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Au procès du 13-Novembre, l’enquête vue côté belge: «On ne s’est pas tourné les pouces»

Au procès du 13-Novembre, l’enquête vue côté belge: «On ne s’est pas tourné les pouces»

Toute de noir vêtue, fines lunettes et collier Chanel autour du cou, la juge Isabelle Panou témoigne à visage découvert, évoquant avec un débit ultra rapide et sans pratiquement consulter le volumineux cahier de notes posé devant elle, un dossier « exceptionnel ».

Cette magistrate d’expérience en est saisie « le 14 novembre 2015 vers 03h00 du matin », quelques heures seulement après les attaques qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et Saint-Denis.

Un « GSM » trouvé dans une poubelle près du Bataclan, un véhicule immatriculé en Belgique loué par Salah Abdeslam, résidant bruxellois et aujourd’hui seul membre encore en vie des commandos : les premiers éléments pointent vers la Belgique, rappelle la juge Panou.

Une équipe commune d’enquête franco-belge est immédiatement mise sur pied : « on envoyait les dossiers par camionnettes entières », se souvient la magistrate, saluant une « collaboration incroyable » entre les autorités des deux pays.

« Tous les policiers » belges, même ceux « qui faisaient de la TVA », sont mobilisés pour « remonter la piste » des commandos, partis de Belgique la veille des attaques, et « traquer » les survivants, retrace Isabelle Panou.

Un homme est rapidement identifié comme l’un des tueurs des terrasses de cafés à Paris, Abdelhamid Abaaoud, et « c’était excessivement une mauvaise nouvelle », estime la juge.

Si elle ne l’a « jamais vu », le nom de cette figure du djihadisme francophone recherchée par les services occidentaux ne lui est pas inconnu : il est accusé d’avoir coordonné à distance la cellule djihadiste de Verviers, démantelée in extremis début 2015 par les autorités belges averties d’un projet d’attentat imminent, un dossier qu’elle a elle-même instruit.

« Je l’ai traqué », il n’y a « pas une personne, pas un endroit qui n’a pas été investigué » pour le retrouver, assure la magistrate belge.

« Quand on dit ’qu’est-ce qu’ont fait les Belges pour trouver Abaaoud ?’ On ne s’est pas tourné les pouces », se défend-elle.

Abdelhamid Abaaoud sera tué le 18 novembre 2015 lors d’un assaut policier, dans l’immeuble de Saint-Denis où il s’était retranché avec un complice.

Salah Abdeslam qui a fui à Bruxelles sera lui retrouvé après quatre mois de cavale, le 18 mars 2016. Quatre jours plus tard, la même cellule jdihadiste frappe le métro et l’aéroport de Bruxelles et fait 32 morts.

« Je ne suis saisie que le 14 novembre 2015. J’ai appris le nom d’Abdeslam ce jour-là », répond vigoureusement la témoin à des questions sur d’éventuels « manquements » des autorités belges.

Le dossier des attentats de Paris est « difficile, ne nous mentons pas » et ne se réduit pas à une « enquête franco-belge », elle a nécessité de « complexes » investigations internationales et de « travailler de manière artisanale », estime la juge.

La majorité des hommes jugés par la cour d’assises spéciale de Paris résidaient à Bruxelles et vivaient dans un milieu « où tout le monde se connaît », mais « fermé », relève-t-elle encore.

« C’est difficile de travailler sur un tissu familial, social et économique à ce point fermé. Et c’est évidemment pas facile de dénoncer un cousin, un ami », dit-elle.

Dans le box, des accusés croisent les bras, la tête baissée. Les non francophones ont abandonné les écouteurs des traducteurs après plus de cinq heures d’exposé.

Avant de suspendre l’audience en début de soirée, le président de la cour Jean-Louis Périès a indiqué aux accusés qu’ils pourraient faire une déclaration spontanée mercredi midi à la reprise des débats.

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