Virginie Efira: comment elle a abordé les scènes de sexe de «Benedetta». «Ce n’est pas parce qu’on est nue qu’on est vulnérable»

Sainte Virginie ? Pas tout à fait... © Belga
Sainte Virginie ? Pas tout à fait... © Belga

Comment vous avez réagi la première fois que vous avez lu le scénario ? Il ne faut pas avoir froid aux yeux pour accepter un tel rôle…

Je ne vois pas les choses de cette manière. A partir du moment où on est comédienne, l’idée de prendre des risques va de pair. Et c’était surtout l’opportunité de travailler avec un des plus grands metteurs en scène vivants à mes yeux. Avec Paul Verhoeven (« Basic Instinct », « Starship Troopers », « Robocop », « Showgirls »), je savais que ça allait être super et en même temps risqué. Mais c’est ça qui est excitant. Au-delà des scènes de sexe, ce film est un mélange de plein de choses. Certaines très drôles, burlesques, puis tragiques. Et pour que ça fonctionne, il faut avoir confiance dans son metteur en scène. Paul Verhoeven est souvent décrié, certains l’adorent, d’autres le détestent. Mais les gens passent souvent à côté de l’aspect satirique de ses films. Il y a toujours un moment où il grossit le trait, où c’est excessif. Mais en même temps, ses interrogations sur la foi sont très profondes. Il a plus de 80 ans, mais il est toujours d’une jeunesse extraordinaire.

La réputation de Paul Verhoeven n’est pas usurpée avec ce film ! On arrive malgré tout à être à l’aise dans les scènes de sexe, particulièrement gratinées ?

Tout est une affaire de perception. On peut avoir une grande pudeur dans la vie et ne pas en avoir au cinéma. Ce qui serait terrifiant, c’est d’être considérée comme un objet. Etre nue dans une scène de sexe uniquement illustrative, à des fins voyeuristes, commerciales. Là, je me sentirais un peu dégueulasse. Mais ce n’est pas le cas ici. Moi, j’aime les metteurs en scène que la sexualité intéresse, car il y a quelque chose à filmer à cet endroit-là.

Comment se sont déroulées les scènes saphiques avec Daphné Patakia ?

Il y a une scène qu’on a mis deux jours à tourner. A mi-parcours, je me suis dit que c’était pas mal, mais qu’il fallait aller plus loin. Qu’on sente l’érotisme, le lien entre ces deux femmes, mais qu’il y ait aussi quelque chose de métaphorique. Comment on se prépare ? Verhoeven voulait un corps qui ne soit pas typique de cette époque. La fille est en bonne santé ! Il s’en fout de l’anachronisme. Ça aurait été mieux que je reste comme je suis, mais comme j’ai énormément de pudeur, je me suis préparée, j’ai fait du sport. La pudeur, c’est un drôle de truc. Par moments, ça disparaît, puis ça revient. Mais c’était très chouette, car Verhoeven est très respectueux et ça se passait bien avec Daphné. Personne n’a été brusqué. Ce n’est pas parce qu’on est nue qu’on est vulnérable. Quand on est actrice, le jeu passe aussi par le corps.

Tourner avec Verhoeven peut s’avérer à double tranchant. Il a fait de Sharon Stone une star avec « Basic Instinct », mais Elizabeth Berkley a vu sa carrière stoppée net après « Showgirls »…

Je n’ai pas pensé du tout à ça. Je ne réfléchis pas aux conséquences positives ou négatives d’un rôle. Ce qui compte, c’est que je sois excitée par le projet. J’ai la chance d’exercer le métier que je rêve de faire depuis que j’ai 5 ans et, dans ce cas-ci, de tourner avec un metteur en scène dont j’ai vu tous les films. J’avais un peu peur de l’agressivité que sa sortie pourrait provoquer à mon égard, mais pas du tout. Et puis, mon grand âge (44 ans) me protège. Ce n’est pas comme si je débutais ma carrière avec un rôle très sexué, ce qui était le cas d’Elizabeth Berkley. On m’a déjà vue dans plein d’autres rôles, j’ai une identité plus forte que si j’avais 20 ans. Je me rappelle avoir parlé avec des actrices comme Maruschka Detmers, qui ont tourné des rôles très explicites à leurs débuts. Elles ne se sont pas remises de ça, car elles étaient trop jeunes. Elles n’avaient pas encore leur identité, elles n’étaient plus regardées que comme le portemanteau des fantasmes communs. Mais à plus de 40 balais, je ne risquais pas que ça m’arrive. Et c’est trop rigolo de jouer une vierge passé 40 ans ! (Rires.)

Retrouvez l’intégralité de notre interview de Virginie Efira dans le Ciné-Télé-Revue qui sort ce jeudi 9 septembre.