Jonathan Zaccaï: «Nos défauts, c’est ce qui nous rend touchants»

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Jonathan Zaccaï, un comédien et un écrivain heureux. © Isopix
Jonathan Zaccaï, un comédien et un écrivain heureux. © Isopix

Le comédien belge Jonathan Zaccaï, tout juste 50 ans, a été rendu célèbre en France par la série « Le bureau des légendes », où il joue Raymond Sisteron, sorte d’agent de liaison attaché à son bureau et ses biscuits, quand il ne doit pas poser le pied sur le terrain, au risque d’y laisser une jambe. On l’a vu aussi tenir de plus petits rôles dans des films comme « De battre mon cœur s’est arrêté », de Jacques Audiard, « Robin des Bois », de Ridley Scott, ou « Le grand bain », de Gilles Lellouche. En Belgique, il a interprété des personnages majeurs dans « Elève libre », de Joachim Lafosse, « Je te survivrai », de Sylvestre Sbille, et a lui-même réalisé « JC comme Jésus Christ »…

Aujourd’hui, cependant, si Jonathan Zaccaï fait parler de lui, c’est parce qu’il ne va pas bien, pas bien du tout. Il s’engueule avec sa femme, parle aux fantômes et prend du bide – normal, il ne fait pas d’exercices, sinon déchirer son tee-shirt quand il est enragé. C’est du moins ce qui arrive à l’avatar du comédien dans « Ma femme écrit », le succulent premier roman de Jonathan Zaccaï, publié chez Grasset. Une comédie à l’humour noir, à l’inspiration néanmoins hautement autobiographique, où l’acteur prend un plaisir fou et communicatif à se tailler un costard. Comme le héros du roman le comédien est effectivement marié à une auteure, Elodie Hesme, également actrice, parolière pour Natasha St-Pier, Lara Fabian, Céline Dion… Comme le héros du roman, il a mal pris que sa femme se mette en tête d’écrire sur sa maman, l’artiste peintre Sarah Kaliski. Mais au lieu d’aller parler aux fantômes comme le héros du roman, il a préféré écrire un roman où il démonte tout son petit système parano-égocentrique. Parce qu’on ne se moque jamais aussi bien que de soi-même ! Mais laissons-le parler.

Jonathan Zaccaï face à Sara Giraudeau dans «Le bureau des légendes». © Canal +
Jonathan Zaccaï face à Sara Giraudeau dans «Le bureau des légendes». © Canal +

Comment est né « Ma femme écrit » ?

J’avais envie de mettre sous la lumière cette artiste qu’était ma mère. Et quand j’ai appris que ma femme écrivait de son côté un scénario dont ma mère était l’héroïne, je ne l’ai pas supporté. Je me sentais déposséder du sujet. Je l’ai vraiment très mal pris, tout en me rendant compte que j’étais injuste, que ma mère décédée n’était pas ma propriété. La crise de colère où le héros déchire sa chemise, ça aurait pu être moi. J’ai un côté sauvage et théâtral dans les engueulades qui, avec le temps, a perdu toute crédibilité aux yeux de ma femme ! Cela la fait plutôt marrer ! Et je me suis amusé à écrire sur tout ça, c’était une manière de ne pas exploser, de me recadrer, de me dire : « T’es une pourriture de réagir comme ça. » Je me suis aperçu que le sujet allait au-delà de ma mère, que ça parlait du couple, de la difficulté d’écrire et vivre ensemble, de la filiation. J’ai gonflé mes défauts, mes hontes, tout ce qu’on a tendance à vouloir cacher, alors que c’est ce qui nous rend touchants. On a tous eu des grands moments de honte et de paranoïa. J’ai lâché toute cette part de moi dans le bouquin, qu’elle puisse s’exprimer.

Cela vous a évité d’écrire une biographie classique sur votre mère…

Oui, je voulais éviter cet écueil, et puis j’avais envie de fiction, de jouer avec le lecteur, d’aller vers la comédie. Qu’il puisse croire au début que tout ce que je raconte m’est arrivé, puis que petit à petit il se dise : « Non, ça c’est trop gros, c’est pas possible qu’il ait vécu ça. » Et garder cette ambiguïté. Ce qui est amusant, c’est que suivant la sensibilité de chacun, les lecteurs ont des doutes sur des parties différentes. Il y en a qui ont plus de mal à croire que j’aie séjourné chez Catherine Deneuve que parlé avec des esprits… Moi, je suis plutôt cartésien, je ne crois pas aux fantômes, mais en même temps, je me dis que c’est peut-être des portes que je me ferme. Pour mon personnage de plus en plus paranoïaque, je trouve pas mal que le réel paraisse encore plus fou que ce qu’il imagine lui-même !

C’est une façon de parler de vos problèmes, du deuil et de la difficulté du couple, sous couvert de fiction ?

Oui, c’est vraiment ce qui me touchait le plus. J’ai découvert cette mégalomanie merveilleuse de l’écrivain, qui est de se battre contre la mort. Faire revivre ma mère, ça paraît simple, mais c’est tout le contraire, car on avait une relation passionnelle, excessive. On s’engueulait, on s’insultait, puis on se tombait dans les bras. Déchirer mon tee-shirt, ça vient de là ! Heureusement, j’ai toujours eu une petite distance humoristique par rapport à ça. C’est peut-être ce qui me sauve ! Ce qu’on est de pire est peut-être ce qu’on a de meilleur. On veut tous paraître lisses, propres, on a peur de chaque commentaire. Ici, je me suis dit, « De quoi j’ai peur ? On n’a qu’une vie. C’est ça que je suis. » Nos défauts, c’est ce qui nous rend intéressants. Alors je me suis raconté en grossissant encore le trait, pour le plaisir de l’écriture.

Votre personnage passe son temps à regarder l’évolution de son bide… Vous aussi, ça vous tracasse ?

C’est un véritable toc, je n’ai pas honte de le dire ! Je regarde souvent mon bide en me disant que des abdos ont pu pousser sans faire de sport. Et je constate à chaque fois que non !

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