Thomas Meunier : « Entre moi et le foot, il y aura toujours de l’amour »

Thomas Meunier, ici, sur le terrain de foot qui l’a vu grandir.
Thomas Meunier, ici, sur le terrain de foot qui l’a vu grandir. - RTBF

Que reste-t-il chez vous, joueur du Borussia Dortmund, de ce petit garçon du club de Virton ?

Tout ! J’ai rien perdu, sauf que le foot, viscéral en moi, est devenu un boulot et plus un simple plaisir. Tous les sacrifices passés que mes parents et mes grands-parents ont faits paient maintenant, et les sacrifices continuent encore.

Votre parcours est atypique : vous avez été ouvrier, avez choisi Bruges pour commencer. A quoi vous devez votre succès ? A vos solides racines ardennaises ou à votre authenticité qui ne vous a jamais quittée ?

C’est difficile à dire. J’ai toujours fait ce qu’il fallait faire. Mais c’est très aléatoire la réussite dans le foot. Ce n’est pas parce qu’on travaille énormément qu’on réussit. Je connais des joueurs super talentueux qui n’ont pas vraiment eu leur chance. Si des vidéos de moi gamin n’avaient pas circulé sur YouTube, on ne m’aurait pas repéré, on ne serait pas venu me chercher pour un contrat professionnel. Mais je pense que le principal critère, c’est la passion qui m’a guidé et qui a fait et qui fait que je me donne à 1000 %. Il n’y a jamais eu que de l’amour entre moi et le foot et cela le restera jusque la fin de ma vie.

On vous définit comme l’intello du foot. Comment vous la prenez, cette étiquette ?

Ce n’est pas parce que je vais dans des musées, dans des endroits culturels avec mes enfants que c’est extraordinaire ! Mes coéquipiers ont aussi d’autres centres d’intérêt que taper dans une balle sauf qu’ils n’en parlent pas forcément. C’est juste que moi je me livre plus que je parais atypique.

Votre passion pour l’art, ça donne quoi ?

Cela vient de ma grand-mère qui était enseignante, elle jouait du piano, elle était la personne cultivée de la famille, à la base ouvrière. Mes grands-parents ont joué un grand rôle dans mon éducation, on était tout le temps chez eux. Elle m’a ouvert à cette sensibilité culturelle. Le courant artistique qui m’a le plus plu à l’école c’était le cubisme, Picasso. Maintenant, je suis plus sensible à des artistes plus contemporains au street art, comme Invader, Banksy. A l’école, j’avais fait des exposés sur Dali, Bacon et en arrivant à Paris, j’ai fait des connaissances dans le milieu de l’art et je me suis procuré des éditions limitées.

Vous dites dans ce documentaire : « Le foot à ce niveau-là, ce n’est plus du foot. » Parce que ça brasse beaucoup trop d’argent ?

Les choses qui fonctionnent brassent de l’argent, c’est normal. Le problème c’est que maintenant, le foot n’est pas la seule ligne directrice. Des clubs engagent des joueurs en fonction de leur médiatisation, de ce qu’ils peuvent vendre, du marketing. Economiquement, la première motivation d’un grand club va être qu’un joueur ne doit pas seulement être bon sur le terrain, mais aussi beau à l’extérieur, c’est le cas du PSG, du Real Madrid. Il faut être bankable à tous points de vue. Moi j’étais pas assez bling bling pour le PSG. Je rentrais pas dans le moule parisien.

Vous n’entrez pas dans les codes : vous parlez sans filtre, adoptez le second degré ! Des regrets d’avoir tweeté ? Il y a un contrat tacite de discours cadenassé pour les joueurs ?

Quand on signe un contrat dans un club, on a différentes clauses qui stipulent qu’on ne peut aller à l’encontre de ces coéquipiers, de tout ce qui touche à son club, les sponsors et autres. Vu le monde aseptisé du foot, la moindre parole peut être reprochée. Quand je dis quelque chose, ce n’est jamais par manque de respect ! Je reste toujours dans les normes, je n’ai jamais dit du mal de quelqu’un et n’ai jamais été à l’inverse de l’ambition d’un club.

Mais vous et votre épouse et vos enfants avez reçu des insultes sur les réseaux sociaux ! La médiatisation est-elle un prix trop lourd à payer ?

Les réseaux sociaux sont un fléau ! Ils étaient pour moi au début un moyen de communiquer avec les supporters. Quand j’étais à Bruges et à Paris, je prenais le temps de partager des opinions, je répondais à leurs questions, je donnais mon avis, mais le problème, c’est que quand tu marques un but, t’es le roi, tout le monde t’adule et la semaine d’après, tu fais un match de merde et là c’est « casse-toi de mon club », ça prend des proportions extrêmes, on porte les gens à choisir un camp. La méchanceté est tendance !

Vous êtes papa de garçons. Vous les encourageriez à faire cette carrière ?

Je ne les pousse à rien, ils feront ce qu’ils voudront, mais si l’un avait un certain talent sportif quel qu’il soit, je pourrais l’aider à gérer les à-côtés du sport pour qu’il progresse de façon sereine sans pression. La pression elle est constante.

Et cet Euro, alors  ?

L’ambition est toujours de gagner, ce sera à qui sera le moins mauvais. Comme à la Coupe du monde, on fera le max, on jouera sans regrets. On donnera tout à 100 %. Si les autres sont meilleurs que nous, y aura rien à faire…

« Thomas Meunier, tôt ou tard », mercredi 9 juin, 20 h 25, la Une

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