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Baromètre belge de l’innovation 2021: pour la première fois, le facteur humain est le challenge n°1 pour les entreprises innovantes

Voici les 5 facteurs qui ont influencé l’innovation et la R&D depuis un an.

Transformer la crise en opportunité

Après plus d’un an de crise, l’optimisme continue de l’emporter ; certaines entreprises ont même transformé cette période en opportunité. 40% des entreprises interrogées en Belgique se disent d’ailleurs optimistes quant à leur portefeuille d'innovation.

L’innovation est restée au premier plan des préoccupations en 2020. La pandémie a notamment poussé les entreprises à la digitalisation et à intégrer davantage la durabilité au sein de leur stratégie. La flexibilité et la résilience qui découlent de l’innovation sont perçues comme d’autant plus importantes face à un monde incertain.

Bon nombre de PME ont, de plus, continué à lever des fonds, un signe que l’innovation reste une priorité. De plus, les bons réflexes de gestion qui ont été observés – coûts maintenus sous contrôle et aides publiques – ont permis de limiter la casse pour les revenus des entreprises.

Pour la première fois, les entreprises innovantes considèrent le facteur humain comme le challenge n°1 à affronter.

L’une des révélations principales de l’enquête est le passage en première position du facteur humain. Jusque-là relégué au second plan (en 2019 et 2018), il devance pour la première fois l’idéation et le financement de l’innovation.

La prise de conscience de l’importance du capital humain au sein des processus de R&D, notamment par l’embauche des bons profils ou le développement des compétences en interne, est intimement liée à la guerre des talents fort marquée sur notre territoire. L’une des causes est le manque de talents formés par notre enseignement supérieur dans les domaines STEM (science, technology, engineering, and mathematics). Par ailleurs, la forte quête de sens que l’on observe notamment au sein de la génération Y, ainsi que les exigences contemporaines en termes de durabilité (valeurs, process, produits) doivent être pris en compte par les employeurs.

Laurie Pilo, Managing Director d’Ayming Benelux : « Face à des jeunes générations plus que jamais en quête de sens, opter pour la durabilité c’est également garder ses employés plus longtemps. Les entreprises peuvent ainsi développer leurs talents internes en investissant dans des formations et, à terme, bénéficier d’équipes plus expérimentées. »

2/3 entreprises estiment que le coronavirus n’accélérera pas la déglobalisation

La supply chain a été mise à mal et la question de la relocalisation des outils de production a clairement été évoquée en 2020. Mais ce réflexe, apparu au début de la crise, s’est atténué et on constate que la pandémie n’a pas fondamentalement changé la donne. Car même si l’on peut s’attendre à une augmentation des coûts de la supply chain, ils resteront bien inférieurs à ceux de la main d’œuvre belge. Deux tiers des entrepreneurs estiment donc que ce ne sera pas la crise qui accélérera la déglobalisation. En revanche, d’autres facteurs comme le Brexit et la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine risquent d’avoir une influence bien plus marquée.

Optimiser ses budgets devient une priorité pour un nombre croissant d’entreprises

Point très positif relevé dans l’enquête : on ne constate pas de signe de diminution des budgets consacrés à la R&D. Il y a une prise de conscience du rôle crucial joué par l’innovation dans la capacité des entreprises à faire face à un monde VUCA (Volatility, uncertainty, complexity and ambiguity), de la nécessité d’une politique budgétaire d’innovation cohérente. Les répondants se sont toutefois montrés divisés quant à leur appréciation des budgets qui leurs sont alloués : 30% se disant satisfaits et 30% insatisfaits.

L’année 2020 aura par contre été marquée par un changement des priorités. Jusque-là, un tiers des entrepreneurs privilégiait les stratégies à long terme telles que la digitalisation, la transition à l’industrie 4.0 et l’économie circulaire. En 2020, deux tiers des entrepreneurs disent se préoccuper davantage du court terme et de ce qui est essentiel pour la continuité de leurs activités, en favorisant la mise en place de nouvelles méthodes de (télé)travail et en renforçant les mesures de sécurité sanitaire.

On note aussi un changement de comportement qui tend à passer dela R&D à l’E&S (Experiment & Scale). Dans le passé on s’interrogeait sur le rôle de l’innovation dans la stratégie ; aujourd’hui au contraire, les entrepreneurs prennent conscience de ce qu’ils doivent laisser libre cours à l’expérimentation et, en cas de réussite, passer à la production d’échelle.

On observe également une grande créativité dans l’élaboration des budgets R&D (innovation ouverte et collaboration interentreprises, cofinancement, levées de fonds…) et un objectif accru de rentabilité, 95% des entreprises considérant l’optimisation des budgets de R&D comme une priorité, contre 81% en 2019.

Contrôles fiscaux exacerbés : une menace pour l’innovation

Les redressements fiscaux ont doublé en 2020 (7 répondants sur 10 ont été contrôlés). Il est clair que le nombre croissant de contrôles fiscaux et la charge administrative qu’ils entrainent pèsent sur la motivation et la volonté des entreprises à réaliser des investissements en R&D en Belgique.

Il va sans dire que la sécurité juridique quant à la possibilité d'appliquer une certaine incitation joue un rôle important dans la budgétisation des activités de R&D. S'il apparaît que les avantages fiscaux sont remis en question dans la pratique, ou sont simplement trop lourds à mettre en œuvre, cela aura un impact négatif sur les budgets de R&D et donc sur les investissements en Belgique, ainsi que sur l’attractivité de notre pays pour des investisseurs étrangers.

Le système belge n’est pas sans incohérences. L’une des principales réside dans la mauvaise relation entre deux organes officiels, s à savoir BELSPO et SPF Finances ; le premier étant théoriquement (et légalement !) en charge de la validation de nature R&D des projets d’innovation (et donc de leur éligibilité à des incitants fiscaux), le second étant censé respecter leur verdict. Or, en pratique, il n’est pas rare d’observer le contraire et de voir les décisions de BELSPO remises en question par le SPF Finances, notamment lors de contrôles fiscaux.

Il est frappant de constater que ces contrôles fiscaux et les redressements correspondants présentent de fortes disparités régionales ; la Flandre occidentale ainsi que les régions universitaires de Louvain et de Gand semblent être durement touchées. Les redressements varient également beaucoup d'un secteur à l'autre ; les entreprises technologiques semblent être particulièrement visées, mais un certain nombre d'entreprises effectuant des essais cliniques de phases 1 à 3 pour le secteur pharmaceutique y ont également été soumises.

En outre, dans de nombreux cas, les activités de R&D elles-mêmes n'étaient pas contestables et n'avaient pas été vérifiées par les autorités fiscales.

Le danger de cette situation est de déboucher sur une distorsion de concurrence, à partir du moment où cette mesure d’aide publique, a priori générale, ne bénéficie en fait qu’à certaines entreprises selon le bon vouloir des inspecteurs des impôts.

Conclusion

Il est prouvé que les entreprises qui s’engagent dans la R&D en temps de crise réussissent mieux que celles qui réduisent leur budget.

Pour les entreprises innovantes comme pour les autres, les mesures de soutien publiques (20 milliards d’euros supplémentaires ont été injectés dans les entreprises belges) ne sont qu’une solution temporaire et, d’après les répondants à notre enquête, insuffisante.

Pour survivre sur le long terme, les entreprises doivent renforcer plus que jamais leur business plan, consolider leur trésorerie au quotidien et ne négliger aucune piste possible de financement afin d’entamer de nouveaux projets.Du côté des autorités, un large chantier est à entreprendre en termes de simplification administrative et de facilitation à l’accès au financement, de résolution d’incohérences au sein du système actuel et d’encouragement aux symbioses entre interlocuteurs naturellement complémentaires – innovation ouverte, mondes privé et académique, financements nationaux et européens…

Télécharger le Baromètre belge de l’innovation 2021 : https://bit.ly/3wcPnyh

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