Le ministre David Clarinval est favorable à la prolongation du droit passerelle: «On veut renforcer le statut social des indépendants»

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«Vaccinez-vous par solidarité.»
«Vaccinez-vous par solidarité.» - D.R.

Combien a coûté à ce jour le droit passerelle ?

« Nous avons dépensé 4,7 milliards d’euros pour les passerelles (double ou simple). C’est colossal. Il reste encore actuellement quelques milliers d’indépendants qui sont fermés (certaines agences de voyages…) »

Le droit passerelle pourrait à terme devenir une sorte de chômage des indépendants ?

« C’est un vrai débat. La réflexion actuelle est en tout cas de renforcer le statut social des indépendants parce que l’on veut plus d’esprit d’entreprise en Belgique. Je pense qu’il faut un système très ciblé et très bien encadré. »

Des métiers vont changer comme les sandwicheries qui seront victimes du télétravail. Faut-il les aider ou pas ?

« Aujourd’hui, il existe une passerelle qui dit que si l’on a perdu 40 % de son chiffre d’affaires par rapport au mois équivalent de 2019. Je souhaiterais prolonger cette mesure jusqu’à la fin de l’année. »

Vous avez aussi soutenu les indépendants psychologiquement ?

« Quand on a annoncé cette mesure avec Frank Vandenbroucke, beaucoup de personnes ont souri me disant que les indépendants avaient avant tout besoin d’argent. Depuis, les aides psys sont en place via l’ASBL un pas dans l’impasse. 578 indépendants ont été pris en charge par un psychologue (Flandre : 390, Bruxelles : 43, Wallonie : 145). »

Comment va-t-on sortir de cette crise ?

« Par la vaccination et évidemment ne pas oublier les gestes barrières. »

Votre message est sans appel…

« C’est un peu égoïste parfois de ne pas se faire vacciner. Vaccinez-vous par solidarité ! »

Vous avez pris d’autres mesures pendant cette crise ?

« La dispense de cotisations sociales, la diminution de la TVA dans l’Horeca… sans oublier la passerelle complémentaire de 500 euros pour toutes les personnes qui ont subi 6 mois de double ou de simple passerelle. Elle sera versée en octobre. »

Vous avez pu compter sur les caisses d’assurances pendant cette période ?

« Elles et l’Inasti sont passées de la gestion de 400 droits passerelles à 200.000. Ces personnes ont travaillé dans des conditions difficiles… »

Le Fédéral va un jour arrêter de gérer la crise Covid ?

« L’ambition du Premier ministre est que l’on passe à une phase régionale à un moment donné. Nous n’avons pas encore de date à ce niveau mais il est important que l’on retrouve une vie normale. »

La fin de la mesure zéro cotisation: «C’est onbespreekbaar!»

Quels sont vos grands enjeux pour l’après Covid ? Qu’est-ce qui vous inquiète ?

« Il y a eu un faux procès sur la mesure zéro cotisation pour le premier emploi mise en place par Willy Borsus sous le gouvernement précédent fédéral. Pour moi, c’est onbespreekbaar. Cette mesure est vraiment utile pour les indépendants qui créent leur premier emploi. Elle fonctionne très bien. Elle a permis à 50.000 employeurs rien que pour le 3eme trimestre 2020 d’y avoir recours. Nous savons qu’une fois qu’ils ont engagé une première personne, ils ont moins peur d’engager une seconde personne. »

Certains disent pourtant que cette mesure coûte cher ?

« Je peux vous montrer que les évaluations qui sont sorties ont surestimé le coût. Elles n’ont pas tenu compte des économies qui pouvaient être faites. »

Y a-t-il eu des abus ?

« Cette évaluation a montré des pratiques qui ne sont pas acceptables dans certaines grandes ou moyennes entreprises. Je suis d’accord que l’on supprime ce type d’abus (création d’une société pour une personne…), mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Cette mesure permet la création d’emplois et nous en avons plus que jamais besoin. »

Autre sujet, les tensions arrivent sur le dossier des pensions ?

« La ministre Karine Lalieux va venir avec un plan et moi aussi. Nous allons travailler ensemble sur ce plan. Il devra être concerté. Je serai vigilant à propos des pensions complémentaires. »

Vous voulez aussi aider les PME qui s’intéressent aux marchés publics ?

« Nous avons un texte qui va permettre à nos PME d’avoir un meilleur accès au marché public. La réforme de 2016 n’a pas eu les effets escomptés. Nous devons avoir un esprit « PME First » pour soutenir notre économie nationale. »

Autre dossier, la suppression de certaines pratiques abusives ?

« On voit fréquemment des petites PME qui souffrent d’un rapport de force défavorable avec la grande entreprise. Par exemple, quand cette dernière impose des contrats sur les délais de paiement allongés notamment… Par ailleurs, nous voulons aussi raccourcir les délais de paiement qui peuvent étrangler certaines entreprises… »

Femmes indépendantes: «Elles ont moins facilement accès à un crédit»

Êtes-vous heureux de voir de plus en plus de femmes qui veulent entreprendre ?

« Nous avons besoin de leur dynamisme. Je veux mettre en place une série de mesures pour favoriser cet entreprenariat féminin. Chaque année, il y a une croissance des indépendants. En 2020, on a eu une augmentation de 37.732 unités (hommes et femmes) et en 2021, une augmentation de 52.543 unités par rapport au 30 juin 2020. Il y a un accroissement plus fort des femmes indépendantes que des hommes. Nous sommes actuellement à 1/3 de femmes et 2/3 d’hommes, mais le pourcentage de femmes progresse et c’est une très bonne nouvelle. »

Pourtant, certaines banques leur compliquent la vie !

« Un des éléments les plus interpellants, c’est, en effet, qu’on constate que quand les femmes entrepreneuses demandent un financement à la banque, elles ont moins facilement accès à un crédit que si c’était un homme. Ce n’est pas normal. Le projet porté par une femme est tout aussi valable que celui porté par un homme. Je vais annoncer des mesures dans les prochaines semaines pour lutter contre ce type de discrimination. »

Plusieurs études montrent pourtant que les femmes sont de très bonnes gestionnaires ?

« Les femmes sont plus prudentes et quand leur projet est monté, il est souvent plus pérenne parce qu’elles ont été plus précautionneuses. Les nouvelles mesures s’actionneront à d’autres qui viennent d’être prises comme le congé de paternité qui a été allongé, le coefficient de correction des pensions des indépendants qui a été supprimé… Nous devons aussi avoir une réflexion sur les congés. »

Autre sujet, qui va payer les contraintes liées à la ventilation des espaces de travail ?

« Que cela soit dans les boîtes de nuit, les entreprises, je tiens à ce que cela ne soit pas une charge supplémentaire pour les indépendants et les PME. De nouvelles règles de ventilation, si elles sont imposées, doivent être accompagnées par une diminution fiscale pour les investissements ou que les Régions offrent une prime pour les acquisitions du matériel. Nous en discuterons en septembre. »

«Une triple peine pour Bruxelles»

Alors que la Wallonie et la Flandre poursuivent l’allégement des mesures, ce n’est pas le cas pour Bruxelles, cela vous inquiète pour les PME ?

« Tant sur le volet sanitaire que sur le volet économique, Bruxelles va payer le prix fort. Les contraintes dureront plus longtemps sur Bruxelles. La Région est touchée à différents niveaux avec le télétravail, la baisse du tourisme international, le fait que cela soit une grande ville… Je vois que dans les Ardennes, le tourisme se porte bien. Les villes belges qui dépendent du tourisme international sont plus impactées. Les indépendants bruxellois souffrent de cette triple peine. »

Était-ce une tactique de la part de Bruxelles de ne pas imposer le Covid Safe Ticket pour que les secteurs le demandent quand même pour poursuivre les assouplissements ?

« Dans notre pays, il est très mal vu qu’un État fédéral impose son point de vue à une entité fédérée. Ce serait perçu comme une ingérence. C’est pour cela qu’on a donné la possibilité aux Régions de faire un Covid Safe Ticket. Horeca Bruxelles a déjà dit qu’il était favorable à sa mise en place dans les restaurants… Si la Région bruxelloise le décide, ce sera sans doute une bonne décision. »

Changement de nom du MR: «Le mot libéral est important»

Cadre du MR, David Clarinval n’est évidemment pas insensible à l’hyperactivité de son président de parti. Un bien ou un mal ?

« Le président fait un travail remarquable. Il est très actif et apporte une dynamique à notre parti. »

Que pensez-vous du débat sur le changement de nom ?

« Que cela soit le mot « libéral » ou « liberté », c’est important dans le nom du parti. J’ai toujours été fier d’être libéral, mais je sentais qu’au sein du parti, certains paraissaient gênés d’être libéral… Pourtant, on a vu ces deux dernières années ce que cela représente d’être privé de liberté. »

En dehors de la politique, vous reste-t-il un peu de temps pour vous ?

« Le dimanche, je ne pousse pas pour aller sur les plateaux TV. C’est le jour que je réserve à ma famille et à mes deux enfants de 17 et 14 ans, Louise et Victor. Mon passe-temps préféré, c’est la lecture. »

Un peu de sport ?

« Un peu moins depuis que je suis ministre. J’ai fait du foot, de la natation, j’ai même été champion provincial de dos crawlé de la province du Luxembourg, j’ai fait du judo, de l’athlétisme… J’ai arrêté le foot quand mon corps m’a rappelé à moi. » dit-il en souriant. « Actuellement, je fais encore un peu de VTT avec un ami le dimanche mais pas chaque dimanche… »