«Première année»: dans l’enfer des amphis

«Première année»: dans l’enfer des amphis
Denis Manin/ 31 juin Films/ France 2

Si vous avez de Vincent Lacoste l’image d’un gamin lunaire, marrant, vous allez ravaler vos a priori. Dans ce film où il interprète un étudiant qui veut devenir médecin et tente pour la troisième fois le concours qui sélectionne 380 candidats sur 2000, il est animé d’une rage folle et explose en plein vol, même s’il peut compter sur l’aide d’un camarade d’amphi surdoué…

Le propos de «Première année» n’est pas de donner un cours accéléré de médecine (quoique certains dialogues sont abscons, y compris pour les acteurs) mais de dénoncer le système éducatif inhumain. Parce que pour réussir à passer en seconde année, les étudiants doivent ingurgiter quantité de matières sans le recul de la réflexion et mettre de côté leur vie affective. En somme, se transformer en robots.

Le réalisateur sait de quoi il parle. Thomas Lilti est généraliste, passé derrière la caméra en 2008, et c’est à lui qu’on doit le très beau «Médecin de campagne» ainsi que la très réussie série «Hippocrate». «Je voulais raconter la violence et l’épreuve que sont ces grands concours qui déterminent toute une vie. Cette première année de médecine complètement folle où on ne vit plus que pour quelques heures dans un centre d’examen, je l’ai vécue!» raconte-t-il.

Mais il ne s’est pas basé sur ses souvenirs d’il y a vingt ans. Pour coller à la réalité, il a adopté une démarche de documentariste. «Je suis retourné sur les bancs de la fac et je me suis rendu compte à quel point les études de médecine étaient au bord de l’implosion. En plus de la difficulté du concours et de la pression, les étudiants doivent aujourd’hui se battre pour entrer dans les amphis. Pas assez de salles, pas assez de profs. C’est devenu encore plus dur qu’à mon époque. C’est une vraie boucherie pédagogique. Je suis allé à la rencontre de ceux qui venaient de passer le concours, de ceux qui venaient d’échouer et de ceux qui espéraient encore. C’est un travail de reportage», décrit-il.

Aujourd’hui, Thomas Lilti a paradoxalement repris du service. Il était en train de tourner la saison 2 d’«Hippocrate» quand la crise sanitaire a éclaté en mars dernier. Le tournage à l’arrêt, étreint par l’émotion devant les urgences submergées de malades, il s’est engagé comme bénévole, alors qu’il n’avait plus exercé depuis dix ans. Cette expérience, il la raconte dans un livre, «Le serment», paru il y a peu chez Grasset. Très marqué par l’épuisement des soignants et par la déliquescence du système hospitalier, il livre un récit poignant qui interroge la question du sens de ce métier, ce qu’il est train de devenir, la place réservée au patient, la machinerie administrative qui broie l’humain.

« Première année », 21h05, France 2

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