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L’acquittement plaidé pour un des patrons de Terra Terra

L’acquittement plaidé pour un des patrons de Terra Terra
D.L.L.

Vendredi dernier, le parquet fédéral avait requis une peine de 10 ans de prison assortie d’un sursis pour ce qui excède la détention préventive de 6 mois déjà effectuée, une amende de 75.000 euros, une interdiction professionnelle de 5 ans et la confiscation de 4.600.000 euros à l’encontre de Philippe G., qui avait créé la société Terra Terra pour son fils Romain, passionné par l’horticulture et la culture du cannabis.

L’objet social de la société était la vente de matériel d’horticulture. « 90 % de ses clients étaient cependant d’importants cannabiculteurs ou des personnes connues dans le milieu du grand banditisme », estimait le parquet fédéral qui reproche à Terra Terra « d’avoir commercialisé du matériel destiné à la culture de plantes dont pouvait être extraite de la drogue ».

« L’enquête a été orientée et dès le début, on est parti du postulat que Terra Terra avait été créée pour camoufler des activités criminelles », plaidait Me Wilmotte. Le conseil de Philippe G. s’est étonné du fait qu’alors que le dossier est essentiellement financier, aucune expertise comptable ou financière n’ait été réalisée dans le cadre de celui-ci afin d’analyser les flux et les rentrées afin d’objectiver certains éléments. « Le parquet avance que 70 % des clients de la société étaient des cannabiculteurs. Les vendeurs, eux, évoquent 40 à 50 %, où est la vérité ? »

Me Wilmotte a insisté sur le fait que son client avait toujours souhaité que les activités de Terra Terra s’inscrivent dans la légalité même s’il a peut-être été dépassé par les événements. « Dans le cadre d’écoutes téléphoniques, on entend Philippe G. dire que certains gros clients ne sont pas fréquentables et qu’il vaut mieux qu’ils s’en aillent, il ne voulait pas que Terra Terra soit liée à de gros cultivateurs. Il a rappelé de nombreuses fois à ses vendeurs de ne pas donner de conseils concernant la culture du cannabis et il souhaitait que ce mot ne soit pas prononcé dans les magasins et que la loi soit rappelée aux acheteurs. Il souhaitait privilégier l’approche de jardinerie et voulait que certains produits un peu tendancieux disparaissent du catalogue car il ne voulait pas s’inscrire dans la criminalité. Mon client avait une grande connaissance de la législation et il a demandé à certains de ses fournisseurs de modifier leurs produits pour entrer dans le cadre légal. En mars 2017, il voulait d’ailleurs revendre la société, quand les choses sont devenues incontrôlables, notamment à cause de l’attitude de son fils. Au final, Terra Terra ne lui a rapporté personnellement que 73.000 euros en 12 ans. »

Me Wimotte plaide l’acquittement pour la prévention de dirigeant d’une organisation criminelle, mais aussi pour celle de blanchiment. « Il est impossible de dire si l’argent des clients de Terra Terra était sale ou non. Le parquet se base sur la totalité des transactions réalisées en liquide chez Terra Terra, soit 11.634.000 euros et les considère comme illicites, tout en reconnaissant qu’un certain pourcentage des clients seulement étaient des cannabiculteurs. Ce n’est pas cohérent et c’est pourtant sur la base de ce chiffre que le réquisitoire de confiscation est basé. »

Le conseil d’un autre prévenu, poursuivi pour avoir entretenu pendant quatre mois deux plantations de cannabis grâce à du matériel de Terra Terra a plaidé la suspension simple du prononcé de la condamnation. « Il était étudiant au moment des faits. Le matériel venait de chez Terra Terra et provenait d’un de ses amis qui était vendeur pour l’entreprise. Il n’avait pas d’autre lien avec la société et n’a pas participé à une quelconque association de malfaiteurs, il cultivait pour alimenter sa consommation personnelle et celles de son père et de sa sœur. »

Un troisième prévenu, se défendant seul, a plaidé son acquittement. Il était principalement chauffeur pour Terra Terra et affirme ne rien avoir à voir avec une éventuelle association de malfaiteurs, étant sur la route la plupart du temps dans le cadre de son travail.

Suite des plaidoiries le 12 février.

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