Sexisme dans le journalisme sportif: l’onde de choc du docu de Marie Portolano, les langues se délient... qu’en est-il en Belgique ? (vidéo)

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Avec son documentaire, «Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste», Marie Portolano espère «avoir contribué à libérer la parole et faire en sorte que le combat sera gagné quand il sera devenu inutile d’en faire un film.» ©
Avec son documentaire, «Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste», Marie Portolano espère «avoir contribué à libérer la parole et faire en sorte que le combat sera gagné quand il sera devenu inutile d’en faire un film.» © - Canal +

C’est un coup de pavé dans la mare, encore (et heureusement) la fin d’un tabou enfin : celui qui règne depuis trop longtemps dans les rédactions sportives. Alors, oui, les femmes journalistes y sont de plus en plus présentes à l’antenne, mais à quel prix !

Marie Portolano, qui a officié sur Canal+ et a quitté la chaîne pour M6, a eu le courage de rendre visible la face cachée de l’iceberg. Dans son documentaire, diffusé le 21 mars, sur Canal+, elle a rassemblé les témoignages de plusieurs femmes journalistes sportives : Estelle Denis, Nathalie Iannetta, Isabelle Ithurburu, Clémentine Sarlat, Amaia Cazenave qui ont travaillé pour plusieurs médias durant leur carrière. Toutes tiennent le même discours : elles ont dû subir le sexisme ordinaire de leurs collègues, sous des formes diverses. Cela va des remarques déplacées sur le physique, des insultes aux propositions indécentes, comme aux agressions sexuelles et au harcèlement moral. Terrifiant ! La fin d’une omertà jamais vue à la télévision.

Des exemples, il y en a foison ? Amaia Cazenave, spécialiste de rugby à Radio France, rapporte qu’un collègue s’est permis de crier très fort et plusieurs fois « j’ai envie de baiser » dans l’open space, alors qu’il se trouvait seul avec elle.

« T’es hyper compétente, je ne dis pas le contraire, mais t’as été prise parce que t’es une fille », s’est ainsi entendu dire Cécile Grès, journaliste à France TV, dans le domaine du rugby.

Les attaques viennent aussi du public via les réseaux sociaux. Machisme et misogynie font bon ménage dans le milieu du journalisme sportif. Et les femmes de se sentir considérées, malgré leurs connaissances de leur matière, commes des « objets sexuels », reléguées au rang de « potiches », souffrir, à tort, du syndrome de l’imposture.

Il est tellement difficile de briser ce tabou que certaines ont dû renoncer à ce métier ou quitter leur rédaction, à l’instar de Clémentine Sarlat, qui a osé prendre la parole dans « L’Equipe » un an et demi après avoir quitté France Télévisions. Une enquête interne menée par la présidente Delphine Ernotte a finalement entraîné le licenciement de trois journalistes du service des sports.

Marie Portolano elle-même a eu affaire à des comportements déplacés au sein de Canal+. Selon le site d’information Les Jours, la chaîne aurait coupé préventivement, avant diffusion, les passages qui mettaient en cause Pierre Ménès, où le chroniqueur foot maison était mis face aux atteintes sexuelles qu’il a commises sur deux femmes, journalistes de sport à Canal+, dont… Marie Portolano. « C’est de cette atteinte sexuelle qu’est née l’idée du documentaire », affirme Les Jours.

La diffusion de ce documentaire a créé une onde de choc. 150 journalistes et étudiantes en journalisme ont signé une tribune dans Le Monde pour que les femmes « soient mieux représentées dans les médias sportifs » . Initiée par le collectif Femmes journalistes de sport, cofondé par six fondatrices dont Chrystelle Bonnet (L’Équipe Mag) et Laurie Delhostal (Canal +), ce cri a pour but d’en finir avec « l’infériorisation des femmes dans les rédactions sportives ».« En 2021, le traitement du sport par les hommes pour des hommes au sujet d’hommes n’est plus supportable », clament-elles.

Qu’en est-il en Belgique ?

Interrogée à plusieurs reprises par nos soins, et notamment encore récemment dans un article consacré à la place des femmes journalistes dans les médias, Anne Ruwet affirmait ne jamais avoir eu à subir le sexisme au sein de son équipe. « J’ai toujours travaillé avec des hommes qui m’ont manifesté du respect. Je n’ai jamais eu de remarques qui pouvaient me laisser penser que je n’avais pas ma place à leurs côtés. Maintenant, il y a eu des préjugés à mon égard de la part des téléspectateurs à mes débuts. »

Mais tout n’est pas si idyllique. Anne Ruwet avouait aussi dans ce même article : « Une femme dans ce milieu devra toujours travailler et prouver deux fois plus ».

Les langues vont-elles se délier aussi dans notre pays sur le sujet ?

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