France Brel: «Mon père ne s’intéressait pas à ses enfants»

France Brel: «Mon père ne s’intéressait pas à ses enfants»
Fondation Brel

« J’arrive » est la première partie d’un film consacré aux dernières années de Brel. Et ça commence par ce fameux périple en voilier...

C’est un documentaire, ou plutôt un témoignage, sur cette mythique traversée de l’Atlantique que j’ai eu la chance de faire avec lui. On me posait tout le temps des questions sur cette phase de sa vie. J’y réponds dans ce film, avec notamment des interviews de ma mère, de proches ou encore du médecin qui l’a opéré de son cancer et qui s’exprime ici pour la première fois. Jamais on n’a abordé cette période de façon aussi approfondie.

Vous avez 20 ans quand vous embarquez dans cette aventure. Qu’attendiez-vous de ce voyage ?

De découvrir qui était vraiment l’homme, le père, derrière le personnage public. Et j’ai été servie ! J’ai vu son égocentrisme outrancier.

Au bout d’un mois, il vous débarque. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Le but, à la base, c’était qu’on parte à deux en bateau. Et là, il y avait une femme en plus à bord, sa nouvelle compagne, Maddly Bamy, qui était possessive, ne le lâchait jamais. Ce n’était plus le projet. Je n’avais plus ma place. C’est ainsi que je me suis retrouvée seule à Fort-de-France, après vingt-sept jours en mer. Je n’avais pas un franc sur moi. Mais je ne lui en ai jamais voulu. Je savais que c’était bien que je vive ça, que ça allait être une leçon pour toute ma vie, pour avancer dans l’existence plus vite que les autres.

Après ça, il ne vous parlera plus. Mais à son décès, vous recevez cependant une lettre de lui, assez tendre…

Il l’avait écrite lorsqu’il avait été opéré en 1974 de son cancer, au cas où il mourrait. Comme il a survécu, je ne l’ai pas reçue et la lettre a été trouvée aux Marquises à son décès. Comme nous n’avions pas été conviées à ses funérailles, c’est Charley Marouani, son imprésario, qui me l’a rapportée. Il y en avait une aussi pour ma mère.

Ses relations avec vous et vos sœurs étaient difficiles. Comment expliquez-vous qu’il avait une telle incompréhension des femmes et donc de ses filles ?

Parce que ça ne l’intéressait pas. Il ne s’est jamais occupé de nous. C’est vrai que longtemps je n’ai pas eu envie de dire ça, car c’est à l’opposé de l’image que son public a de lui. Mais ses filles, les femmes, ça l’ennuyait et il ne cherchait pas à nous comprendre.

C’était pourtant un homme à femmes, au vu du nombre de ses conquêtes…

Ah non. Ce n’était pas un homme à femmes, c’était un homme qui ne pouvait pas vivre seul. C’est différent. Je ne sais même pas si un jour il a été amoureux de quelqu’un. Il aimait dans l’autre ce que l’autre lui apportait. Pour revenir à moi et mes sœurs, il ne s’intéressait pas du tout à ses enfants. Mais est-ce un drame ? Peut-être que de tout ramener à lui, ça a nourri sa création. Et en ce qui me concerne, malgré tout ça, j’ai créé la Fondation Brel et ça fait quarante ans que je parle de lui et que je continue à l’aimer.

FILM – J’ARRIVE, CHRONIQUE D’UNE VIE

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