Pierre-Yves Jeholet veut des mesures fortes qui profiteront aux jeunes: «Nous devons viser l’excellence»

Pierre-Yves Jeholet veut des mesures fortes qui profiteront aux jeunes: «Nous devons viser l’excellence»
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Élu, en 2012, bourgmestre de Herve, né à Verviers, il a poursuivi tout au long de la crise avec son gouvernement un travail indispensable sur les autres matières. «Le pacte d’excellence, le décret audiovisuel, le contrat de gestion de l’ONE… On avance aussi sur l’enseignement qualifiant.»

La crise a rappelé l’importance de la FWB, Fédération Wallonie-Bruxelles?

«Elle a peut-être fait prendre conscience à certains que les matières de la FWB touchent aux tripes des gens au quotidien: l’accueil de la petite enfance, l’école, les crèches, l’enseignement, la culture (subventionnée ou non), les sports, l’aide à la jeunesse…»

Cette crise a ralenti la réforme des structures?

«Les francophones peuvent simplifier certaines choses à leur propre niveau. Cette crise a ralenti la réforme des structures et amélioré la communication entre les Bruxellois et les Wallons. Je savais que les deux entités ne se parlaient pas beaucoup. Je n’imaginais toutefois pas que c’était à ce point.»

Il faut rationaliser?

«C’est plus que jamais indispensable, par exemple, dans l’enseignement officiel, mais aussi au niveau de formations. Les résultats sont décevants quand on voit le taux d’emploi et la réinsertion sur le marché du travail.»

C’est possible d’améliorer la formation en alternance?

«Cette formation sera aussi un atout pour notre relance. Ces jeunes sont prêts à apprendre un métier en pénurie ou des métiers technologiques. Je veux une seule filière d’excellence et pas une filière de relégation. Les entreprises aussi doivent jouer le jeu. Aujourd’hui, elles ne proposent pas assez de stages aux jeunes. Je suis prêt à discuter «sans tabou» avec la Région wallonne d’une réforme de la formation en alternance. L’enseignement en alternance représente environ 2,6% de l’enseignement secondaire ordinaire.»

La situation financière de la FWB est si catastrophique?

«Elle est inquiétante mais il ne faut pas oublier que l’on est le seul niveau de pouvoir à ne pas avoir de recettes. Nous gérons avec rigueur et sérieux. Je ne suis ni le fossoyeur de la FWB, ni le liquidateur.»

Port du voile: «La vice-présidente Ecolo a joué avec des allumettes et elle a mis le feu»

«Les matières de la FWB touchent aux tripes des gens au quotidien».
«Les matières de la FWB touchent aux tripes des gens au quotidien». - Photonews

Avec le Covid, vous êtes privé de voyages internationaux, mais vous gardez le contact avec les instances internationales, avec une priorité: la promotion du français?

«L’usage de la langue française diminue au niveau international. Le Brexit doit être une opportunité pour le français dans les institutions européennes. On y travaille beaucoup avec la secrétaire générale de l’organisation internationale de la francophonie et aussi avec les Français dans le cadre de la présidence de l’Union en 2022 et de la Belgique en 2024. Nous avons par exemple parlé avec le Portugal qui n’utilisait plus le français dans les réunions informelles. Je me suis opposé à cela.»

Vous avez mené d’autres actions?

«J’ai écrit à tous les députés européens, qui le peuvent, pour qu’ils n’oublient pas de s’exprimer en français. Quand je vois qu’à l’Unesco le français reste une langue bien utilisée, je garde confiance. C’est un dossier important dans le cadre de mes relations internationales.»

Au niveau belge, la question du voile est inévitable pour l’instant?

«Il s’agit d’un débat compliqué, mais que l’on ne peut pas laisser aux directions d’écoles, à la Stib ou à quelques structures que ce soit. On donne au signe ostentatoire une signification politique. En plus, c’est le symbole de l’inégalité homme-femme. Le politique doit assumer et prendre ses responsabilités. La position du MR est très claire: l’interdiction du voile dans la chose publique: c’est moins le cas au PS et au cdH. IL ne faut pas oublier que c’est Ecolo qui a lancé le débat. La vice-présidente Ecolo a joué avec des allumettes et elle a mis le feu. Certains partis en font un réservoir électoral. Je ne stigmatise pas les femmes voilées, mais certains en font un débat communautariste. Moi, je préfère le vivre-ensemble et créer des ponts entre les communautés.»

V.Li.

Ventilation: «On va devoir s’adapter à la réalité de terrain»

Ventilation: «On va devoir s’adapter à la réalité de terrain»

En matière de ventilation, comment allez-vous mettre toutes les infrastructures aux normes?

«Je suis très prudent par rapport à cela. Évidemment, les grosses infrastructures culturelles sont ventilées et aérées, mais il y a aussi les écoles et surtout toutes les petites infrastructures villageoises, sportives, culturelles, les locaux de Patro… On ne peut pas avoir des normes figées et contraignantes. C’est un débat que l’on a souvent avec le Commissariat Covid et Pedro Facon.»

Vous avez les moyens financiers pour de telles mesures?

«Il faut d’abord que l’on ait des règles claires pour le matériel à utiliser et des incitants pour les écoles, les cantines… Sans cela, ces obligations vont être reportées sur les communes. Elles ne pourront pas tout payer. Il ne faut donc pas imposer des mesures qui rendraient impossibles tout une série d’activités. C’est la même chose pour certaines normes imposées à l’Horeca.»

Tout autre sujet, lui aussi, lié à la santé. Où en est-on avec le numerus clausus?

«Avec la crise, on a vu combien nous avions besoin de médecins et d’autres acteurs de soins. Le fédéral doit nous permettre d’avancer à ce niveau. C’est un dossier compliqué, mais on doit faire de la crise une opportunité. La ministre Valérie Glatigny travaille sur ce dossier complexe.»

«La vie associative est la plus touchée»

Un an encore sans cavalcade à Herve? «C’est très dur pour toutes ces organisations. C’est la seconde fois que l’on a dû postposer. On parle beaucoup des grands festivals au niveau du Codeco, mais c’est la vie associative qui est la plus touchée. Les fêtes de village, les mouvements de jeunesse, les fancy-fairs, toutes ces manifestations sont frappées pour la seconde année par le Covid. On a évidemment mis en place des compensations pour les soutenir… mais cela ne se résume pas à de l’argent. Les gens dans les villages, dans les quartiers, ne peuvent plus se voir comme avant pour l’instant.»

Les jeunes aussi évidemment…

«J’ai des enfants de 21 et 24 ans. On est fortement sensible aux mouvements de jeunesse. Cette année, il était important de pouvoir organiser des camps de 100 personnes à partir du 25 juin. En plus, l’année passée, ils avaient été très rigoureux et exemplaires. Les jeunes sont responsables et consciencieux. Je n’ai jamais aimé qu’on les stigmatise. Plus de 100.000 jeunes ont été à des camps l’année passée. Il y a eu 2500 camps organisés. Nous avons comptabilisé seulement 19 cas positifs qui ont été gérés convenablement.»

« A la réouverture des écoles, j’ai été traité d’assassin »

La vaccination avance bien ?

« Il faut encore convaincre les indécis. Je le répète : vaccinez-vous. »

Peut-on éradiquer la pandémie ?

« Il faut être conscient qu’il faudra vivre avec .On doit organiser la société. On ne pourra plus se permettre de fermer des pans entiers de la société lors d’une prochaine vague. On doit rappeler les gestes barrières aux citoyens. Depuis qu’ils sont vaccinés, certains pensent qu’il n’y a plus de risque. Il faut encore faire un effort. »

Cela devient difficile pourtant...

« Le contact physique est essentiel, chaleureux...mais il faut maintenir les gestes barrières pour retrouver le plus vite possible une vie normale. »

Les autorités ont-elles été trop paternalistes dans la gestion de cette crise ?

« On peut toujours réécrire l’histoire. Certains ont eu l’impression que l’on infantilisait les citoyens. Je le comprends, mais le niveau d’adhésion de la population est très différent d’un endroit à l’autre. Encore aujourd’hui, certains adhèrent à la lettre aux mesures et d’autres pas. Quoiqu’on en dise, la plupart des mesures ont été prises dans l’intérêt général. »

Content d’avoir pu garder les écoles ouvertes ?

« C’était indispensable. Pourtant, je me suis fait traité d’assassin quand on a réouvert les écoles. Certains me disaient "vous prenez mes enfants pour des cobayes". On a pris nos responsabilités avec Caroline Désir, la ministre de l’enseignement. Avec les enseignants et les directions d’école, nous avons dû prendre les mesures indispensables. »

C’était essentiel pour les ados ?

« Évidemment, les 14-16 ans étaient les plus désorientés par rapport à leur apprentissage. C’était difficile aussi pour les jeunes de 18-20 ans mais ils pouvaient déjà se prendre un peu en charge. Je suis vraiment heureux que depuis le 10 mai, nous soyons en présentiel. Le défi est de réussir la rentrée de septembre avec encore moins de contraintes... »

La fin du masque à l’école ?

« Dès que nous le pourrons, le masque sera abandonné. »

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