Yoann, ex-footballeur, témoigne dans l’émission «Regard sur» de la RTBF: «J’ai été viré parce que homo»

Yoann Lemaire a depuis créé son association Foot ensemble, qui sensibilise à l’homophobie dans le sport.
Yoann Lemaire a depuis créé son association Foot ensemble, qui sensibilise à l’homophobie dans le sport. - Archives personnelles

« Dans ma chambre, il y avait toutes mes coupes, les écharpes et les maillots de l’Olympique de Charleville… Le foot, c’était ma passion depuis gamin. Dès que je pouvais, je chaussais mes crampons, j’allais jouer dans le jardin. J’ai intégré une équipe dès 6 ans. Sur le terrain, j’ai eu des émotions que je n’aurais jamais connues ailleurs ni dans un autre sport : on perd, on est en coupe de France, on joue la montée, on égalise puis on gagne 3-2 à la 90º minute. Même si on ne s’aime pas, on s’embrasse.

« Dans les vestiaires, ça parle beaucoup des femmes. Les mecs racontent leurs exploits avec leurs copines ou leurs maîtresses. Moi leurs conneries me saoulaient. Et c’est là que j’ai commencé en rigolant, au moment des douches, avec humour que moi j’étais plus attiré par un pote ou par son frère. J’avais 22 ans, on était en 2003-2004 et j’étais amoureux d’un mec. C’était tabou. On ne connaissait pas d’homosexuel autour de nous et on avait un comportement très homophobe sur le terrain. C’était compliqué à admettre et j’espérais naïvement que le foot allait m’aider, que si mes coéquipiers, mes potes l’acceptaient, je pouvais l’accepter mieux moi-même, envers la famille. Alors au début, on déconnait avec ça. Certains de mes coéquipiers n’ont jamais cru que j’étais homo, parce que je suis un homme viril, grand, bagarreur, je mettais des coups quand on me traitait de tarlouze. Il y a beaucoup de sexisme dans le foot et tous les clichés qui vont avec.

« Pour une grosse majorité, comme on était potes, cela s’est bien passé pendant deux, trois ans, mais il y avait une minorité agissante, virulente. Des jeunes ont été parler au coach comme quoi c’était pas possible de jouer ni de prendre sa douche avec un pédé, que la tarlouze allait mater les petits jeunes. Par ailleurs, de temps en temps, après les adversaires ou les gens du public s’y mettaient. C’était devenu calvaire.

« Jusqu’au jour où l’entraîneur m’a mis en équipe B, puis en équipe C. J’étais défenseur central et je me retrouvais remplaçant ou ailier gauche. Et un beau matin, le club a décidé de me virer officiellement parce que quelques joueurs devenaient de plus en plus violents. Un éducateur tenait des propos scandaleux sur les réseaux sociaux avec des menaces de mort, dixit : la tarlouze faut la liquider, l’égorger comme une truie. Cela allait de plus en plus loin et le club face à un problème que personne ne connaissait m’a dégagé en disant, au bout de quinze ans de licence, que c’était pour ma sécurité. C’était en 2010.

« J’ai été traversé par la colère, le dépit. C’est destructeur d’être exclu par les gens avec qui on a envie d’être et avec qui on partage une passion. J’ai connu quelques mois un mal-être. Quand seul à la maison, je voyais mon sac et mes godasses, je peux vous garantir que vous passez par tous les sentiments…

« Les médias ardennais ont feuilletonné sur mon cas et grâce à cette médiatisation, le Variétés Club de France, qui regroupe des grandes stars, dont des anciens de l’équipe de France, Blanc, Pirès, Karembeu, Deschamps, Barthez, m’a soutenu et m’a accepté. A mon grand étonnement, ces stars du foot ont eu une prise de conscience instantanée du problème de l’homophobie, et m’ont remercié. J’ai découvert des joueurs d’une très grande ouverture d’esprit avec qui en parler librement.

« La médiatisation m’a permis de retrouver un petit club de ma région sinon j’étais cramé. Cela s’est très bien passé avec mon entraîneur et mes coéquipiers. Ils s’en foutaient, on n’en parlait pas, il n’y avait pas de discrimination, mais j’ai eu des problèmes avec quelques adversaires et des gens sur le bord du terrain. Un jour, un mec avec sa bière dans la main hurlait : ah regarde-moi ça, la tarlouze, viens m’en faire une petit ! Tu veux qu’on devienne tous pédés comme toi ? Je répondais évidemment. Malheureusement, il y a eu une fusion de plusieurs clubs et cela m’a ramené dans mon ancien club avec le même entraineur. Du coup à 37 ans, je me suis dit qu’il était temps d’arrêter.

« Ma famille a appris mon homosexualité dans la presse. Je peux en parler à des inconnus mais le regard des proches, je l’ai toujours fui, donc je n’ai jamais su le faire, encore aujourd’hui, bien que mes proches l’ont bien acceptée. En me faisant virer d’un club minable d’un niveau minable, j’ai pris la honte de ma vie et elle est restée en moi. Et je ne me suis affiché avec un compagnon pour ne pas rajouter une couche, c’était assez compliqué.

« Et il y a un moment où on se dit qu’il faut agir pour les autres, pour que les choses changent. J’ai créé une association : Foot ensemble qui propose différents outils pédagogiques. Je prends des jours de congé sans solde (je travaille en usine dans la maintenance) pour aller dans des lycées, les clubs de foot, les centres de formation faire de la sensibilisation. On collabore avec La ligue de foot professionnelle qui est très ouverte. Et je constate une vraie évolution, une prise de conscience des grandes stars qui comprennent l’importance de l’exemplarité pour les jeunes. Même s’il reste beaucoup à faire encore… »

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