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Le livre choc de l’avocat de Marc Dutroux: «S’il doit mourir derrière les barreaux, c’est un châtiment bien pire et plus barbare que la guillotine»

Exclusif
En publiant ce livre, Bruno Dayez fait son job d’avocat mais il risque de choquer...
En publiant ce livre, Bruno Dayez fait son job d’avocat mais il risque de choquer... - © Montage SP

Depuis qu’il est son avocat, Bruno Dayez ne s’en est jamais caché. Dans une interview qu’il nous avait accordée en juillet dernier, il expliquait déjà : « Mon but est de faire libérer Dutroux en 2021, c’est-à-dire après 25 ans d’emprisonnement. Car une punition n’a de sens que si elle a une fin ».

Dans cet essai littéraire de 120 pages, il explique le fond de sa pensée, sait qu’il va choquer mais il a choisi à dessein « le cas de Marc Dutroux car il est emblématique et pose une série de questions essentielles sur notre système de justice pénale ». Il profite ainsi de son client hors-norme car, écrit-il,« ce qui vaut pour lui, vaudra a fortiori pour tous les autres ».

Son credo est que l’affaire Dutroux a provoqué une dérive répressive et sécuritaire en Belgique. Alors qu’il rêve « d’une justice pour laquelle réparation et réinsertion primeraient toujours sur punition et exclusion ».

La prison, son caveau

Pour lui, « la perpétuité ne peut pas être une condamnation à mort… à vie ! Si le criminel se savait condamné à mourir derrière les barreaux, si sa cellule devait être son caveau et la prison son cimetière, il s’agirait d’un châtiment bien pire, et plus barbare, que l’échafaud, la guillotine ou la piqûre létale ».

La prison est donc une punition qui n’a de sens que si elle a une fin.

Tout comme on a supprimé de notre Code pénal la condamnation à mort, il plaide donc pour qu’on en fasse de même avec la condamnation à perpétuité.

« En termes de sanction, la coupe est pleine, il est inutile d’en rajouter, sauf à verser dans une forme de sadisme raffiné qui n’a plus rien à voir avec ce que l’on peut dénommer justice. »

Pour lui, le maximum de la peine ne peut excéder 25 ans, « voire moins si possible ». Arrivé à ce terme, le condamné devrait alors automatiquement retrouver la liberté, sans devoir obtenir l’aval du tribunal d’application des peines, moyennant tout de même certaines conditions à respecter.

Prison, école du crime

Mais pour arriver à cela, il l’avoue lui-même, il faut absolument donner les moyens aux établissements pénitentiaires d’assurer leur mission de réinsertion. Et on est loin du compte.

Ed. Samsa

« C’est une pénible évidence, les prisons sont, dans leur configuration actuelle, des usines à récidive, des écoles du crime. Si l’objectif réel de la prison était de protéger la société, il faudrait tout d’abord qu’elle soit elle-même réformée de fond en comble et transformée tour à tour en usine, en atelier, en école, en hôpital… la privation de liberté se suffisant largement à elle-même en guise de punition. »

Et quand on lui rétorque que Dutroux n’est dès lors pas du tout prêt à sortir puisqu’il n’y a pas été préparé, et que son risque de récidive est très élevé, il répond que ça obligera l’État à tout mettre en œuvre à l’avenir pour y arriver…

Et les victimes ?

Dans son raisonnement, il n’oublie pas bien sûr d’évoquer les victimes en leur prêtant cette intention : « Elles attendent avant tout que l’auteur des faits se repente, voire qu’il sollicite leur pardon, même si elles ne sont pas disposées à le lui octroyer. Elles souhaitent en tous les cas qu’il prenne toute la mesure de la gravité de son acte et l’exprime avec sincérité. Qu’il soit puni, certes, avec sévérité, le cas échéant, mais pas excessivement ni indéfiniment. Car les victimes elles-mêmes sont éprises de justice et désireuses de retrouver une certaine paix intérieure qui leur permette de surmonter leur peine et de survivre à leur malheur. Elles sont à cet égard parfaitement conscientes que la peine endurée par le condamné ne pourra jamais les dédommager d’aucune façon. »

Mais il admet toutefois que nul ne peut se mettre à leur place, ni parler en leur nom. Nul doute dès lors qu’elles voudront réagir à la sortie de ce livre.

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