Marius Gilbert: «Il faut sortir du mythe que les experts ont pris le pouvoir»

«Juste un passage au J.T.» est paru aux éditions Luc Pire.
«Juste un passage au J.T.» est paru aux éditions Luc Pire. - Isopix

Comment avez-vous vécu cette notoriété subite ?

Intervenir dans un temps court au J.T n’est pas un exercice facile, c’est une responsabilité lourde sur ce qu’on va dire et la manière de le dire. On sait que nos propos vont être scrutés, qu’on va parfois rassurer ou inquiéter. J’ai été sollicité par les médias aussi pour des portraits, des interviews plus personnelles et j’ai mis le holà pour protéger ma famille. C’est vrai que j’ai subitement été reconnu dans la rue mais on m’a toujours interpellé avec bienveillance. J’ai veillé alors à être doublement attentif à respecter les mesures sanitaires. Ma boîte mail a explosé de messages, c’était ingérable d’y répondre.

Et ce buzz qu’a suscité votre appel aux influenceurs ?

Je n’ai pas cherché à me servir de ma notoriété sauf quand j’ai pris conscience que la communication n’était pas assez forte sur l’importance des mesures à un moment critique et j’ai voulu faire passer un message de manière plus proactive. J’ai utilisé les réseaux parce que j’avais conscience qu’ils avaient un pouvoir de bras de levier en voyant ma fille qui ne regardait jamais les J.T et c’est là que cela se joue pour toucher la jeunesse. J’étais flatté que Emmanuel Macron reprenne mon appel, cela voulait dire que j’avais vu juste.

Avez-vous eu peur quand Marc Van Ramst a dû être mis sous protection ?

Un jour, j’ai reçu un courrier à mon adresse privée qui reflétait le ras-le-bol des citoyens sur les mesures mais je n’ai jamais reçu de menaces comme Marc Van Ramst. Je n’ai donc jamais eu peur.

Que pensez-vous du traitement médiatique de cette pandémie ?

Le covid a changé tellement les vies de tout le monde qu’il était normal que les médias ne parlent que de cela. Là, ils ont joué le rôle d’information. A un certain moment, la répétition des chiffres du covid est devenue anxiogène parce qu’il y a eu un phénomène de saturation chez les gens, et cela je le comprends très bien. Mais les médias ont essayé de faire entendre une diversité de points de vue. La grosse difficulté pour les médias est la tentation d’opposer deux points de vue. Il y a eu pas mal de moments dans la crise où le consensus scientifique était assez large par rapport à certaines mesures et la représentation médiatique ne reflétait pas ce consensus parce qu’il y a la tentation pour le journaliste d’équilibrer les points de vue. On a vu aussi des débats entre scientifiques se faire par médias interposés. Pour le grand public, faire la part des choses entre ces différents points de vues était très compliqué.

Les voix discordantes des scientifiques n’ont-elles pas justement alimenté les thèses complotistes ?

Certains scientifiques tournent le dos à la démarche scientifique en venant mettre en exergue des risques et des peurs complètement fantaisistes. Je ne comprends pas leurs motivations. Certains scientifiques viennent surfer sur la peur en proposant des récits alternatifs avec beaucoup d’apparence de cohérence de traitement scientifique mais qui ne sont pas du tout partagés par la communauté scientifique. Certains mettent en exergue un risque hypothétique et ne se rendent pas compte – ou le font sciemment – à quel point ils peuvent semer la confusion. Il faut surtout montrer en quoi à un moment il y a un consensus scientifique sur une question et en quoi il est robuste, valide et en quoi il nous permet d’avancer. Il faut surtout éviter d’assimiler toute critique de la stratégie de santé publique à du complotisme, car ce serait tuer le débat. Il est normal de se poser des questions, et toute personne qui s’en pose doit être respectée. A nous scientifiques, de prendre le temps d’y répondre.

Les experts ont-ils pris le pas sur les politiques au niveau des décisions des mesures sanitaires ?

Les experts font des recommandations et puis les responsables politiques ont la légitimité de mettre en œuvre ces décisions. Certaines ont été écartées parce que les politiques ont considéré qu’elles n’étaient pas réalisables. Chaque décision prise l’a été en partant des recommandations des experts mais en prenant en considération une série d’arguments, comme les facteurs économiques, la faisabilité. Il faut sortir du mythe que les experts ont pris le pouvoir. Sur la pertinence et les contradictions des mesures, je explique dans le livre - au travers de certains exemples - ce qui a mené aux contradictions apparentes. Quand on intègre le paramètre économique, on peut arriver à des aberrations apparentes du point de vue épidémiologique.

Quand en aura-t-on fini avec le covid, avec tous ces variants qui se succèdent ?

Le covid va faire partie des maladies avec lesquelles on va devoir vivre pendant longtemps. Je ne la vois pas être éradiquée à court terme. Mais ce n’est pas un drame. Tout comme la grippe qui nous touche tous les ans mais ne nous empêche pas de vivre. On peut être optimiste à court et moyen termes. Cet hiver, on devra encore vivre assez fort avec le covid mais pas autant que par le passé, car une grande partie de la population est protégée contre les formes sévères et les risques d’hospitalisation. Cette énorme protection fait qu’on entre dans une autre phase de la gestion de la pandémie. Les années suivantes, la vaccination se combinant avec l’immunité naturelle, on peut s’attendre à une maladie qui aura de moins en moins d’impact d’année en année. Enormément de nos rhumes sont des coronavirus. On peut imaginer que le covid dans quelques années soit aussi bénigne que cela parce que les populations de plus en plus exposées auront développé leur immunité combinée avec la vaccination. On a en plus maintenant tout un arsenal de prévention qui permet de mieux gérer cette maladie.

« Juste un passage au J.T. » est paru aux éditions Luc Pire.

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