Benedetta: sainte et lesbienne

Benedetta: sainte et lesbienne

18 ans plus tard, elle plaide la cause d'une jeune bergère, battue et violée par son père et ses frères, qui demande à être accueillie au couvent.

Avec cette Bartoloméa, elle découvre les plaisirs de la chair et la passion des amours saphiques tandis qu'elle semble parfois habitée par (le fantôme de) Jésus et que, sur son corps, apparaissent les stigmates du Christ. Benedetta accomplit de mystérieux miracles qui la conduisent à la position de nouvelle abbesse du couvent. Mais le doute subsiste et les prélats de l'Eglise engagent un procès pour condamner les deux jeunes femmes au bûcher, alors que dans le même temps la peste ravage la Toscane.

Paul VERHOEVEN développe une fois encore, une mise en scène assez éblouissante, tant dans les scènes extérieurs et collectives que quand il filme les scènes d'amour passionné et sexuel entre Benedetta et Bartoloméa.

A partir de là, il joue sur le tragique, le grotesque, l'humour, le passionnel, le politique, la provocation et « Benedetta » devient alors un film somme qui parle de foi, d'amour, de vie, de mort, de trahison, d'interdit, ... tant de déclinaisons thématiques et esthétiques au cœur d'un petit bout de l'Histoire du monde. Et, on reste finalement prisonnier du mystère qu'il semble cultiver ostensiblement. Mais de quel film s'agit-il donc, sinon celui, en tout cas, d'un trouble visionnaire du cinéma contemporain.

Paul VERHOEVEN : « On ne peut avoir peur de la « vérité historique » »

Pourquoi avoir traité ainsi ce sujet dit « historique » ?

« Je n'ai fondamentalement rien inventé. Cette histoire a réellement existé et les faits sont avérés. Le livre (qui n'est pas un roman mais un travail d'historien) est d'ailleurs très académique et fournit beaucoup de détails réalistes, y compris sur les relations sexuelles, les scènes de torture et le comportement des prélats de l'Eglise et le déroulement du procès lui-même. A travers ce « fait historique », j'ai aussi voulu traiter de l'amour entre deux femmes, qui, à cette époque, ne pouvait exister et en tout cas ne pouvait être toléré ».

On vous accuse déjà de blasphème ?

« Je ne comprends pas cela. Moi, je n'ai rien à voir avec la religion et tous ces gens qui ont fait ces choses-là et dont je ne suis pas responsable. Cela s'est produit tel que je le raconte et on ne peut pas changer l'Histoire, après coup ».

Aujourd'hui, les scènes de nu semblent presque proscrites au cinéma.

« La sexualité a toujours été et reste un sujet intéressant au niveau artistique et majeur dans la vie des gens. Depuis quelques temps, il y a de la crainte, du refus voire de l'hystérie par rapport au nu et au sexe. Le monde semble de plus en plus conservateur dans ce domaine mais ce n'est pas une bonne chose. Dans les années 70, il y a eu une révolution sexuelle qui a libéré les mœurs, les corps, les sentiments et c'était un grand progrès pour la société. Aujourd'hui, nous retournons en arrière et je ne peux pas être d'accord avec cela.

Virginie EFIRA : « C'était vraiment joyeux d'être nue »

C'est un rôle difficile, tant au niveau du personnage de Benedetta que des scènes de nu et de sexe qu'il impliquait.

« J'ai été immédiatement captée par le mystère de ce personnage, sœur, sainte, lesbienne et Paul VERHOEVEN m'a laissé toute liberté pour sa composition dramatique. Il m'a dit « tu sais ce que tu peux faire : fais-le comme tu le sens ». Je pouvais ainsi penser et être ce que je voulais et lui filmait ce qu'il lui importait. Il ne m'a jamais demandé de « trancher » sur le personnage qui croit réellement en sa possession, en son pouvoir de croyance en cette conviction totale qui la guidait en permanence. Et ne n'ai pas fait non plus l'impasse sur l'intelligence, l'ironie mordante, l'émotion que Benedetta portait, intrinsèquement en elle.

Quant aux scènes de sexe, Paul sait parfaitement les filmer avec à la fois de la légèreté, du réalisme et de la sensibilité. Il traite cet aspect de manière extraordinaire et c'était très joyeux pour moi de me déshabiller et d'être nue dans un tel contexte. Il ne s'agit pas ici d'un « coït illustratif » mais de scènes qui racontent tellement de choses sur la réalité de la vie et sur les relations entre les êtres, avec beaucoup d'élégance, à travers le voile d'une fausse légèreté ».