«Tout s’est bien passé»: comme toujours pour François Ozon

«Tout s’est bien passé»: comme toujours pour François Ozon

Son nouveau film « Tout s’est bien passé » est l’adaptation du roman éponyme et autobiographique d’Emmanuelle BERNHEIM, publié en 2012, avant que l’auteur ne décède d’un cancer en 2017.

Après une vie riche et bien remplie, André BERNHEIM (85 ans) est cloué dans un lit d’hôpital par un brutal accident vasculaire cérébral. Affaibli, diminué, dépendant mais bien assisté par ses deux filles, il décide de demander à l’aînée, Emmanuelle, de l’aider à mourir rapidement et dignement…

Au film à thématique sociale et politique, OZON a préféré valoriser les relations intimes entre les personnages principaux, et ses deux filles mais il aborde aussi, en quelques brèves digressions, les rapports ambigus avec sa femme malade elle aussi et avec un vieil amant homosexuel. C’est réaliste, sensible et émouvant mais aussi positif, tendre, drôle quelquefois, sans la moindre complaisance larmoyante ou mélo dramatique. Où il est beaucoup question d’amour aussi, notamment dans la proximité privilégiée entre Emmanuelle et son père, qu’elle accepte d’aider parce qu’elle « ne peut rien lui refuser »

Le duo Sophie MARCEAU, sans fard ni artifice, André DUSSOLLIER presque méconnaissable, fonctionne parfaitement bien.

Sophie MARCEAU : « C’est aussi du bonheur de souffrir un peu »

« C’est un rôle magnifique, plein de vérité, d’intimité, d’existence réelle, dit-elle avec un enthousiasme spontané. Le personnage d’Emmanuelle aime la vie, les gens qui l’entourent, son père bien sûr dont elle accepte d’organiser la mort, comme si elle lui faisait un dernier cadeau. Elle va donc entériner sa décision et l’accompagner comme il le souhaite. Il y a de la souffrance, bien sûr, mais elle est contenue, relativisée, parfois extériorisée et se complète d’une sorte de beauté que contient ce geste d’amour. Et c’est alors du bonheur de souffrir un peu, avec sincérité. »

Comment avez-vous conçu la composition de ce rôle ?

« Puisque je n’ai pas rencontré personnellement Emmanuelle (qui était déjà décédée), je m’en suis essentiellement remise, comme normalement au cinéma, au point de vue du metteur en scène et François OZON qui l’a intimement connue et fréquentée (NDLR : elle a co-écrit plusieurs de ses films dont « Swimming pool » et « Sous le sable ») était attentif à une certaine ressemblance physique, à ses habitudes vestimentaires, à son comportement au quotidien. J’ai donc essayé d’être une interprète aussi fidèle que possible.

André DUSSOLLIER : « Aimer la vie et mourir dans la dignité »

« Pour moi, le rôle d’André, était une sorte de « grand écart » dans mon métier de comédien, un « challenge » que j’ai immédiatement voulu relancer quand François OZON m’a proposé le rôle. Pour bien appréhender le personnage, je me suis d’abord appuyé sur la vraie vidéo enregistrée par Emmanuelle BERNHEIM dans laquelle son père affirme qu’il a décidé de mourir.

Ensuite, il y a les références prioritaires, le scénario, les indications précises du réalisateur, notre propre existence au cours de laquelle on a cotoyé des personnes frappées d’un AVC et puis cette passion, pour un comédien, de créer, d’inventer, d’enrichir un personnage, tout en jouant sur la réalité. J’ai voulu insister sur le paradoxe apparent de cet homme qui souhaitait mourir sans plus attendre parce qu’il aimait – et avait aimé – beaucoup la vie.

Il y a aussi quelques traits d’humour dans ce film pourtant très dramatique.

« Oui, je dirais plutôt qu’il y a quelques moments drôles comme des respirations nécessaires pour ne pas sombrer dans le pathos et le mélodrame. J’ai aussi pu glisser dans cette brèche ouverte à la comédie car le film est fait du côté de la vie et, jusqu’au bout, André garde son sens du plaisir et de la légèreté. »

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