Plus de 500 emplois menacés chez Kuehne Nagel: les syndicats dénoncent un sabotage

Plus de 500 emplois menacés chez Kuehne Nagel: les syndicats dénoncent un sabotage
EPA

La direction du groupe de logistique Kuehne+Nagel a annoncé mercredi la fermeture de son site nivellois d’ici l’automne 2022. Une procédure de licenciement collectif va être lancée, concernant les 549 personnes actives.

La situation de Logistics Nivelles est « particulièrement préoccupante » depuis la reprise de l’usine en 2005, selon Kuehne+Nagel. « Après plusieurs réorganisations, le site continue à générer des pertes importantes au fil des années. (…) Sans perspective de profitabilité, la société ne peut plus, (au départ de Nivelles), continuer à servir (Carrefour, NDLR), son client unique actif dans la grande distribution ».

Afin de pouvoir encore approvisionner ce client, la direction envisage de relocaliser l’activité aclote vers deux implantations en Flandre : Kontich (Anvers) pour les produits secs et Kampenhout (Brabant flamand) pour les produits frais. Kuehne+Nagel adoptera une configuration nationale pour la gestion de ces deux types de produits, au départ de ces deux sites flamands.

La procédure d’information et de consultation en matière de licenciement collectif a été lancée mercredi. La direction « fera tout pour que cette phase se déroule de la meilleure façon possible, dans un esprit de dialogue ».

Les syndicats ont réagi de façon virulente

Les syndicats de l’entreprise Logistics Nivelles ont réagi de façon virulente à l’annonce. Selon la CNE, la situation sur place est « très tendue », avec une personne qui a été blessée et un blocage des entrées et des sorties.

Les permanents syndicaux, qui se disent scandalisés par cette annonce, ont demandé aux membres de la direction d’annoncer eux-mêmes leur intention au personnel. La direction est sur place, les travailleurs sont sortis devant l’entreprise et la police a bloqué la circulation dans une partie de la rue de l’Industrie, craignant des débordements.

Ils dénoncent un sabotage

« La direction a saboté le travail ici depuis deux ans et on peut le démontrer », fulmine Didier Lebbe, secrétaire permanent CNE. « Les travailleurs réagissent très mal à l’annonce. Un garde du corps qui accompagnait la direction quand elle est allée s’adresser au personnel a été blessé et emmené à l’hôpital », raconte le syndicaliste.

Sur place, plus aucune marchandise ne sort ni ne rentre du dépôt. « On est en guerre avec Kuehne+Nagel ! », tonne-t-on du côté du Setca. « On veut leur faire mal au portefeuille et on va s’organiser en front commun pour aller fermer les autres dépôts en Belgique », prévient Pascal Strube, secrétaire permanent pour le Brabant wallon du syndicat socialiste.

Philippe Lescot, pour la CNE, parle d’un scandale. Pour lui, si la direction peut aujourd’hui parler d’une productivité moindre sur le site de Nivelles, c’est à cause d’un manque d’investissement – ce que réfute la direction du groupe – sur place. « Nous leur avons promis une lutte sociale comme ils en ont peu connu ! », martèle-t-il.

Une annonce vue comme stratégique

Le Setca dénonce en outre le rapatriement de l’ensemble des activités vers la Flandre, dont le site de Kampenhout, à encore construire, se trouve distant d’à peine 50 km de celui de Nivelles.

« L’annonce d’aujourd’hui est stratégique. La direction a décidé de plomber le dépôt, après une lourde restructuration en 2015, avant laquelle plus de 750 personnes travaillaient à Nivelles », rappelle Pascal Strube. Il déplore que l’on n’ait même pas proposé aux travailleurs actifs chez Logistics Nivelles d’être eux aussi relocalisés sur les deux sites flamands.

« C’est scandaleux, parce que tout a été préparé et s’est mis en place progressivement pour cette délocalisation », abonde Barbara Leduc, pour la CGSLB.

Les syndicats entendent tout faire pour sauver le dépôt nivellois et vont faire appel aux responsables politiques pour qu’ils interviennent dans ce dossier.

Dans l’immédiat, un autre conseil d’entreprise extraordinaire est annoncé à 13h00 chez Supertransport, une entreprise logistique également active sur le site nivellois. Elle emploie 180 personnes environ, dont 150 chauffeurs, et est chargée du transport des marchandises depuis Nivelles vers les magasins Carrefour. Les syndicats s’interrogent sur la teneur des annonces qui seront faites au sein de ce sous-traitant de l’enseigne de grande distribution et filiale du groupe Jost.