Investir de manière responsable est une obligation

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Les placements éthiques sont apparus en Belgique vers la fin des années 80, notamment sous l'impulsion de la banque coopérative Bacob. Ce n'est toutefois qu'au début des années 2010 que ces produits vont devenir une ligne de force dans l'offre des banques. Depuis 2015 et l’accord sur le climat de Paris, l'Investissement Socialement Responsable (ISR) est entré dans le langage courant des milieux financiers.

Critères ESG

L’ISR consiste à ajouter des critères extra-financiers à l'analyse traditionnelle des critères financiers, sur trois principaux types de facteurs : environnementaux (E), sociaux (S) et sur la gouvernance d’entreprise (G). Dans un premier temps, les gestionnaires ont prêté davantage attention aux critères de gouvernance (comme le traitement des actionnaires minoritaires ou la représentation des femmes dans les fonctions dirigeantes.

Depuis les accords sur le climat de Paris, les facteurs environnementaux ont pris le relais, notamment dans l’espoir d’influer la trajectoire du réchauffement climatique durant les prochaines décennies. Et depuis la crise sanitaire du COVID-19, les thématiques sociales ont également pris de l’ampleur dans l’offre des banques. Alors que les fonds durables étaient souvent une proposition marginale dans l’offre du secteur financier, ils sont appelés à devenir l’offre par défaut d’ici quelques années.

Trois voies

Il est possible de distinguer plusieurs types de fonds d’investissement durables. Premièrement, certains fonds durables vont privilégier une exposition diversifiée, en sélectionnant les sociétés qui obtiennent la meilleure note durable globale sur un certain nombre de critères ESG.

Deuxièmement, les fonds thématiques vont investir dans une sélection de sociétés exposées clairement sur tendance de fonds dans la société, comme par exemple la transition climatique ou les énergies renouvelables.

Enfin, troisièmement, la plupart des gestionnaires développent aujourd’hui des fonds à impact, dont l’objectif n’est plus uniquement de sélectionner les sociétés avec les meilleures notes ESG, mais qui visent également à avoir un impact positif et mesurable sur la société. Les fonds « impact » publient régulièrement des rapports qui vont mettre en évidence l’impact positif du portefeuille sur la société, des mesures seront adaptées en fonction du secteur d’activité.

Différentes approches

Le gestionnaire suisse Pictet Asset Management propose ainsi de nombreuses stratégies thématiques visant des thématiques durables, comme Pictet – Global Environmental Opportunities, Pictet – Clean Energy ou Pictet – Timber. « Douze de nos fonds ont récemment reçu le label durable Towards Sustainability du régulateur belge Febelfin, qui est un des plus exigeants actuellement sur le marché. Ceci reflète le fait que l’investissement responsable est au centre de notre stratégie d’investissement, et que nous visons à rester à la pointe du cette évolution dans le futur », souligne Eric Borremans (responsable ESG chez Pictet Asset Management).

Le gestionnaire français DNCA Finance s’est inscrit également dans cette démarche, notamment suite à l’arrivée de Léa Dunand-Chatellet à la tête du département consacré à l’ISR en 2018. « Notre gamme de fonds ISR est groupée sous l’appellation Beyond. Nous allons faire une analyse ESG des sociétés qui entreront dans la composition du portefeuille, en excluant celles qui présentent un risque de controverse et en privilégiant celles qui vont avoir un impact positif sur la transition vers une société plus durable, voire qui vont œuvrer pour augmenter leur impact positif ».

Différentes approches

Du côté de La Financière de l’Echiquier (LFDE), c’est également vers les stratégies à impact que la gamme de fonds a tendance à évoluer ces derniers temps, avec par exemple le lancement d’un deuxième fonds impact appelé Echiquier Climate Impact Europe, visant à investir dans des sociétés qui permettront à l’Europe d’atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Olivier de Berranger (responsable de la stratégie d’investissement de LFDE) souligne ainsi être « si le défi climatique est un risque, il peut également être un territoire d'investissement attractif, source de performance pour les entreprises et pour l'économie européenne. »

Chez l’anglo-saxon Columbia Threadneedle, c’est par les placements obligataires que le gestionnaire entend pivoter sa stratégie d’investissement vers l’impact, notamment au travers du marché des obligations vertes ou des obligations à objectifs sociaux, dont l’importance ne cesse de grandir ces dernières années. « Le volume d’émissions obligataires avec des objectifs durables a atteint 510 milliards de dollars en 2020, soit largement plus du double du volume émis l’année précédente. Les stratégies d’impact ne se limitent aujourd’hui aux seuls marchés d’actions, mais s’étendent aujourd’hui à l’ensemble des classes d’actifs », souligne Tammie Tang (gestionnaire de fonds chez Columbia Threadneedle).

Performances

Pendant longtemps, les investissements durables ont eu la réputation d’avoir un impact négatif sur la performance d’un fonds d’investissement. Les évolutions de ces dernières années ont toutefois eu l’impact inverse, et la performance des fonds durables ont été supérieures à celles des fonds investis plus traditionnellement sur les marchés financiers. Investir sur des tels produits donne une certaine assurance que les fonds sont utilisés pour favoriser la transition énergétique ou des pratiques sociales durables. Enfin, les règlementations européennes poussent aujourd’hui les gestionnaires de fonds à étendre la gamme de produits durables à la majorité de leurs produits durant les prochaines années. Il n’y a donc aujourd’hui plus d’excuses pour ne pas investir durablement son patrimoine.

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