Marie-Martine Schyns, vice-présidente de la commission d’enquête sur les inondations: «Nous voulons savoir qui a fait quoi!»

Elle participera à la commission  d’enquête constituée suite aux inondations.
Elle participera à la commission d’enquête constituée suite aux inondations. - E.G.

Fallait-il une commission d’enquête ?

« Évidemment. Trop de décès, de sinistrés. J’ai une de mes animatrices scouts qui a perdu sa grand-mère et sa tante. Portées disparues, on les a retrouvées quatre jours plus tard beaucoup plus loin dans la Vesdre. Pour ces gens-là et pour tous les autres sinistrés, c’est la moindre des choses que d’avoir une Commission. La maman de mon animatrice, elle a perdu sa mère et sa sœur. »

Sur le terrain, on sent une incompréhension face à ces inondations ?

« Je le confirme. Les habitants ne comprennent pas comment cela a été possible. Pourquoi il n’y a pas eu d’anticipation alors que nous avions des alertes de différentes sources. »

Il ressortira vraiment quelque chose de cette commission ?

« C’est indispensable. Il faut répondre au moins à 5 grandes questions. »

Lesquelles ?

« Comment les alertes ont été gérées et qu’est-ce qu’on en a fait ? Comment a-t-on géré les ordres d’évacuation et pourquoi les communes ont eu des ordres d’évacuation différents ? Comment a-t-on géré les barrages, est-ce que c’était évitable ? Comment les services de secours sont-ils coordonnés ? Qui est en mesure d’améliorer la situation à long terme ? »

Le centre de crise wallon a-t-il joué son rôle ?

« Quand on entend certains témoignages, notamment d’un pompier sur RTL, c’est interpellant. Je ne veux pas pointer un responsable. Pour nous au cdH, il est essentiel que ces cafouillages n’arrivent plus. Nous devons mettre en place de meilleures procédures à tous les niveaux. Il faut que cela n’arrive plus jamais. »

On va reconstruire à l’identique ?

« La question n’est pas là. Il faut que les gens dans les vallées se sentent en sécurité et protégé. Dans 6 mois, ils ne doivent pas revivre la même situation. Il y a des habitants qui sont en insécurité. Ils le disent : ils pleurent à chaque fois qu’il pleut très fort parce qu’ils ont peur d’être inondés… »

Que faire pour ces personnes ?

« Nous devons aussi leur offrir la possibilité d’avoir une « reconstruction » psychologique. »

Le porte-à-porte plutôt que Twitter

Le cdH va perdre son nom dans les prochains mois. Triste ?

« Je suis très motivée. En février, ce sera un nouveau mouvement. Les gens adhèrent déjà. Nous avons eu beaucoup d’inscriptions pour le Congrès de ce dimanche à la Louvière. Nous allons réorganiser des débats : le nucléaire, le numérique à l’école… C’est un processus important parce que ce n’est pas le processus d’un parti mais d’un mouvement. »

C’est quoi la différence ?

« Un mouvement peut prendre parti, mais un mouvement est plus large qu’un parti. Il est aussi plus progressiste, plus ouvert et plus en phase avec les enjeux actuels. Nous serons plus réactifs en ville et à la campagne. Nous aurons aussi une gouvernance plus dynamique. Elle sera moins pyramidale et plus participative. »

Les citoyens n’ont-ils pas d’autres soucis ?

« Je comprends que des citoyens aujourd’hui doivent faire face à des problèmes importants (covid, inondations…) et qu’ils ne pensent pas à la construction d’un mouvement. Nous en sommes conscients et nous voulons apporter des solutions. »

Il sera sur Twitter et les réseaux sociaux ?

« Notre volonté sera plutôt de faire du porte-à porte (Notre action « parler en vrai » d’octobre à décembre) sur le terrain. Les réseaux sociaux ne sont pas une priorité. »

«La priorité des écoles, ce sont les chaudières»

Ex-ministre de l’enseignement, que pensez-vous de la rentrée scolaire ?

« Pour moi, la priorité se situe avant tout au niveau des chaudières des écoles qui se trouvent dans les zones sinistrées en province de Liège et ailleurs. En octobre, il fera déjà moins bon. Nous allons nous retrouver face à des problèmes de marchés publics lors des achats par le pouvoir organisateur. »

Vous avez d’autres inquiétudes ?

« Les écoles qui ont perdu des élèves doivent être protégées pour ne pas perdre de la qualité d’encadrement. Il convient de les exonérer d’un recomptage d’enfants. Nous avons déposé un texte au Parlement pour que les écoles soient exemptées par implantation. La ministre Désir n’a toujours pas de base légale pour agir alors qu’il lui faut une avant le 1er octobre. Nous sommes prêts avec notre texte à l’aider. Par ailleurs, nous sommes attentifs aussi aux directeurs d’écoles. Il faut aussi les soutenir. »

Avec le covid, la situation des enfants malades vous interpelle aussi ?

« Aujourd’hui, il y a beaucoup d’enfants de type 5 (enfant malade qui reste dans les hôpitaux) qui ne peuvent plus être accueillis dans les hôpitaux parce que certains ont fermé ces services notamment en unité psychiatrique. Les familles concernées et l’encadrement sont inquiets. La ministre doit pouvoir les rassurer aussi. »

D’autres enjeux scolaires ?

« Le Pacte, l’alternance, le rythme scolaire… »

Le changement de rythme scolaire, c’est déjà l’année prochaine…

« Quand la Fondation Roi Baudouin a fait l’étude de faisabilité, elle a dit qu’il fallait du temps. On va trop vite notamment pour les couples recomposés ou les personnes qui vivent dans deux régions. En 6 mois, cela va être compliqué pour les familles d’adapter notamment les gardes d’enfants. Il faut prévoir une période transitoire avec une semaine de congé commune avec la Flandre… sans quoi certaines familles n’auraient même pas une semaine de congé en commun. »

«J’aime chanter Lemon Tree»

Licenciée en langues et littérature romanes à l’ULG, professeur de français à l’Institut Saint-Michel à Verviers avant d’être ministre, Marie-Martine Schyns possède aussi une spécialisation en administration publique.

Fini la vie de ministre et les réunions du matin au soir ?

« J’ai évidemment encore des réunions le soir, mais moins qu’avant. J’ai retrouvé du temps. Je suis conseillère communale d’opposition et députée wallonne. Je n’ai aucun autre mandat. Je m’investis à 100 %, mais cela me laisse le dimanche pour ma famille et mes deux filles avec qui j’ai beaucoup de plaisir à courir et marcher. J’ai la chance d’habiter dans une magnifique région. J’essaie toujours de faire la promotion du pays de Herve. »

Vous aimez toujours autant la musique ?

« Je lis beaucoup et je me suis remise au piano. J’adore aussi chanter et faire des karaokés. »

Vous avez une chanson préférée ?

« Pour l’instant, en karaoké, j’aime bien chanter : Lemon Tree de Fools Garden ».

«Certains quartiers sont toujours sinistrés!»

À Pepinster notamment, certains  quartiers sont fortement endommagés.
À Pepinster notamment, certains quartiers sont fortement endommagés. - Belga

Vous allez vous concentrer seulement sur les zones inondables ?

« Pas du tout. Nous devons aussi comparer les zones qui étaient inondables sur la carte et les zones qui ont réellement été inondées. »

Sur le terrain, certaines communes ont relevé la tête plus vite que d’autres…

« Nous devons soutenir celles qui souffrent encore aujourd’hui. Il y a de très fortes disparités dans la province. À Trooz et à Pepinster, des rues sont toujours fortement endommagées. Certains quartiers précarisés ont plus de difficultés à s’en remettre. Parfois, des lieux ont bénéficié de plus de solidarité. »

Ne donne-t-on pas de faux espoirs aux habitants sur les délais de reconstruction ?

« Dans deux mois, certaines personnes n’auront pas de gaz. Il faudra des mois notamment pour enlever et traiter les boues dans les jardins. Des marées noires sont dans les jardins privés. Qui va dépolluer cela ? Qui va payer cela ? On ne le sait pas. »

Et pour les indépendants ?

« Un exemple. À Verviers, un magasin comme le Troc va être bloqué des mois. Tout le monde ne pourra pas ouvrir son commerce dans un espace modulaire. »

Quid des raccordements téléphoniques aussi ?

« Nous avons été interpellés par des gens qui disaient qu’ils devaient payer des sommes colossales. Même si les assurances vont payer, les sinistrés ne peuvent pas avancer l’argent. Par ailleurs, s’ils n’ont pas de téléphone ou internet, ils ne savent pas procéder aux démarches administratives vers les assureurs. C’est le serpent qui se mord la queue. »

Et la santé des sinistrés ?

« Aujourd’hui, de nombreux enfants arrivent dans les écoles avec des vêtements sales ou humides. Juste un cas très concret : il n’y a pas de laverie dans certains quartiers à Pepinster et les sinistrés n’ont plus de machines à laver. Il faut installer des laveries publiques sans quoi nous allons avoir des problèmes de santé publique. »

Certains sinistrés ont l’impression d’être un peu abandonnés aujourd’hui…

« La Croix-Rouge doit faire du porte-à-porte. Les CPAS doivent aussi sonner aux portes pour aider ceux qui ne vont pas oser demander de l’aide. Il faut être vigilant au retour de tous les enfants à l’école. »