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Procès en destitution: pas assez de voix au Sénat pour le condamner, Donald Trump est donc acquitté, «Make America Great Again ne fait que commencer»

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Procès en destitution: pas assez de voix au Sénat pour le condamner, Donald Trump est donc acquitté, «Make America Great Again ne fait que commencer»

Pour la deuxième fois acquitté. L’ex-président américain Donald Trump a échappé samedi à un verdict de culpabilité à l’issue d’un procès historique devant le Sénat américain, qui le jugeait pour son rôle dans les violences du 6 janvier au Capitole.

Les sénateurs ont été une majorité --57 sur 100-- à se prononcer pour une condamnation du milliardaire. Mais il aurait fallu les deux-tiers de la chambre haute pour parvenir à un verdict de culpabilité qui aurait pu être suivi d’une peine d’inéligibilité. Le socle des élus républicains a tenu, ce qui montre l’emprise que Donald Trump conserve sur le parti.

Trump réagit

« Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer », a réagi M. Trump dans un communiqué, se posant une nouvelle fois en victime d’une « chasse aux sorcières ».

Pour Donald Trump, il s’agit d’un deuxième acquittement en autant de procédures de destitution. Un cas unique dans l’histoire des Etats-Unis.

Dans sa première réaction à ce verdict, l’ex-président de 74 ans a pris date pour l’avenir. « Dans les mois qui viennent, j’aurai beaucoup de choses à partager avec vous et suis impatient de continuer notre incroyable aventure pour la grandeur de l’Amérique », a-t-il dit.

Mais pour certains républicains, la séquence politique commencée en novembre avec la contestation de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle et qui a culminé avec les événements du Capitole laisse un goût amer.

Chef influent des républicain du Sénat, Mitch McConnell incarne à la perfection ce malaise.

« Trump est dans les faits et moralement responsable »

Soutien de Donald Trump pendant les quatre années de sa présidence, il n’a pas rejoint ses sept collègues qui ont voté pour la culpabilité. Pour lui, le Sénat n’était pas compétent dans une procédure de destitution, puisque le magnat de l’immobilier a quitté le pouvoir.

« Il n’y a aucun doute, aucun, que le président Trump est, dans les faits et moralement, responsable d’avoir provoqué les événements de cette journée » du 6 janvier, a-t-il néammoins asséné dans les instants qui ont suivi le vote.

Accusation « absurde » pour un camp, président qui a « trahi » les Américains en soutenant les émeutiers pour l’autre : les avocats du milliardaire républicain et les élus démocrates chargés de porter l’accusation ont bataillé pendant les cinq jours du procès rythmé par des vidéos chocs retraçant les événements.

La dernière journée aura elle aussi été menée tambour battant. Puis Patrick Leahy, élu démocrate qui présidait les débats, a déclaré solennellement : « Donald Trump est par la présente acquitté ».

« Il est temps de boucler cette mascarade politique », a tonné l’un des avocats du 45e président des Etats-Unis, Michael van der Veen, lors de son court plaidoyer samedi.

« Estimer, en se basant sur les indices que vous avez vus, que M. Trump voulait réellement, et de fait a délibérément suscité une insurrection armée pour renverser le gouvernement américain serait absurde », a-t-il asséné.

« Attisé la hargne »

Derrière cette accusation, il y a surtout la « peur » des démocrates de voir Donald Trump réélu en 2024, a-t-il accusé.

A l’inverse, Donald Trump est pour les démocrates le responsable principal des événements du 6 janvier, leur « incitateur ». C’est lui qui par ses diatribes aurait suscité l’envahissement du Capitole par ses partisans en colère, au moment où le Congrès américain s’apprêtait à confirmer sa défaite à l’élection du 3 novembre.

« Il est désormais évident, sans l’ombre d’un doute, que Trump a soutenu les actes de la foule hargneuse et il doit donc être condamné. C’est aussi simple que cela », a lancé Jamie Raskin, le chef des procureurs démocrates, pendant leur réquisitoire long de près de deux heures.

« Au moment où nous avions le plus besoin qu’un président nous protège et nous défende, le président Trump nous a à la place délibérément trahis. Il a violé son serment » de protéger le pays, a renchéri l’un des neuf démocrates de la Chambre des représentants qui portaient l’accusation, David Cicilline.

Selon eux, il a « attisé la hargne » de ses partisans pendant des mois avec un « grand mensonge » : en se présentant comme la victime d’une élection « volée » suite à des « fraudes » dont il n’a jamais apporté la preuve.

Une fois l’assaut en cours, il a attendu de longues heures avant d’appeler ses sympathisants à « rentrer chez eux ». En tout, cinq personnes sont mortes, et des centaines ont été blessées ou traumatisées, ont-ils estimé.

Resté silencieux samedi, Joe Biden peut voir s’ouvrir une nouvelle page de sa présidence, débarrassé de l’ombre gênante de ce procès qui monopolisait les médias et le Congrès. Sa priorité immédiate est de voir le Sénat et la Chambre des représentants voter son plan de soutien de 1.900 milliards de dollars à l’économie américaine, frappée par la pandémie de Covid-19.

Les grandes dates de Trump, de la défaite électorale à l’acquittement

7 novembre : victoire de Biden

Quatre jours après le scrutin du 3 novembre, dont le comptage des bulletins a été compliqué par le fort recours au vote par correspondance en période de pandémie, Joe Biden est déclaré vainqueur de la présidentielle américaine par les grands médias américains.

Donald Trump ne reconnaît pas sa défaite et soutient que l’élection lui a été « volée ».

14 décembre : vote du collège électoral

Le collège électoral entérine la victoire de Joe Biden avec 306 grands électeurs contre 232 à Donald Trump (270 étaient nécessaires pour être élu président).

6 janvier : assaut du Capitole

Alors que le Congrès américain siège pour certifier la victoire de Joe Biden, Donald Trump s’adresse à ses partisans rassemblés près de la Maison Blanche.

Des milliers d’entre eux se dirigent ensuite vers le Capitole, et certains y pénètrent en cassant des fenêtres, défonçant des portes et submergeant les forces de l’ordre. Les violences font 5 morts.

Après le départ des émeutiers, le Congrès reprend séance et certifie définitivement l’élection à l’aube.

Le même jour est annoncé le résultat d’élections partielles en Géorgie, remportées par les démocrates, qui reprennent ainsi le contrôle du Sénat aux républicains.

13 janvier : mise en accusation

Donald Trump devient le premier président des Etats-Unis à être mis une deuxième fois en accusation (« impeachment ») par la Chambre des représentants, à majorité démocrate. Il est cette fois accusé d’avoir « incité à l’insurrection » lors des violences du 6 janvier.

20 janvier : investiture

Dans une capitale fédérale barricadée et sous haute surveillance, Joe Biden et sa vice-présidente Kamala Harris prêtent serment sur les marches du Capitole. En raison des tensions politiques mais aussi de la pandémie de coronavirus, la cérémonie se déroule sans la foule habituellement présente pour cet événement.

Donald Trump a lui quitté la Maison Blanche et est parti pour la Floride dans la matinée, sans avoir rencontré son successeur.

9 février : début du procès au Sénat

Pour condamner et éventuellement déclarer inéligible Donald Trump, il faudra un vote en ce sens rassemblant les deux tiers des 100 élus du Sénat, actuellement divisé à 50/50 entre démocrates et républicains. Par conséquent, l’acquittement du président est prévisible.

La défense du milliardaire républicain soutient que le procès est contraire à la Constitution, les sénateurs ne pouvant selon elle que démettre un président en exercice.

13 février : l’acquittement

A l’issue de cinq jours d’un procès mené tambour battant, le Sénat a acquitté l’ex-président. Sept républicains font partie des 57 sénateurs sur 100 qui ont voté pour condamner Donald Trump. Mais cela n’a pas suffi à atteindre la majorité des deux-tiers nécessaire à un verdict de culpabilité.

Donald Trump a salué la fin d’une « chasse aux sorcières » et promis de continuer à peser sur le débat politique américain.