«Parasite» : le Tarantino sud-coréen diffusé chez nous

«Parasite» : le Tarantino sud-coréen diffusé chez nous
Isopix

C’est rare, mais il arrive parfois que les critiques les plus exigeants et le grand public se rencontrent pour applaudir de concert un film leur faisant partager le même plaisir. Vingt-cinq ans après la Palme d’or obtenue au Festival de Cannes par Quentin Tarantino pour «Pulp Fiction», le cinéaste Bong Joon-ho a réussi cet exploit avec «Parasite». Un film coup-de-poing qui est parvenu à ramener la précieuse Palme en Corée du Sud avant de triompher aux Oscars, tout en régalant les spectateurs en salle (où, avec près de 260 millions de dollars au box-office mondial, il a fait mieux que «Pulp Fiction», d’ailleurs).

Depuis «Memories of Murder», en2003, Bong Joon-ho est considéré comme le nouveau génie du cinéma asiatique. Ce thriller décapant suivait l’enquête de deux inspecteurs sur la piste d’un serial killer. Inspiré de faits réels, il mit les autorités sud-coréennes dans l’embarras en dépeignant les errements de la police de l’époque. Il faudra d’ailleurs attendre 2019 pour que le coupable soit arrêté, trente ans après les faits. Avec «The Host», Bong Joon-ho se confrontait ensuite au film de monstres à la «Godzilla», avant de passer à la science-fiction dysphorique et à son premier film en anglais, avec «Snowpiercer, le Transperceneige», l’adaptation cinématographique de la bande dessinée culte.

Opposé à Weinstein

«Snowpiercer» sera une épreuve douloureuse pour Bong Joon-ho, qui portait ce projet depuis des années. Ce film ambitieux va en effet pâtir aux USA de l’opposition entre son producteur, Harvey Weinstein, alors tout-puissant, qui voulait raccourcir le film, et le réalisateur. Mais tout le monde reconnaît les qualités indéniables de cette fable pleine de noirceur sur le devenir de l’humanité.

Tous ces films montrent que le cinéaste sud-coréen ne cherche pas à ne plaire qu’à un quarteron de cinéphiles pointus, mais voit les choses en grand, même quand, avec «Okja», en 2017, il raconte l’improbable amitié entre une petite fille et un cochon géant. «Parasite» est de la même eau. A la fois satire de la société sud-coréenne hyperconservatrice, double portrait de familles bourgeoise et populaire, huis clos inquiétant et thriller quasi d’horreur aux rebondissements inattendus jusqu’à un final sanglant. De vraies montagnes russes émotionnelles, servies par un scénario implacable et une réalisation majestueuse – quand on cite Tarantino au début de l’article, ce n’est pas seulement pour le parallèle avec le succès de «Pulp Fiction», mais parce que Bong Joon-ho lui est souvent comparé pour son sens du récit et la maestria de sa mise en scène et ses plans complètement dingues. Bref, un grand moment de cinéma, quel que soit le cinéma que l’on aime.

« Parasite », 21h05, la Trois.