Valérie De Bue appelle à sauver le tourisme belge: «Les petits gîtes ont des taux de réservation de plus de 90%»

«Je suis déçue de ne pas pouvoir inaugurer la saison touristique.»
«Je suis déçue de ne pas pouvoir inaugurer la saison touristique.» - Photonews

« Évidemment, je suis déçue de ne pas pouvoir inaugurer la saison touristique comme chaque année. Pour l’instant, toutefois, nous devons respecter les mesures qui permettent de lutter contre la pandémie. La priorité doit être de préserver la santé et d’éviter d’envoyer à l’hôpital trop de personnes touchées par le virus. »

Va-t-on vers une obligation de vaccination pour entrer dans les attractions ou les gîtes ?

« Ce débat-là n’est pas à l’ordre du jour. La priorité est la vaccination et la livraison des vaccins. Plus il y aura de personnes vaccinées… plus vite on pourra reprendre une vie normale. »

Quand ?

« Les objectifs à court terme, c’est l’ouverture des écoles le 19 avril. Le 1er mai pour l’Horeca reste un objectif que l’on a envie de faire aboutir. »

Cela vous inquiète ?

« La situation sanitaire reste interpellante et les variants nous inquiètent. L’été devrait apporter des situations plus optimistes. On devrait pouvoir équiper au mieux les différentes activités en leur permettant de travailler. »

Aujourd’hui que peut-on faire en Wallonie ?

« Depuis le 1er décembre, les musées sont ouverts. Il y a des expos à visiter. Depuis les vacances de carnaval, les parcs animaliers sont ouverts aussi. Les demeures et châteaux sont accessibles également. Les petits gîtes aussi avec des taux de réservation de plus de 90 %. Les hôtels sont accessibles avec repas en chambre. Il est important d’insister sur les randonnées pédestres et les randonnées vélos ! On veut inviter les Wallons à se disperser le plus possible sur le territoire pour éviter les rassemblements. Ils peuvent aussi visiter nos 23 villes de charme. »

Un regret ?

« On peut regretter le report du plan plein air. Mais je veux aller de l’avant. On travaille sur l’été 2021 et aussi le Pass Visit Wallonia de 5 millions d’euros. On a fait 20.000 Pass dans la première phase. Ce Pass a été prolongé jusqu’à la fin des vacances de Pâques. Il y a 600 partenaires. Dès que la saison touristique reprendra, on lancera la deuxième phase de 20.000 Pass et la troisième phase de 20.000 Pass. »

Le secteur va survivre ?

« Je veux saluer sa résilience. Ils ont développé leur digitalisation pour mieux répondre aux clients. On a lancé une étude stratégique qui permettra de mettre en place des recommandations pour mieux la développer encore. »

Quelques aides concrètes

La ministre ne le cache pas, elle essaie d’aider tous les acteurs avec le ministre de l’Économie : « Il y a des indemnités compensatoires du Fédéral, des aides des Régions pour les hébergements et les attractions. 7.500.000 € ont été dégagés pour un troisième programme de soutien au secteur. Notre programme de soutien est en trois phases. »

2.107.848 € seront consacrés aux attractions touristiques (fermées entre le 1er janvier 2021 et le 31 mars 2021). Ce soutien financier sera notamment calculé sur base du taux de fréquentation de l’attraction touristique et du nombre de jours de fermeture. Le montant minimum perçu par chaque attraction sera de 1000 €.

Une aide aux hébergements de tourisme social d’un montant de 913.000 €. Celle-ci sera notamment calculée sur base du nombre de lits et du nombre de jours de fermeture.

Un soutien aux campings pour un montant de 2.037.937 €. Celui-ci sera notamment calculé sur base du nombre d’emplacements et de jours de fermeture.

876.000 € seront octroyés aux villages de vacances. Il s’agira d’une aide forfaitaire de 1000 € par unité de location en fonction de la période de fermeture.

Une aide de 1.709.900 € aux gîtes et meublés de vacances d’une capacité de plus de dix lits. Il s’agira d’une aide forfaitaire comprise entre 2.500 et 5.500 €.

Plus d’infos sur le site relance.tourismewallonie.be

«J’adore cuisiner»

En cette période compliquée, ministre ou pas, les parents doivent s’occuper des enfants. Comment faites-vous ? « J’ai toujours eu comme principe de me dire que je ne suis pas la seule dans cette situation et que certains concitoyens vivent des situations beaucoup plus compliquées. Je suis quelqu’un qui va de l’avant. On est dans le dialogue et l’écoute. On les responsabilise plus encore dans leur habitude. »

Au cabinet, le télétravail est encore plus la norme que d’habitude : « On est encore plus attentif qu’avant. On a encore un contrôle plus accru pour les 4 semaines à venir. »

Parmi les passions qui lui permettent de penser à autre chose que la politique, il y a la cuisine : « J’adore cuisiner parce que cela me détend et j’ai un mari qui cuisine tout le temps et qui a suivi des ateliers… actuellement suspendus évidemment. J’ai un beau-fils qui suit l’école hôtelière. On aime bien la gastronomie. La relance de l’Horeca est quelque chose qui me parle évidemment. C’est la chaleur humaine et de vivre. On a quelques pépites en Wallonie. »

«Je veux faire du tourisme une activité durable»

«Je veux faire du tourisme une activité durable»
Photonews

En cette période de crise, la ministre entend aller de l’avant sans se morfondre : « On a en Wallonie tous les ingrédients pour réussir le développement d’un tourisme durable : beaucoup d’espaces, des activités très diversifiées… un tourisme de qualité sur tout le territoire. Cela permet de dégager des emplois durables et non délocalisables. On travaille transversalement à ce niveau au gouvernement wallon avec notamment la ministre de l’environnement. Cela touche l’Horeca, l’agriculture… on veut créer une chaîne de valeur. »

C’est un secteur important pour l’emploi ?

« On est à un peu plus de 80.000 emplois, cela correspond presque au poids du secteur de la construction. »

Comment faire durer l’attrait des Belges à voyager… chez eux ?

« Le tourisme de proximité est celui qui va reprendre le premier. Le tourisme international garde pour l’instant des perspectives plus floues. »

Que pensez-vous de la disparition des gares et des Bancontact dans les villages ?

« Chaque site et chaque commune doivent être dotés d’un minimum d‘infrastructure. Les communes rurales doivent être attentives à cela. On sent qu’elle s’organise pour maintenir et rendre accessible ce type d’infrastructures. On maintient des contacts avec la SNCB en ce sens. À plus long terme, l’aéroport de Charleroi doit aussi être une magnifique porte d’entrée pour que la Wallonie ne soit pas qu’une zone de transit. Dès la descente de l’avion, après la pandémie, on veut que les voyageurs profitent des atouts de notre région. »

Les produits du terroir, les brasseurs ont aussi perdu beaucoup d’exportations ?

« Nous sommes conscients qu’ils sont touchés. Le ministre de l’Économie y est attentif tout comme aux chocolateries ou à d’autres acteurs. De nombreux secteurs dans les communes touristiques ont souffert de la fermeture de l’horeca. Dans la promotion du Pass Visit Wallonia, on va faire une campagne qui soutient l’Horeca, les métiers de bouche et les attractions comme les vignobles, les brasseries typiques… »

«Le secteur perd 50% de son chiffre d’affaires»

«Le secteur du tourisme doit être aidé».
«Le secteur du tourisme doit être aidé». - Photonews

Aujourd’hui, la ministre du Tourisme soutient le secteur avec différentes mesures : « Le secteur doit être aidé. Je reçois beaucoup de témoignages de personnes en difficulté. Le tourisme est un secteur très diversifié. Les agences de voyages, les tour-opérateurs, les autocaristes, les aéroports, tous ces secteurs-là sont évidemment très fort touchés par la crise depuis un an avec l’absence de voyages. »

Une perte de chiffre d’affaires ?

« En 2020, le chiffre d’affaires du secteur du tourisme wallon a été de 1 milliard. C’est nettement moins que le montant auquel on pouvait s’attendre pour cette année qui est lui estimé à 2 milliards. Cela entraîne un manque à gagner absolu (la différence entre le chiffre d’affaires réalisé et le chiffre d’affaires attendu) qui est estimé à plus d’un milliard d’euros sur l’ensemble de l’année. »

Le chômage temporaire explose ?

« Le taux de chômage temporaire en postes dans le secteur du tourisme wallon est de 45,9 %. Cela signifie que les employeurs du secteur touristique ont eu recours au chômage temporaire en moyenne pour presque la moitié de leurs salariés. Les salariés mis au chômage temporaire en font en moyenne presque trois semaines par mois. Le taux de chômage en ETP est presque cinq fois plus important dans le secteur du tourisme que dans l’économie wallonne dans son ensemble où il atteint 7 %. »

Surtout une grosse différence entre certains acteurs ?

« Le taux de chômage temporaire en postes est beaucoup plus important pour les sous-secteurs dépendant du tourisme émetteur, où il atteint 82,5 %, alors qu’il se limite à 40,8 % pour les sous-secteurs dépendant du tourisme intérieur. »

Il est plus difficile de vendre les voyages à l’étranger pour l’instant évidemment…

« En effet, le taux de chômage temporaire en ETP est de 59,4 % alors que dans les sous-secteurs dépendant du tourisme intérieur ce taux n’est que de 30 %. Ceux-ci ont pu profiter d’une augmentation du tourisme domestique pendant les mois d’été, ce qui a permis d’atteindre un niveau d’activité similaire à celui d’autres années dans certains cas. »

Notre sélection vidéo