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Pas de tentative de meurtre pour celui qui avait embarqué un motard sur son capot

Les faits se sont produits le 21 août 2019.
Les faits se sont produits le 21 août 2019. - PN.Prétexte.

Le 21 août 2019, à 12h30, Sylvain doit se rendre à son travail. Habituellement, c’est sa compagne qui le conduit, car il est sous le coup d’une déchéance. Mais celle-ci tarde à venir. Alors, par peur d’arriver en retard, il se décide à prendre sa voiture malgré tout. Arrivé au pont ferroviaire de la Mitoyenne, à Welkenraedt, il est bloqué au feu rouge, en première ligne. C’est alors qu’un cyclo dépasse la file et vient se poster devant sa voiture.

Devant le tribunal correctionnel où il avait comparu libre pour tentative de meurtre et entrave méchante à la circulation, notamment, après avoir effectué deux mois de détention préventive, il avait déclaré : « Au feu vert, j’ai démarré et l’ai dépassé. Mais lui, à plusieurs reprises, m’a redépassé et fait des queues de poisson. Et son passager m’a fait un doigt d’honneur. Finalement, je l’ai dépassé et ai freiné devant lui pour le bloquer et lui demander des explications. Quand je suis venu vers lui, il avait l’air agressif et a tenté de me frapper avec son casque. Je lui ai alors donné une baffe. Quand j’ai voulu repartir, il a sauté sur mon capot et frappé le pare-brise avec son casque. J’ai démarré et parcouru une certaine distance avec lui sur mon capot. Quand j’ai tourné à droite, il a glissé. J’ai alors fait demi-tour, et quand je suis arrivé à sa hauteur, il était debout et faisait des photos. »

Ce n’est pas ce que disent deux témoins, qui l’ont vu tourner sèchement deux fois à droite sans doute pour se débarrasser de l’encombrant passager, lequel était toujours couché sur la chaussée lorsqu’il est revenu en faisant mine de foncer sur lui, ce qui lui vaut une prévention supplémentaire pour menace avec arme, l’arme étant la voiture.

Il a démarré comme un fou

Il n’avait pas convaincu ni l’accusation ni la partie civile, puisque le Parquet parlait explicitement de tentative de meurtre, considérant que Sylvain a démarré en embarquant volontairement le jeune homme sur son capot. « Des témoins l’ont vu démarrer comme un fou en faisant patiner ses pneus. et puis rouler à vive allure, en donnant des coups de freins. Et un autre l’a retiré de la chaussée alors que la voiture lui fonçait dessus » énonçait Mme Clérin, pour qui il suffit d’avoir un comportement susceptible d’attenter à la vie d’autrui. Elle réclamait 40 mois de prison et 6 mois de retrait du permis de conduire, pour celui qui a déjà un casier assez chargé en matière de roulage.

En tout cas, pour le jeune cyclomotoriste, qui était étudiant et sportif, les séquelles sont lourdes : un an et demi après les faits, il marche toujours avec une béquille.

La défense, assurée par Mes Mineur et Cochard, voulait obtenir l’acquittement pour la tentative de meurtre. « Celle-ci requiert d’avoir délibérément et à dessein attenté à la vie de quelqu’un, ce qui n’est pas le cas ici, manifestement. Il a simplement voulu partir, et c’est l’autre qui s’est accroché à son capot. » Elle a été suivie par le tribunal, qui considère qu’il n’y a pas tentative de meurtre, mais coups et blessures volontaires pour lesquels elle le condamne à 250 h de travail ou 2 ans de prison, 4.000 euros d’amende (dont la moitié avec sursis), 6 mois de déchéance et la confiscation de son auto. Il devra en outre verser 2.000 € provisionnels à la victime.

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