«The Father»: les dessous du film bouleversant qui a valu à Anthony Hopkins un nouvel Oscar amplement mérité

«The Father»: les dessous du film bouleversant qui a valu à Anthony Hopkins un nouvel Oscar amplement mérité
Isopix

C’est une des maladies les plus terribles, dont le diagnostic sonne comme un arrêt de mort social et intellectuel avant même la disparition physique. Il y a peu, Elie Semoun l’a montré avec le documentaire bouleversant « Mon vieux », sur la démence sénile de son père et son impact sur la vie de la famille. Le cinéma aussi, ces dernières années, a commencé à s’intéresser à ce mal du siècle. Il y a eu notamment « Still Alice », avec Julianne Moore, déjà honorée d’un Oscar en 2015 pour sa prestation. Mais jamais jusqu’à présent un réalisateur n’avait bâti son histoire en se plaçant du point de vue quasi unique du patient, comme le fait le Français Florian Zeller dans « The father ». Comment filmer la mémoire chancelante, la désorientation spatiale, la confusion mentale ? Une gageure. Mais en adaptant sa propre pièce, Florian Zeller, romancier et metteur en scène célébré en France, réussit à nous faire toucher du doigt l’enfer vécu par un malade d’Alzheimer.

Anthony est un retraité qui vit dans un bel appartement de Londres. Autour de lui gravitent sa fille aînée, son gendre. Une nouvelle assistante médicale se présente, dont il estime ne pas avoir besoin. Mais sa fille lui annonce son intention de partir vivre à Paris avec son nouveau compagnon, et qu’il ne pourra plus vivre chez elle. Elle est donc divorcée ? Il ne vit donc plus chez lui ? Pourtant, le lendemain, son gendre est bien là, chez lui. Ou plutôt ce nouveau compagnon, en fait un infirmier dans la clinique spécialisée où sa vie s’achève. Qu’est-ce qui est encore réel ? En un huis clos à la narration déstructurée, avec juste quelques acteurs aux rôles changeants, dont la géniale Olivia Colman (« The Crown »), en modifiant si subtilement le décor qu’on perd nous-mêmes sans s’en rendre compte nos repères, Zeller parvient à nous ébranler avec un minimum de faits.

Si la mise en scène est ingénieuse, c’est l’abandon d’Anthony Hopkins à ce personnage né le même jour que lui qui rend le film foudroyant. De sûr de lui, l’acteur oscarisé du « Silence des agneaux » passe à la colère devant les manigances de ses proches interchangeables, puis au désarroi… La scène finale à elle seule justifie le nouvel Oscar reçu par le comédien, 83 ans, vieillard en pleurs qui « ne sait plus où poser sa tête ».

« Mon obsession était de faire ce film avec Anthony Hopkins. Et j’avais conscience que c’était une idée légèrement irréaliste », raconte Zeller. « Quand j’en parlais autour de moi, mes amis me souriaient gentiment. » Il a quand même tenté le coup d’envoyer le scénario à l’agent de l’acteur. Il n’en a pas fallu plus pour mener à son sommet la belle histoire de cette pièce. Succès parisien puis londonien, récompensée d’un Molière, librement adaptée une première fois au cinéma en France avec « Floride », le dernier rôle de Jean Rochefort, et puis enfin sa propre adaptation, avec la confiance totale d’une légende hollywoodienne. Florian Zeller, on n’est pas près d’oublier son nom !

Anthony Hopkins et Florian Zeller sur le tournage de «The father».
Anthony Hopkins et Florian Zeller sur le tournage de «The father». - Isopix

La maladie qu’on aimerait oublier

En prélude à la sortie de « The Father », la RTBF rediffuse ce 16 juin à 00 h 10 l’émission « Matière grise » avec le reportage « Alzheimer : la maladie qu’on aimerait oublier », réalisé en 2015. On y voit trois hommes ayant développé un Alzheimer précoce (avant leurs 60 ans) participant à des « Cafés Alzheimer » (infos : alzheimer.be) organisés en Wallonie et à Bruxelles pour les aider à sortir de leur isolement. On y apprend que ce mal insidieux touche 85 000 personnes chez nous. Que se passe-t-il dans le cerveau pour que quelqu’un puisse partir promener son chien et revenir sans lui car il l’a oublié ? Des chercheurs du monde entier travaillent pour le comprendre. On suit notamment l’un de ces experts, le professeur Brion, à l’ULB, qui a été le premier à percer le rôle d’une protéine-clé. Jusqu’à présent cependant, aucun traitement ne permet d’empêcher le déclin irréversible des facultés mentales des personnes atteintes.

« The father », en salle le 16 juin.

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