’il y a parfois certains cadres dans lesquels on doit plonger pour avoir la chance de s’exprimer, que ce soit la radio, la télé… Je ne vais certainement pas m’en plaindre, ce serait grotesque, parce qu’il y a des milliers d’artistes qui rêvent d’avoir une chance d’accéder à ce cadre-là. Mais c’est vrai que quand on est maquillé, éclairé d’une manière artificielle, qu’on a 30 secondes pour dire qui on est, et qu’on a une psychologie comme la mienne, ce qui va apparaître sera l’inverse de ce que je suis réellement. On dira : « Ohlala, il est prétentieux ! ». Alors que non, je suis juste fermé et intimidé par ce stress-là. Cette psychologie-là est terrible… mais je connais ça depuis mon enfance ! Mon hypersensibilité fait parfois que mon visage se ferme et peut paraître dur. Alors que non. C’est une réaction au stress.

Cette part d’enfance qui est ultra-présente dans cet album et vos clips – à travers les pyjamas que vous portez, les enfants qui vous entourent – elle est de plus en plus importante chez vous ? C’est l’homme qui a envie d’avoir des enfants ?

C’est un mélange des deux. C’est fou comme, pendant des décennies, j’ai mis mon enfance sous le tapis. J’avais assez peu de souvenirs. C’était une période où mon hypersensibilité coupait un peu ma sociabilité, mon envie d’être avec les autres. Et c’est incroyable comme, à bientôt 39 ans, sur cette décennie écoulée, je n’arrête pas d’aller puiser dans cette enfance. Et il y a cette transmission aussi, ma volonté de m’adresser à une nouvelle génération.

Êtes-vous un solitaire ? Vous êtes retourné vivre dans votre région natale, en plein cœur des Cévennes parce que vous aspiriez à cette solitude ?

J’ai fait le choix de vivre vraiment au cœur de la nature et d’une façon assez perdue parce que c’est ce qui me fait du bien, ce qui m’inspire, ce qui me rend heureux. Cette part solitaire est extrêmement importante dans ma psychologie… mais je suis aussi très entouré. Ce changement de vie m’a amené à avoir un rapport totalement différent aux autres. Mes amis, je ne les croise plus autour d’un café ou d’une bière pour 5 minutes, mais je les croise durant 48 heures. Ce déménagement et cette solitude font que mon rapport avec les autres est plus fort. On vit des moments plus intenses. J’ai même redécouvert des amitiés depuis que je vis ici ! Quand je vivais à Paris, mon quotidien était fait d’une quête : « un nouvel album est là, la tournée va arriver ». Je baignais à 100 % dans le côté artistique. Aujourd’hui, c’est un mélange du garçon que je suis dans ma vie au quotidien et de l’artiste. Mais je mesure aussi à quel point c’est une chance. Ce métier m’a permis de déménager pour vivre dans la nature. Et j’ai bien conscience que c’est un luxe que ma passion me permet. Ce n’est en rien une leçon mais un témoignage de ce que j’ai fait comme choix de vie, qui m’éloigne beaucoup de la notion de consommation, du paraître, d’une quête artistique au sens des chiffres, de l’ego…

Charlotte Vanbever

Julien Doré, « aimée » (Sony). En concert, à Forest National le 16 octobre.

Une «renaissance» à venir

Vous êtes nommé aux Victoires de la musique. Vous avez déjà reçu quelques récompenses. Est-ce que cela compte encore pour vous ?

Cette année, c’est particulier parce que c’est le public qui vote pour le meilleur clip, même si je suis nommé aussi en meilleur album. Et je n’arrête pas de penser à cette Victoire pour le meilleur clip qui dépend du vrai public. S’il n’y avait pas eu cette catégorie-là, je t’aurais répondu que les Victoires, c’est aussi une émission qui permet de faire de la musique en live avec ses musiciens, qui permet à plein de prestataires de travailler.

Vous avez choisi votre tenue pour les Victoires ? On vous a vu torse nu en pleine séance d’essayage sur les réseaux…

(rires) J’ai un peu joué les influenceurs… Mais je n’ai pas encore choisi la tenue, ça dépendra de la mise en scène que je créerai.

Votre tournée est programmée à l’automne, avec un passage par Forest le 16 octobre. Ces concerts seront une renaissance ?

C’est le bon mot « renaissance », et je le réutiliserai ! Quand tout le monde - artistes, techniciens, intermittents -, pourra réexprimer son talent, on ne montera plus sur scène de la même façon. J’aurai l’impression que c’est le tout premier concert de ma vie parce que ce sera le tout premier concert d’une nouvelle vie. Les artistes se doivent, aujourd’hui, avant de parler de leur propre personne, de parler de leur équipe. Une tournée comme celle-ci, c’est 80 personnes de l’ombre sur la route. Leur situation est catastrophique, comme plein d’autres secteurs d’activité. C’est un besoin vital, pour leur domaine d’activité et, ensuite, pour les artistes et le public.

Ch.V.

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