Que reste-t-il du rêve américain en 2020 ?

Que reste-t-il du rêve américain en 2020 ?
© Netflix

Si cette fin d’année est catastrophique pour les salles de cinéma, la plateforme Netflix, elle, se porte très, très bien et aligne les sorties-événements. Un peu plus d’une semaine avant "Mank", le nouveau film de David Fincher, un mois avant le retour de George Clooney dans "Minuit dans l’univers", c’est le réalisateur Ron Howard qui présente une "Ode américaine" aux abonnés de Netflix. Difficile de faire mieux… A part sur Disney+, peut-être.

Le réalisateur revient avec un film qui lui correspond totalement, un biopic édifiant, à la fois mise en lumière du parcours individuel d’un homme et illustration du modèle de vivre américain, où il n’est jamais question d’abandonner quels que soient les obstacles sur la route et les infirmités de la vie. Des thèmes qui étaient déjà au cœur de l’oscarisé "Un esprit d’exception", sur le mathématicien John Nash, prix Nobel d’économie et schizophrène, comme dans "De l’ombre à la lumière", sur le boxeur Jim Braddock, porteur des espoirs des plus démunis durant la Grande Dépression, ainsi que dans "Rush", sur le combat du champion de F1 Nikki Lauda pour revenir au premier plan après un grave accident.

Une histoire vraie

Cette fois, Ron Howard s’intéresse aux Mémoires de J.D. Vance. Un étudiant en droit de Yale comme il y en a tant, sauf que lui vient d’une famille défavorisée de l’Amérique profonde, marquée par l’alcool, la violence, la pauvreté et la drogue. On le suit lors d’une journée cruciale, alors qu’il doit choisir entre aider sa mère toxicomane, qui vient de faire une overdose, ou penser en premier à son propre avenir professionnel. Un dilemme suivi à grand renfort de flash-back, qui nous racontent sa vie depuis sa prime enfance.

Le film a connu une courte vie en salle aux USA avant les élections, où il a été plutôt mal reçu. Dans une Amérique divisée comme jamais par la présidence de Trump, Ron Howard, soutien notoire de Joe Biden, s’est pris une volée de bois vert pour avoir osé filmer, avec son style naïf et démonstratif, la vie de laissés-pour-compte. Comme si les frères Dardenne ne pouvaient plus filmer la misère parce qu’ils ont gagné deux Palmes d’or…

"Une ode américaine" est un beau film un peu désuet, illustration d’un rêve américain qui a pris du plomb dans l’aile. Pour le public européen, au-delà du cas de conscience qui se pose au héros principal, joué par Gabriel Basso, peu connu chez nous, c’est la performance de Glenn Close en mammy qui retient l’attention. La métamorphose de la star de "Liaisons dangereuses" est stupéfiante. Mawmaw, comme il l’appelle, est cassée par une vie de coups, la clope et le juron perpétuellement au bec, mais elle prend l’éducation de son petit-fils en main quand sa mère le lâche. Parce que le jour où elle partira, elle ne voit que lui pour empêcher toute la famille de sombrer. Rien que pour elle, le film vaut le détour.

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