Interview exclusive de Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise): «Emmanuel Macron est un culbuto plus qu’une girouette»

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Interview exclusive de Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise): «Emmanuel Macron est un culbuto plus qu’une girouette»

Interview exclusive de Jean-Luc Mélenchon, le président de « la France Insoumise » à l’occasion de la manifestation de la « fête de la solidarité » à Ostende (la Manifiesta). Le candidat à l’élection présidentielle de 2022 participera à un débat avec Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, ce dimanche à 12h30 sur « La gauche en Europe face à la montée de l’autoritarisme ».

Vous serez ce dimanche à Ostende avec Raoul Hedebouw. Pourquoi avoir répondu présent à l’invitation du PTB ?

« C’est une occasion rêvée d’afficher une amitié personnelle et l’existence d’un échange permanent par téléphone, par skype… Il est venu en France aux Amphis des insoumis et il a impressionné tout le monde. C’est un homme qui a une grande force d’entraînement. Un leader comme cela, c’est rare. C’est un produit de la société belge, un homme cultivé et qui a de l’humour. »

Peut-on considérer qu’il y a un axe PTB- France insoumise ? Des partis-frères ?

« . C’est un concept qui reposait sur une illusion. Nous ne sommes pas identiques. Nous avons en commun une idée : Il faut que la société se libère de la superstition du marché. Avec le changement climatique on est devant une situation qu’aucune génération n’a eue à traiter. »

Appelleriez-vous vos sympathisants à voter pour Raoul Hedebouw ?

« Je ne suis pas belge. »

Et la Wallonie cela veut dire quelque chose pour vous ?

« Tout le monde sait que j’ai une affection particulière pour la Wallonie. Les Wallons sont menacés par un séparatisme extrêmement brutal de la part des leaders de l’extrême droite flamande. »

Le PTB a refusé d’entrer dans des gouvernements de coalition avec d’autres partis de gauche. Estimez-vous aussi qu’il est possible de faire bouger les « lignes » sans participer au pouvoir ?

« . Je suis au service d’un programme. Je ne veux gagner par la conviction Je ne peux pas perdre dans la confusion le soutien que je reçois. Je ne vais pas soutenir le PS. Mais le PS, s’il le veut, peut participer à notre gouvernement. J’ai une longue expérience. Il faut être cohérent pour mériter le soutien populaire. »

Quel est votre regard aujourd’hui sur la Belgique.

« C’est plus qu’un voisin. C’est un cousin. La francophonie crée un lien spécial. »

Vous avez été « dans une autre vie politique », membre du PS français. Avez-vous encore des contacts avec des socialistes belges ?

« J’ai été plus de 30 ans membre du PS français, mais je n’ai pas gardé de contact avec des ministres socialistes belges à l’exception d’Elio Di Rupo. Nous devons normalement nous voir bientôt. Il n’a pas oublié ma production intellectuelle et mon engagement pour les libertés. »

Êtes-vous pour ou contre le Pass sanitaire ?

« Je suis contre. Il crée une illusion de sécurité ».

Qu’est-ce qui vous inquiète dans le Pass ?

« Il crée une société de contrôle généralisée. En France il autorise des licenciements Pourtant il existe des alternatives aux méthodes médiévales du confinement et du Pass sanitaire. Il faut comprendre que nous sommes dans une société qui va vivre d’autres pandémies. Autant savoir s’organiser : horaires de travail décalés, dédoublements des classes, épurateur d’air… »

Et que penser du vaccin obligatoire ?

« L’OMS recommande de ne pas le faire. Il faut plutôt convaincre les gens et ne pas chercher à contraindre. Il faut le faire en allant au-devant des gens, même au porte-à-porte. En Espagne, ils y arrivent. »

«Certaines personnes ont profité de la crise, c’est choquant»

Aujourd’hui, quelque chose dans cette crise vous révolte ?

« La pandémie a permis aux très grandes fortunes de mon pays de s’accroître. C’est choquant. Cela prouve que le système n’est plus capable de se corriger. »

Les politiques sont responsables de cette situation ? Que peut faire le citoyen ?

« Plus la société est libre, plus le citoyen s’implique dans le règlement des problèmes, plus on a une chance de s’en sortir. Si on veut contraindre les citoyens, cela n’ira pas. On le voit avec les vaccins. Si cela marchait, les dictatures seraient toujours en place. »

Vous êtes pour un individu responsable ?

« Je suis pour que les personnes se prennent en main. Il faut éviter les invectives systématiques et les clivages. »

Vous dites que votre programme plaît, il ne reste plus qu’à le traduire en vote ?

« On a fait un sondage avec les mesures de notre programme (sans dire qu’elles étaient à nous) et les gens y adhèrent à plus de 80 %. Nous devons à présent faire en sorte que ces personnes votent pour nous puisqu’ils apprécient le contenu de notre programme. »

Vous serez un antidote contre la peur avec votre programme ?

« On m’a déjà dit que j’étais une vitamine. Évidemment, je serai un antidote contre la peur et surtout notre programme propose des solutions. »

Quel est l’impact de cette crise sur la santé mentale ?

« Les effets du covid ne font que commencer. Pendant des millénaires, l’action humaine a consisté à créer du lien. Mais depuis 30 ans, on détruit le lien. À notre niveau, nous misons sur la solidarité pour sortir de la crise covid. »

Pourtant la solidarité existe encore, on l’a vu lors des inondations chez nous entre les Wallons et les Flamands.

« C’est une constante anthropologique, quand cela va mal les gens se serrent les coudes. La sortir de crise climatique sera d’autant plus difficile que vous en resterez aux vieux réflexes. »

Emmanuel Macron n’a-t-il pas favorisé une géographique politique qui va lui permettre de se faire réélire facilement ?

« La vérité c’est qu’aucune des trois dernières élections n’a résolu les problèmes de la France. Ils appliquent tous (Sarkozy, Hollande, Macron) la même politique. En 15 ans, aucune élection ne tranche rien. »

«Macron est un dealer financier»

«Macron est un dealer financier»

Que pensez-vous d’Emmanuel Macron ?

« M. Macron est une formation de dealer financier. Il a une vision de la vie et de l’organisation en société fondée sur le pari. Il confond l’administration des choses avec le gouvernement des personnes. C’est une tragique erreur. Du coup il en devient très frustre. »

Vous trouvez qu’il manque d’une ligne claire ?

« Il y a une sorte d’opportunisme chez lui parce qu’il veut vraiment être le chef de la droite en France. Il n’a pas de convictions profondes Il demande même des notes sur l’immigration à M. Zemmour. Macron est un culbuto plus qu’une girouette : quel que soit le sujet il en revient toujours à une foi aveugle dans le marché. »

Le duel Macron-Le Pen au 2e tour, est-il évitable ?

« Cela n’aura pas lieu. La France est très volatile. Il y a une véritable place pour la gauche radicale. La crise globale actuelle va amener des changements comme il y en a eu après la seconde guerre mondiale. »

Le procès des attentats de Paris vient de débuter. Dans les médias, la campagne électorale française semble tournée sur des sujets clivant comme l’insécurité ou l’immigration.

« Tout un secteur de la vie politique française n’a qu’une chose à proposer : la peur et le commerce de la peur. Ils vont parler des musulmans, du foulard, de l’immigration et de l’insécurité… alors que l’on se trouve en plein défi climatique avec état d’urgence sociale. On est face à un rabougrissement de la pensée politique. Je veux parler de la vie réelle dans cette campagne. »

Le PS, aujourd’hui, est seul sur son île ?

« Ils sont devenus extrêmement sectaires. Un peu dans l’attitude qu’ils reprochaient avant aux communistes. Ils sont persuadés d’incarner la gauche d’une manière très exclusive. Le centre-gauche en France doit savoir aujourd’hui qui le dirige, les Verts ou les Socialistes. »

Une candidature unique de la gauche, est-elle possible pour faire barrage à l’extrême droite ?

« Ce serait la confusion ! Donc davantage d’abstention. La gauche traditionnelle est morte en 2017. Le PS français a explosé en vol avec François Hollande. Le PCF nous a quittés alors que nous avions créé une force régénératrice. Je ne sais toujours pas pourquoi ils sont partis. Enfin, les Écologistes n’ont toujours pas trouvé de réponses à la question sociale. De notre côté nous avons bien avancé : notre programme est ultra majoritaire dans les sondages. À nous d’en faire une majorité électorale. Nous sommes prêts à gouverner. »