«J’ai hâte que tout réouvre et que je puisse enfin découvrir les gens qui m’écoutent»: SDM nous présente «OCHO», son premier album!

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Avant de parler de ton album « OCHO », j’aimerais que l’on parle de ton enfance. Dès le titre « Intro », tu as des mots forts comme « Ecoute bien ma vie, je rigole, mais je te jure qu’elle est dure mon enfance ». Je sais aussi que tu as beaucoup voyagé entre la France et le Congo.

Mon enfance était assez bazardée, mais en vrai, j’ai plus de bons souvenirs que de mauvais. C’est dans mon éducation, on m’a appris à ne jamais me plaindre, dans le monde il y a toujours pire. Même si ce n’était pas tout beau tout rose, j’ai toujours eu cet état d’esprit de prendre les choses avec rigolade.

Quel rapport entretiens-tu aujourd’hui avec ton pays d’origine ?

C’est un pays que j’aime beaucoup et que je connais comme ma poche, surtout la ville de Kinshasa. Il faut que les gens sachent que je suis Congolais. Je suis à Kinshasa comme à Clamart.

Ton papa, Bob Masua, était un grand monsieur en RDC puisqu’il était l’un des producteurs de Koffi Olomidé. Est-ce que ton amour pour la musique vient de lui ?

Peut-être inconsciemment ! Je ne sais pas d’où me vient cet amour pour la musique, mais je pense que oui, qu’il a toujours eu un rôle dans ça. Tous les jours à la maison c’était musique, matin, midi, soir. Donc oui, je me dis que c’est sûrement lui qui m’a ramené ça.

Quelles sont tes influences musicales ? Si ce n’est la rumba congolaise bien sûr…

J’aimais beaucoup le RNB. Le rap US un peu moins parce que je ne comprenais pas grand-chose. Après, 50 Cent est arrivé avec des refrains mélodieux et tout de suite j’ai beaucoup aimé. Donc oui, je te dirai le RNB américain et 50 Cent. Beyoncé, Usher, ça, c’est de la mélo et j’ai toujours kiffé.

Ton album « OCHO » est sorti le 9 avril dernier. D’où vient ce titre et plus globalement cette gimmick « 100-OCHO » ?

« 100-OCHO », ça vient de chez nous, du sud des Hauts-de-Seine. C’est un truc que les rappeurs de Boulogne répétaient beaucoup à l’époque. J’ai fait du « OCHO » une gimmick.

Mais pourquoi en espagnol ?

Alors là (rires) ! Moi-même, je ne pourrais même pas te l’expliquer, mais ça a plus de flow en espagnol. « 100-OCHO », c’est le 92, c’est chez nous. Pour moi rien n’est calculé. « 100-OCHO », ça veut dire 92 et voilà.

Est-ce important pour toi de représenter le 92, le département des Hauts-de-Seine ?

Bien sûr ! Il y a une époque où Booba était au top, Salif était au top… Quand tu arrives par exemple en colonie de vacances ou à Noël, quand tous tes cousins te disent « dans notre département, nous, on a lui », pour moi c’est super-important de dire que je viens du 92, de le crier sur tous les toits. Comme d’autres départements ont pu nous le montrer, à chaque fois qu’ils faisaient quelque chose, il fallait qu’ils crient le nom de leur département. Pour moi, c’est vraiment important que les gens sachent que je viens du 92. Comme ça, les petits d’aujourd’hui quand ils feront des débats avec d’autres ils pourront dire « ouais nous dans le 92, on a SDM, on a PLK ! ».

Qui sont les personnes qui t’accompagnent sur la pochette de l’album ?

Ce sont mon grand frère, mes cousins, mes vrais potes et mon manager qui est mon oncle.

Tu es signé sur le label « 92i », de Booba. Comment se fait la connexion entre vous ?

J’ai deux managers. L’un d’entre eux fait partie de son entourage et lui a dit « écoute ce que mon zincou il fait ». C’était juste comme ça, histoire d’écouter, et ça lui a parlé tout de suite ! On s’est rencontré, le courant est passé et j’ai signé deux mois après notre première rencontre.

J’ai fait trois collaborations avec Booba en un an. Ce n’est vraiment pas rien du tout. Mais le feeling passe tellement bien avec lui que ce sont des trucs qui se font naturellement.

Il y a 5 feats dans cet album (Booba, PLK, Fally Ipupa, Bramsito et Koba LaD). Lequel a pu te mettre le plus la pression ?

Je te dirais Fally. C’est le seul feat que j’ai choisi. Les autres se sont vraiment faits au feeling, l’alchimie elle passe tout de suite, on est des potos. On fait un son « sans faire exprès ». Fally, il est tellement fort. Il m’a vraiment mis une grosse pression. Il n’écrit pas, il va en cabine, ça dure 15 minutes et il avait tout fait.

Et poser sur « Bonne journée » dans « ULTRA », le dernier album de Booba ?

Non, encore une fois, Kopp – le surnom de Booba – c’est le poto, ce sont des trucs qui se font naturellement. Quand je pose mon couplet sur « Bonne journée », la prod elle me parle, j’écris mon couplet en une demi-heure, et voilà.

Si on se parle aujourd’hui, c’est aussi grâce à PLK et à votre titre « Jack Fuego » qui a permis de te faire connaître au grand public. Quelle relation entretiens-tu avec lui ?

C’est mon frérot, un grand poto. C’est mon grand ami dans le sens où il m’a toujours aidé, il a toujours parlé de moi à tout le monde. Il est super-content pour moi aujourd’hui, je suis super-content pour lui. Ça ne date pas d’aujourd’hui, c’est une amitié qui dure depuis plus de 10 ans.

À quand un album en commun ?

Un album en commun (rires) ! Si un jour ça doit se faire, ça se fera aussi en feeling. On n’a jamais rien calculé.

Quel est ton « Jack Daniels » préféré ?

C’est le Jack Fuego, le Jack cannelle, avec l’étiquette rouge. Je l’aime beaucoup celui-là et c’est cette bouteille qui m’a inspiré le morceau et le refrain. On était bien sous Jack Fuego avec Polak et j’étais inspiré par la bouteille et la prod. Mais attention, ce n’est pas tout le monde qui assume (rires).

Tu parlais d’alchimie tout à l’heure. On peut en constater pas mal sur le titre « Game Over » avec Bramsito, mais aussi sur « Papier », dans son album « Substance », sorti le 14 mai dernier.

Il faut savoir que je m’entends avec Bramsito comme avec tous les membres du label. Dans le « 92i » on est vraiment une famille. Je peux très bien croiser un des membres sans pour autant parler de musique. Cet hiver, j’étais en vacances à Dubaï avec Green Montana – un rappeur verviétois également signé sur le label de Booba. Comme je le dis à chaque fois, le conseil que je donne à chaque artiste c’est de ne pas faire de feat juste pour faire plaisir aux gens. Faire des sons avec des personnes avec qui tu as un bon feeling et une bonne entente, ça se ressent tout de suite. Des sons pour faire plaisir au public ou à Instagram, ça ne le fait pas.

Tu te livres sur plusieurs sujets dans « OCHO ». Chaque morceau offre aussi pratiquement une proposition artistique différente. Est-ce que tu as voulu faire de cet album la carte de visite de SDM ?

Oui, bien sûr ! C’est aussi parce que je n’ai pas eu la chance de faire beaucoup d’interviews comme celle-ci ou de concerts. Mon public ne me connaissait pas vraiment avant la sortie de mon album, c’était donc important pour moi de le faire en mode carte de visite.

As-tu prévu d’aborder d’autres thèmes et sonorités dans le futur ?

Oui, parce que maintenant je vais me consacrer au prochain projet. Tous les sons que je fais, il faut qu’ils soient efficaces parce que ça sera pour l’album, alors que pour le premier, j’étais plus en mode faire du son pour faire du son et on verra après.

La famille, le quartier, les femmes… Les sujets évoqués dans l’album sont nombreux, mais un revient dans pratiquement tous les morceaux, à savoir le football. Es-tu, comme les trois-quarts du rap français, un footballeur qui a décidé de se lancer dans le rap après la fameuse blessure des croisés ?

Non, moi c’est la flemmardise malheureusement. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque et même aujourd’hui il y a des coaches qui m’en parlent. Hier, j’étais avec le président de mon club d’enfance parce qu’ils font des détections cet été et qu’il a voulu que je partage. Hier encore, il me rappelait à quel point j’étais un très bon joueur. Je suis même déjà allé en test dans quelques clubs. Mais j’ai vraiment lâché par flemmardise. Je préférais jouer aux jeux vidéo ou aller faire mes conneries dans la rue. Ça m’est même déjà arrivé de mentir à ma mère et de lui dire « bon salut, je sors, je vais au foot », alors que je n’y allais pas. Aujourd’hui, je m’en veux parce qu’en vrai j’aime tellement ce sport. C’est mon destin, c’était la musique.

Je travaille pour SudPresse, un média belge. Par conséquent, je suis obligé de te parler de ton morceau « Van Damme »…

Ha la la la la… Jean-Cloclo (rires) ! Souvent, à part dans « Expendables », c’est le seul film dans lequel il perd, je crois. Il ne perd jamais la bagarre, il défonce tout le monde, il est souple, il fait du karaté… Quand j’ai eu l’idée de faire ce son, le nom que je devais dire c’était forcément « Van Damme ».

Tu fais aussi beaucoup référence à la série « The Wire ».

C’est ma série préférée, ou l’une de mes préférées. C’est une longue série et je l’ai regardée trois voire quatre fois. C’est incroyable, j’ai vraiment kiffé cette série.

Ce premier album sort en pleine pandémie. Comment as-tu vécu cette crise du coronavirus ?

Je l’ai très mal vécue dans le sens où Polak me parlait souvent des showcases, des tournées, etc. Moi j’arrive, on me parle de Covid et on m’enlève tout ça. Ça m’a fait très mal dans ce sens-là, mais c’est la vie, il y a des gens qui ont vraiment été touchés par la maladie. J’ai la chance d’avoir une grosse équipe. On a su s’adapter, et aujourd’hui, on peut dire que ça l’a fait.

As-tu hâte de rencontrer et découvrir ton public pour la première fois ?

Mais bien sûr ! C’est le truc dont je suis le plus pressé à l’heure actuelle. Que je sache quand est-ce que je pourrais faire ma tournée, quand est-ce que je pourrais faire des shows, quand est-ce que je pourrais venir aux Ardentes… C’est dommage, mais forcément ce sont des trucs sur lesquels je me pose toujours des questions à chaque fois que quelqu’un m’en parle. J’ai envie de te dire que la scène, c’est les meilleurs moments d’un artiste. J’ai tellement hâte que tout réouvre et que je puisse enfin découvrir les gens qui écoutent du SDM.

J’ai l’impression que SDM est la somme de plusieurs personnes qui sont arrivées dans ta vie comme ton papa, Booba ou encore PLK. Mais est-ce que je me trompe si je dis que Saddam n’est pas SDM sans sa maman ?

Je l’aime un tas, c’est ma fan numéro un, c’est ma meilleure amie. C’est un truc de ouf comment je l’aime trop. C’est un membre officiel du gang !

Elle écoute tes sons ?

Oui, sauf quand je rappe. Elle ne comprend pas tout quand je parle en verlan ou en argot. Elle aime bien quand il y a de la mélodie, ce sont des trucs qui lui parlent. Elle essaie de tout écouter, mes interviews elle les regarde toutes. J’ai même fait une interview pour « Onze Mondial » et elle est allée acheter le magazine pour regarder ça, un truc de ouf.

Est-elle fière de toi ?

Elle est grave fière de moi ! Je suis super-content parce que c’est un truc que je lui dois bien à cette femme. Elle m’a éduqué toute seule moi et mes autres frères et sœurs. J’ai toujours eu une bonne relation avec ma mère, mais en général je lui ai souvent ramené des déceptions comme des convocations, des perquisitions et beaucoup d’autres trucs qui terminent par « ions », malheureusement. Ça me fait super-plaisir de la voir si fière de moi aujourd’hui, je lui dois bien ça.

En ayant travaillé sur cet entretien, j’ai l’impression que ta carrière est faite de coïncidences. D’une part, ton papa était le producteur le Koffi et tu as featé avec Fally, de l’autre, tu as découvert le rap français avec « Ouest Side » de Booba et tu es aujourd’hui signé sur son label. Crois-tu au destin ?

Et je m’appelle Saddam – « Saddam Hauts-de-Seine » étant l’un des surnoms de Booba ! Tu sais que Booba, quand on lui présente SDM, il pète sa tête. Il dit « quoi ? Il s’appelle Saddam, il vient du 92, à Clamart, à 5 minutes de chez moi, etc, etc ». Ce sont beaucoup de coïncidences, mais elles sont plutôt belles. Que veux-tu, c’était mon destin.

Pour toi, c’est quoi la vie de rêve ? Tu évoques celle de Tony Montana dans le titre du même nom…

La vie de rêve pour moi c’est d’avoir une grande maison avec presque toute ma famille dedans. Ça serait juste ça ma vie de rêve. Je suis quelqu’un de simple moi. « Des gamos, une villa, des trophées comme Zidane », c’est ce que je veux. Les gamos c’est-à-dire de belles voitures, une grosse maison pour moi et toute ma famille et des trophées comme des disques d’or, des singles de diamant, et toutes ces choses-là !

Tu es âgé de 25 ans. Comment expliques-tu que les jeunes de ta génération fassent tout pour exploser au jour d’aujourd’hui ?

J’ai l’impression que c’est un truc que l’on a compris : qu’on avait du potentiel et plus de moyens. Il y’a aussi plus de trucs qui permettent d’avoir une vue sur le monde avec internet alors qu’à l’époque, ce n’était pas forcément le cas. Nous, on était « business man » très tôt en vrai. On voit ceci, on voit cela, on économise un peu d’argent avec ceci, on investit dans cela. Je pense qu’on est la meilleure des générations parce qu’il y a tout à notre disposition. Il faut juste ne pas être un flemmard.

C’est aussi grâce à l’éducation de nos parents. On sait aussi pourquoi nos parents sont venus en Europe, on n’a pas à être des poids pour eux.

Pour revenir à ton album, « OCHO » signifie « huit » en espagnol. Quand comptes-tu prendre des cours afin d’envoyer un hit latino pour l’été ?

Moi j’ai un problème, c’est que je ne sais pas apprendre un truc, il faut que j’écoute ! Je ne sais pas me poser pour apprendre, je vais soit m’endormir ou faire un autre truc. Je sais parler le lingala à force d’écouter des musiques, d’écouter ma mère parler pendant tout ce temps ou aller au pays. Mais frérot, je ne peux pas t’apprendre une langue, « OCHO » ça suffit. Il y a beaucoup de mots que j’aime bien comme « Calle » par exemple, l’espagnol c’est une très belle langue. Mais malheureusement je ne suis pas bon donc ça ne se fera pas… il n’y aura pas de hit de l’été en feat avec Maluma (rires).

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