Michel Lecomte, jeune retraité de la RTBF: «Un peu déçu des Diables, je reste encore sur ma faim. On s’est aussi rendu compte de nos limites»

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Le journalisme, sa passion.
Le journalisme, sa passion. - Belga

Six mois plus tard, pas de manque ?

Non et puis je fais d’autres choses. J’ai apprécié chaque étape. J’aimais m’investir dans l’émission « La Tribune ». De la conception de l’émission le matin aux interactions avec les invités et les journalistes pendant l’émission. La chance de ce métier réside dans le fait que, lorsqu’on fait une émission ou que l’on écrit un papier, le prochain n’est jamais le même.

Toujours dans l’instant ?

Je suis un homme de l’instant. J’ai toujours privilégié l’instant présent. C’est un peu la phrase de l’écrivain Albert Camus (« qui a d’ailleurs été gardien de but à Alger », rappelle-t-il) : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ». Je pense que c’est vrai.

Une philosophie de vie ?

Je me retrouve aussi dans André Comte-Sponville qui dit « désirer ce que l’on a. » Il vient d’écrire un livre intitulé « Que le meilleur gagne » où il parle de ses enfants et du foot et aussi des vertus et des limites du sport.

Ce sport a changé ? Les sportifs communiquent différemment ?

Avant, nous étions en relation directe avec les sportifs. Aujourd’hui, faire une longue interview d’un sportif de haut niveau est beaucoup plus contingenté. Tout est formaté.

Tu le regrettes ?

J’aimais cette période où nous pouvions entrer dans le vestiaire et discuter directement avec le joueur.

Pourtant, Wout Van Aert et Mathieu van der Poel osent aller au contact du public ?

La popularité du cyclisme est particulière. Certains champions gardent ce contact. Ils ont compris l’importance de rester vrai. Certains champions dans d’autres sports devraient s’en inspirer.

«Un lien particulier avec Eddy et Justine»

Au fil de sa carrière, il a pu interviewer les plus grands sportifs belges. Peut-on garder des amitiés en étant journaliste ? « C’est une des difficultés dans ce métier. Tu apprécies des personnes… mais tu dois toujours pouvoir dire ce que tu penses. Une amitié est donc compliquée. »

La question ne se pose pas avec Justine Henin et Eddy Merckx.

Ils ont tous les deux arrêté leur carrière. Avec Eddy, j’ai des vrais moments de complicité. Avec Justine aussi. Les deux sont très proches. Justine est toujours restée à l’écoute des conseils de Claudine (l’épouse de Merckx) et d’Eddy.

Tu t’es aussi investi pour Plan Belgique

Avec la joueuse de football en équipe nationale Julie Biesmans contre les inégalités de genre. Dans une capsule vidéo-audio, je commente le jeu d’une footballeuse. À la place d’adversaires, ce sont les obstacles auxquels une jeune fille est confrontée que la joueuse tente de dribbler, tels que les violences contre les femmes, une grossesse précoce ou encore le mariage forcé. Au Bénin, Sénégal, en Bolivie et bientôt également au Togo et en Guinée, Plan International fait du ballon rond un vecteur d’égalité.

Justement, le sport féminin a enfin sa juste place en TV ?

Il y a encore du chemin. On l’a enclenché à la fin de mon parcours avec les Red Flames, les Cats, le hockey féminin. II va y avoir une série sur le sport féminin qui va arriver dans le cadre du plan Restart à la RTBF. Aux JO, le slogan était 50/50 sport féminin/sport masculin. Les Anglais avaient déjà lancé cela sur leur site internet à la BBC. On avait eu un exposé sur la question à Genève avec l’équipe qui s’en occupait à la BBC. Évidemment nous avons eu notre période dorée avec Justine Henin et Kim Clijsters.

La crise va avoir un impact sur le sport chez les jeunes ?

Je pense qu’il y aura moins de jeunes qui feront du foot. Des clubs auront des difficultés et pas que dans le foot. Ce sera un des grands enjeux de l’après-Covid : les jeunes aspirent à faire d’autres choses, les parents sont aussi moins disponibles pour les conduire… Il faut accepter cela. Pourtant, les valeurs du sport sont importantes. Un club de sport, c’est avant tout une atmosphère de convivialité, de rencontre. Beaucoup de gens ont besoin d’un retour à cette vie-là. Évidemment, ce qui est compliqué, aujourd’hui, pour de nombreux clubs, c’est d’avoir assez de bénévoles.

L’Arquet, une passion à tous les étages

En Province de Namur, le Royal Arquet Football Club possède depuis des années un supporter très connu. Michel Lecomte suit le club en déplacement aussi. On peut le retrouver après un match de l’équipe première ou de jeunes, à Mariembourg, à Dinant ou ailleurs… Il apprécie ce contact avec les supporters et les autres dirigeants.

Le club de l’Arquet va bien en cette période compliquée ?

Nous nous sommes adaptés aux règles Covid. Nous avons maintenu la flamme. Nous aurons des nouveaux vestiaires en bas. Les finances sont saines et nous avons d’anciens joueurs qui arrivent dans le comité.

Le club est réputé pour sa formation et son éducation des jeunes

Nous avons des entraîneurs compétents à chaque niveau et nous misons beaucoup sur l’encadrement. Notre réflexion ne s’arrête d’ailleurs pas qu’au sport. Samedi, nous avons fait une journée « propreté » sur le site. Nous voulons mettre en place une campagne « zéro-mégot » pour améliorer encore la propreté. On a symboliquement mis un panneau à l’entrée : « À partir d’ici on ne fume plus ». Nous allons y ajouter des photos de nos jeunes pour faire passer le message. On cherche la bonne formule. Les mégots sont souvent jetés par les parents près des terrains. Avant, je fumais du cigare le long du terrain, maintenant, je mange de la réglisse.

Une réflexion aussi sur l’alcool chez les jeunes dans le sport ?

C’est un vrai débat. Il y a aussi la pub sur les paris. C’est l’éternel paradoxe. Il faut une limite tout en sachant que la buvette est la... rentrée financière principale d’un club de foot. On doit être vigilant à l’alcool dans les vestiaires pour les jeunes.

Votre espoir à terme est d’avoir encore plus de jeunes en équipe première ?

Nous avons un super directeur technique. Évidemment, nous avons des équipes de niveaux supérieurs qui viennent chercher nos jeunes et nous devons l’accepter. Toutefois, nous pouvons faire monter plus de jeunes de notre académie en équipe première. Il faut une intégration systématique. Aujourd’hui, la moitié du noyau est composée de gars de chez nous. Ce qui est très bien. Mais nous pouvons faire mieux.

Les Diables ne pouvaient pas perdre volontairement

Prêt pour les JO ?

Aux JO, nous avons une très belle délégation à la fois en sport collectif et individuel qui pourrait nous permettre de faire une moisson de médailles. Malheureusement, ce sera dans des circonstances particulières avec la pandémie à Tokyo.

Déçu par les Diables ?

Un peu déçu. Je reste encore sur ma faim. Il y a évidemment des circonstances atténuantes avec tous les blessés : Castagne, De Bruyne… En même temps, cela se joue à peu de chose : une tête sur l’entrée de Chaldi, la fesse de l’italien sur l’occasion de Lukaku… Globalement, contre l’Italie, c’est la défense qui perd le match. Nous avons eu aussi beaucoup de chance contre le Portugal même si cette deuxième mi-temps a sans doute été le meilleur moment de notre Euro. Dans ce tournoi, on s’est aussi rendu compte de nos limites. Quand on voit le match « Italie-Espagne » et que l’on voit les bancs…

La prochaine étape ?

La Nation League et le match contre la France !

Avec le recul, pourquoi ne pas perdre un match pour avoir accès à l’autre partie de tableau ?

Faire ce calcul-là, ils ne l’ont jamais fait ! Qu’est-ce que cela laisse comme trace de perdre volontairement ? On ne sait pas l’évaluer. Je serai plutôt d’avis de jouer à fond aussi.

Le vélo et le golf, ses deux sports

Étonné par le succès du livre « Mes arrêts sur image » aux éditions Kennes ?

La longueur de ma carrière a marqué les gens plus que je ne l’imaginais sur des événements que j’ai même parfois moi-même oubliés. Il était important que je ne sois pas seul dans cette aventure. Je suis heureux de l’avoir fait avec Stéphane Hoebeke. Au travers d’un exploit sportif, il y a un homme, une femme qui a des valeurs. Les chemins parcourus. Sans oublier les dérives. Depuis que le sport est sport, la triche existe… Notre métier, c’est de partager les émotions mais aussi d’aller chercher les histoires au-delà des émotions.

Un tome 2 ?

L’écriture est un exercice compliqué pour un journaliste qui a fait sa carrière en TV » dit-il en souriant. « Par contre, c’est vrai qu’il y a toujours des histoires à raconter.

Encore du sport ?

Je fais du vélo électrique sur le Ravel. J’en fais le matin. Je vais vers Jodoigne, Andenne, Dinant… ou vers Charleroi par Floreffe. Je fais aussi du golf. Ce sport correspond vraiment à ce qu’on m’avait dit.

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