«Kevin Can F**k Himself» ou la vraie vie moins drôle d’une épouse de sitcom…

Une fois sortie de sa sitcom, Allison (Annie Murphy) envoie des doigts d’honneur à son cher Kevin !
Une fois sortie de sa sitcom, Allison (Annie Murphy) envoie des doigts d’honneur à son cher Kevin ! - AMC

C’est une série pour le moins novatrice qu’a lancée la chaîne américaine AMC ce dimanche 20 juin. Son titre, « Kevin can f**k himself », dont la traduction édulcorée est « Kevin peut aller se faire voir », rappelle évidemment celui d’une sitcom qui n’a pas fait long feu en 2016 aux USA : « Kevin Can Wait » (« Kevin peut attendre »). Beaucoup ont cru qu’il s’agissait d’une parodie de cette dernière, mais ce n’est pas le cas. C’est beaucoup plus subtil et audacieux, en fait…

Nous allons essayer de vous faire comprendre le principe de « Kevin Can F**k Himself », dont le personnage central est Allison, qui est l’épouse empotée et malmenée par son mari Kevin dans une sitcom. Donc une série d’humour. En ouverture, on la voit dans son décor carton-pâte avec ce Kevin infantile incarné par Eric Petersen, lequel s’engage sans arrêt dans des combines avec son voisin et ami Neil (Alex Bonifer), qui est aussi irresponsable que lui, et la sœur de celui-ci, Patty (Mary Hollis Inboden). Sous les spotlights, tout ce petit monde amuse un public qu’on entend se marrer – comme dans n’importe quelle sitcom classique –, le plus souvent aux dépens d’une Allison qui tente de faire bonne figure et de dérider l’auditoire, elle aussi. Mais tout bascule soudain lorsqu’on la retrouve en dehors du plateau, justement ! Sans public ni maquillage ! Et là, on comprend vite qu’elle a une vie de m**** qui n’a rien d’une comédie.

Complètement déprimée et souvent en colère, elle n’hésite pas, n’importe où, à envoyer des gros doigts d’honneur à son cher Kevin, qui la déçoit et la met hors d’elle un peu plus chaque jour. Elle voulait qu’ils achètent une maison ensemble… Elle apprend qu’il n’a pas le moindre sou ! Et tandis qu’elle continue à apparaître à ses côtés dans le monde super artificiel du showbiz, en coulisses, elle morfle à fond ! Dès le second épisode, elle a carrément des pulsions meurtrières. Bande-annonce !

Alors… intéressant, le concept, non ? On s’est un peu demandé ce qui se passait la première fois qu’on s’est retrouvé avec Allison dans sa vraie vie, en train de péter une durite et casser un verre, symbole de ses rêves brisés… Et une fois notre franc tombé, on a applaudi ! Valérie Armstrong, la créatrice de la série, a eu l’idée de ce double monde, si l’on veut, après avoir écouté un Podcast où deux actrices expliquaient que les femmes dans les sitcoms finissaient toujours par être les faire-valoir ou les souffre-douleur des hommes. « Le but ici est de transformer en vraie personne cette épouse apparemment parfaite et à l’épreuve des balles  », a-t-elle dit. «  Mais ce n’est pas une mise en abime, une série dans une série. Allison n’est pas une actrice. C’est juste la manière dont ce monde est présenté. C’est comme une loupe. Une métaphore du bénéfice du doute qu’on a donné à des types comme Kevin depuis la nuit des temps. Des hommes qui traversent l’existence comme si c’était une sitcom, avec un public qui les applaudit tout le temps.  » Résolument intéressant !

Pour porter et faire vivre au mieux toutes les humeurs d’Allison, il fallait évidemment une comédienne solide, et on avoue qu’Annie Murphy s’en sort plutôt pas mal. On l’avait évidemment adorée dans le rôle de la frappadingue Alexis Rose de « Bienvenue à Schitt’s Creek », qui n’est toujours pas arrivé en Belgique. Et autant on trouve que les producteurs et Valerie Armstrong visiblement ont joué la carte de la facilité en l’engageant (elle est le buzz de ces derniers mois), autant elle réussit à nous faire oublier Alexis, sa manière « too much » de parler et ses doigts qu’elle pointe et retourne dans tous les sens. Mais on sent que parfois, elle est à ça d’y retourner. En un mot comme en cent, elle est une raison évidente de tenter ce « Kevin Can… » qui a été très bien accueilli par la critique outre-Atlantique. Toutes les nouvelles livraisons n’ont pas droit au même sort. On va suivre son évolution de près, en espérant que tout ça ne s’essouffle pas trop vite…

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