Services au public: «Stop aux territoires totalement abandonnés en Belgique!»

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Services au public: «Stop aux territoires totalement abandonnés en Belgique!»

Ce n’est pas un phénomène nouveau dans les campagnes.

« Justement. Je tire la sonnette d’alarme. À force de prendre des décisions qui négligent ces territoires, il ne faudra pas s’étonner si on a une colère qui gronde de plus en plus… La question se pose même dans certains quartiers urbains. Il n’y a, par exemple, plus aucun distributeur à Namur du côté de Salzinnes. »

Pourquoi cela vous inquiète à ce point ?

« N’oublions pas que ce qui a donné naissance aux Gilets jaunes en France, c’est ce profond sentiment de territoires de seconde zone. En France, les extrêmes s’ancrent dans les zones délaissées. »

Pourquoi les autorités restent sans réaction ?

« C’est incompréhensible. Je n’entends aucune indignation du gouvernement. Est-ce que Mme Tellier sait qu’elle est la ministre de la Ruralité ? Entre les slogans Écolos et les actes, il y a un fossé. C’est bien de vouloir planter des kilomètres de haies, mais… »

Que comptez-vous faire ?

« Comme bourgmestre, je n’ai aucun pouvoir pour faire changer les choses. Pourtant, il faut une obligation de service public. Avec les mandataires régionaux et fédéraux cdH, nous allons prendre des initiatives. Les banques doivent être contraintes de mutualiser leur effort. »

Cela touchera quels services ?

« La poste, les gares, les banques, le transport public, les professions médicales, les services de secours à distance… »

Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

« On parle de la 5G alors que dans certaines zones, il n’y a toujours pas la 2G. »

Quel impact sur le tourisme ?

« Je vais donner un exemple : on consacre des moyens conséquents pour faire la promotion du tourisme en Wallonie mais les visiteurs vont découvrir une région qui n’a plus de gares, plus de distributeurs de billets… À terme, ces territoires abandonnés par les agences bancaires verront la dynamique locale s’enrayer… »

Un espoir ?

« Depuis le confinement, les gens retournent vers la campagne. Ils vont se rendre compte qu’ils n’ont pas droit aux mêmes services qu’en ville. Peut-être vont-ils se mobiliser avec nous… »

«Trop de partis politiques surfent sur la colère»

En marge de l’interview, nous lui avons demandé de réagir à six thèmes.

Réseaux sociaux. « J’y suis peu. Ils ne doivent pas servir à jeter des boules puantes dans le jardin du voisin. »

Politique. « Je n’en fais pas pour accéder au pouvoir. J’ai refusé en 2019 des postes ministériels. Je n’ai pas voulu lécher le sol. Je veux que notre action ait du sens. Les jeunes demandent aujourd’hui de plus en plus d’avoir du sens dans leur vie. Cela nous rend atypiques. Cela fait de nous un courant alternatif. On propose aux gens de coconstruire un mouvement positif ! »

Colère. « Je veux transformer la colère des gens en force. Aujourd’hui trop de partis politiques surfent sur la colère. Je ne veux pas tomber dans cette facilité poujadiste. On a besoin d’apaiser la société. »

Obsolescence. « On veut changer le logiciel politique. Les partis sont confrontés à l’obsolescence programmée. Je ne dis pas que les structures sont dépassées, mais que la philosophie de certains partis est dépassée. »

Partis. « À l’échelle de la Belgique, il y a certainement trop de partis. »

cdH. « On a eu des départs du cdH… mais cela a permis parfois d’écrémer des personnes dont la seule motivation politique était alimentaire. »

«Une plateforme de 20.000 personnes»

Le Covid a-t-il grippé la machine du renouveau au cdH, à savoir le projet « Il fera beau demain » ? « En cette période, il est difficile de tenir la distance avec le processus de refondation. On aurait préféré ne pas avoir la crise. Juste avant, on avait réuni 1.000 à 1.200 militants dans une magnifique atmosphère. »

Que pouvez-vous faire ?

« Être positif, c’est mon tempérament. On a créé une plateforme de plus de 20.000 personnes en dehors des militants. Des gens qui se sont intéressés au processus précisément parce qu’il cassait les clivages et donnait la parole au citoyen, loin de l’entre-soi qui est en train de tuer la politique à petit feu… »

Mais vous êtes un parti aussi ?

« Les partis politiques belges ne peuvent plus incarner un héritage ou un passé. Il faut réenchanter et être porteur d’utopie. L’engagement politique, c’est faire quelque chose d’intéressant pour la communauté »

Rendez-vous quand ?

« Nous poursuivrons la relance du mouvement en 2021. »

«Un manque d’humilité de nos responsables»

Les contacts sociaux en dehors de la famille lui manquent.
Les contacts sociaux en dehors de la famille lui manquent. - D.R.

Qu’est-ce qui vous manque le plus ?

« L’absence de contact social. Il y a en plus un manque de compréhension. Comment les gens avec leur bon sens peuvent-ils se satisfaire d’avoir des services publics bondés alors qu’on tire au sort des jeunes le dimanche pour aller faire du scoutisme ? C’est insensé ! »

À quand la fin ?

« Le virus, il va falloir vive avec lui. Il ne va pas disparaître du jour au lendemain. Il faudra l’apprivoiser. »

Quelle est la solution ?

« Il faut un déconfinement progressif avec des perspectives. Il faut de l’agilité. La stratégie, cela s’ajuste en fonction des réalités. La norme des 800 cas par jour n’a plus de sens. Le vrai curseur ne doit pas être le nombre de contaminés mais le nombre de lits occupés dans nos hôpitaux… Aujourd’hui, les hôpitaux sont loin d’être saturés. »

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans cette crise ?

« Les chiffres cachés du Covid : les violences intrafamiliales, un tiers en moins de cancers détectés, les AVC… De nombreux secteurs sont oubliés comme les tatoueurs, les escape games… Nous attirons l’attention sur eux au Parlement. »

Inquiet des pertes de liberté ?

« Je n’ai pas l’impression d’être dans une république bananière, mais il faut éviter les excès. Ils peuvent provoquer la perte d’adhésion. Je suis président d’un parti qui est attaché à la notion de la liberté. Je peux comprendre que, pour un bref moment, celle-ci puisse faire l’objet de restrictions pour l’intérêt collectif mais cela doit être justifié. »

Un coup de gueule ?

« C’est paradoxal de voir le MR réclamer des études scientifiques pour accélérer le déconfinement. J’aurai préféré avoir des études scientifiques qui attestent de la nécessité d’avoir un confinement ! De manière générale, il y a un manque d’humilité de la part de nos responsables face à la crise. Ils devraient reconnaître que la gestion n’avait pas été parfaite, le dire. »

«J’ai perdu 17 kg depuis l’été»

Plus assidu au jogging.
Plus assidu au jogging. - D.R.

Les Namurois sont inquiets ?

« Oui, j’ai eu des questions de citoyens qui voulaient savoir si j’étais malade. Je recevais des SMS de gens qui me voyaient à la télé. »

Comment vivez-vous cette période ?

« J’ai retrouvé le temps de la vie de famille. Je fais des jeux de société avec les enfants tout en gérant leurs contacts avec les tablettes et écrans. Au départ, j’étais un peu perturbé, je n’avais pas l’habitude d’avoir autant de temps parce que j’ai toujours travaillé comme un taré. Évidemment, j’ai une telle aspiration aux contacts sociaux que je serai content de retrouver le terrain… »

Que pensez-vous de la situation des jeunes ?

« J’en vois beaucoup qui décrochent, des enfants qui n’avaient pas véritablement de problèmes scolaires. Le décrochage scolaire se double du décrochage social. C’est dramatique. »

La solution ?

« Il faut lâcher du lest pour les activités sportives en extérieur et surtout, à partir de fin mars, redonner de l’espace pour les activités culturelles des plus jeunes. Il faudra prévoir un accompagnement des jeunes après la crise ! »

Les clubs de sports aussi sont en crise.

« Le ministre Crucke pourrait donner les 30 millions à la Fédération Wallonie Bruxelles au lieu de les utiliser à la Région. Il peut les transférer à Mme Glatigny. Il faut aider les clubs. »

Et à Namur, que pouvez-vous faire ?

« Tous les jours, je suis au contact des indépendants en difficulté qui risquent de devoir vendre leur baraque. Cette détresse-là, il faut l’entendre. À notre échelle locale, on a dégagé plusieurs millions d’euros. »

Le plan de relance du fédéral vous rassure ?

« Jusqu’ici, c’est un grand gâchis, raillé par l’Europe. Ils ont voulu maximaliser le rendement électoral de chacun alors qu’on aurait pu changer en profondeur notre fiscalité, le pouvoir d’achat, les réseaux d’énergie, la formation. En période de crise, je m’attendais à un leadership plus fort ! Ils n’ont rien fait pour l’avenir des soins de santé. Nous, on fait des propositions tout le temps avec nos députés (Dallemagne, Fonck, Gréoli, Desquesnes).