Denis Brogniart: les deux grands rêves qu’il espère concrétiser un jour

Denis Brogniart ajoute une code à son arc : l’écriture ! © Pascal Ito
Denis Brogniart ajoute une code à son arc : l’écriture ! © Pascal Ito

Cela faisait longtemps que vous aviez envie de vous essayer à l’écriture ?

Oui. Mais ça faisait longtemps aussi que je ne trouvais pas le temps ni le courage pour me lancer dans une aventure qui prend autant d’énergie. Le confinement a été le coup de pied aux fesses qu’il me fallait pour y aller.

Vous vous êtes inspiré d’une histoire vraie, celle de Stanislas, un soldat français, héros de guerre, mais qui souffre de stress post-traumatique et, dans le civil, se révèle alcoolique, violent… Comment avez-vous eu vent de son histoire ?

Je suis parrain des blessés de guerre. Dans ce cadre-là, je rencontre des blessés physiques, mais aussi psychiques, ce qui est le cas de Stanislas. Quand il m’a raconté les grands traits de son récit, je me suis dit que c’était le roman d’une vie. J’ai tout de suite senti qu’il serait une inspiration très forte le jour où j’écrirais un livre. Dès le début du confinement, je l’ai appelé et j’ai commencé des heures d’entretien avec lui, mais aussi avec son ex-femme.

Vous avez toujours été fasciné par l’armée ?

Je ne dirais pas qu’elle me fascine, je suis admiratif de ceux qui sont prêts à risquer leur vie pour nous défendre et assurer notre liberté. Ils méritent un respect particulier, une reconnaissance, et a fortiori lorsqu’ils sont touchés dans leur chair et dans leur âme.

Votre livre montre à quel point la guerre peut broyer un soldat et engendrer un stress post-traumatique…

Je pense que longtemps on n’a pas pris conscience de la gravité des blessures psychiques. On pensait que c’était passager. Or, on voit que certains sont touchés de manière indélébile, avec une incapacité à retrouver une vie normale.

Vous décrivez longuement la relation destructrice de Stanislas avec la femme de sa vie, Marie. Certaines disputes sont d’une violence extrême. Pourtant, Marie, revient sans cesse vers cet homme qui la frappe.

Avant d’être une histoire de guerre, mon livre est une très belle histoire d’amour, mais un amour impossible. Marie, elle a son homme dans la peau. Bien sûr qu’il l’a frappée, qu’il a failli la tuer. La réaction de Marie m’a étonné autant que vous. Mais après avoir lu le livre, Stanislas m’a appelé pour dire que le héros du roman, ce n’est pas lui, c’est Marie. Il a un respect incroyable pour cette femme malgré ce qu’il a pu lui infliger.

Est-ce que les fêlures de Stanislas peuvent justifier ce déchaînement de violence ?

Non. Rien ne justifie de telles violences. Mais je ne suis pas un censeur, un avocat ou un juge. Je ne prends pas position. Stanislas se sait impardonnable et il ne veut pas être pardonné. Il est très lucide et dur envers lui. Il ne cherche pas à se cacher derrière ses blessures psychiques, qui sont pourtant des circonstances atténuantes, qui ont altéré son jugement et augmenté cette violence. Il ne se dédouane pas. C’est pourquoi j’ai beaucoup de sympathie pour cet homme.

Il y a aussi quelques scènes de sexe, décrites dans un langage cru. Vous ne prenez pas de pincettes. Le récit devait être direct !

L’histoire est brute. Je ne me voyais pas l’édulcorer. Je voulais que mon écriture se mette au diapason de ce qui s’est passé. Et c’est le cas aussi pour les scènes de sexe, comme lorsque Marie se filme faisant une fellation à un autre homme pour se venger des infidélités de Stanislas. Quand elle m’a raconté ça, je n’en croyais pas mes oreilles. Mais cette scène est primordiale, car elle montre l’état de détresse de cette femme.

Votre épouse Hortense a lu le livre ?

Bien sûr. Elle a trouvé ça intéressant, même si elle n’a pas toujours compris les réactions de Marie. Ce qui est normal. Face à ce genre de situation, on a envie de dire qu’au premier coup on s’en va. Mais c’est une histoire hors norme.

Vous êtes déjà un homme hyper-accaparé par votre métier et quand vous pouvez un peu lever le pied, vous écrivez. Vos proches ne vous en ont pas voulu ?

C’est clair que je suis un hyperactif. Mais ce premier confinement, qui a été très dur pour beaucoup de personnes, a été un moment formidable pour moi. Je vis dans de bonnes conditions, j’ai un grand jardin, je me suis retrouvé avec mes enfants, ma femme. Et même si j’ai pris du temps pour écrire, ce que j’ai d’ailleurs souvent fait la nuit, on a passé beaucoup plus de temps ensemble que dans la vie normale. Et j’aurais sans doute été plus difficile à vivre sans ces activités. J’ai besoin de me sentir occupé, car c’est ce qui fait que je me sens vivre.

Vous allez avoir 54 ans, le temps file. Il y a encore des rêves que vous n’avez pas accomplis ?

Comme vous le savez, j’ai perdu mon père jeune. Le temps qui passe, c’est un temps qu’on ne m’enlèvera plus. Quant à mes aspirations, j’ai envie de continuer l’écriture. Je rêve aussi d’un jour faire la traversée de l’Atlantique à la voile. Et sinon, je rêve d’être grand-père, mais pas tout de suite, mes enfants sont encore jeunes (rires).

Vous soutenez activement le fond pour Bertrand-Kamal destiné à la recherche sur le cancer du pancréas. Sa mort vous a ébranlé. Qu’est-ce qui vous à ce point touché chez lui ?

Au moment où il part de « Koh-Lanta », j’ai été happé par son regard, sa tendresse, cette capacité à prendre du recul alors qu’il venait d’être éliminé sur une épreuve directe. Il y avait aussi chez lui cette tolérance fabuleuse, qui vient de ses parents, avec ce papa musulman et cette maman catholique. Ça en faisait un être assez unique. Quand j’apprends qu’il a un cancer du pancréas, je sais qu’il n’a quasi aucune chance de s’en sortir. J’ai eu besoin de me rapprocher de lui. On a beaucoup parlé. Avec d’autres candidats, j’ai envie d’honorer sa mémoire avec ce fond à son nom. On va arriver à un million d’euros de dons. Si on peut se dire que Béka n’est pas mort pour rien, c’est l’honneur le plus intense qu’on pourrait lui rendre.