«La Belgique a besoin de grandes réformes»: pour Paul Magnette, président du PS, il faut remettre de l’égalité dans l’accès à la pension minimum

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«La Belgique a besoin de grandes réformes»: pour Paul Magnette, président du PS, il faut remettre de l’égalité dans l’accès à la pension minimum
D.R.

Les discussions sur le budget vont être difficiles ?

« Nous devons penser à redynamiser notre économie et à créer davantage de cohésion sociale. Nous avons des circonstances économiques exceptionnelles. Jamais personne n’avait imaginé un taux de croissance pareil en 2022. Nous avons de meilleures rentrées et moins de dépenses. Il faut donc investir. »

Où ?

« Dans l’infrastructure et massivement dans la SNCB et Infrabel notamment. Dans l’offre et dans l’infrastructure. Récemment, j’avais une réunion à Liège, j’en avais pour 2 h à l’aller et 2 h au retour… j’ai donc pris ma voiture. Cela doit aller plus vite comme dans d’autres pays. Il faut, par ailleurs, aller vers la quasi-gratuité de la SNCB avec un coût d’abonnement qui équivaut aux frais administratifs avec une gratuité effective. Cela ne coûterait que 700 millions d’euros. La Belgique a besoin de grandes réformes comme celle-là avec de vrais changements structurels. Beaucoup de gens trouvent que les billets coûtent trop cher aujourd’hui. »

Quelles solutions ?

« Tout le monde devrait avoir sa carte de la SNCB/Tec/Stib/deLijn à 10 euros par an achetée en début d’année pour circuler avec tous les transports en commun. Ma volonté est d’arriver à la gratuité totale des transports en commun. Je vois de plus en plus de jeunes qui ne passent pas leur permis ou qui utilisent une voiture partagée… parfois ils empruntent la voiture de leurs parents aussi pour acheter une étagère »

Allez-vous aboutir sur les pensions ?

« Il n’y aura pas de discussion sur la pension à temps partiel et le bonus. Par contre, il y aura un débat sur l’âge. Pour nous, les 42 ans, c’est fondamental. Si quelqu’un a commencé à 18 ans, il n’y a pas de raison qu’il doive travailler 44 ans… en plus cela discrimine les femmes. Il faut remettre de l’égalité dans l’accès à la pension minimum. Si tout le monde travaille 42 ans, nous arriverons à payer une pension minimum de 42 ans à tous ceux qui ont une carrière complète. C’est cela la solidarité. On ne peut pas avoir la pension à 1500 euros et travailler 30 ans. »

Et vous ?

« Moi, je suis prêt à travailler jusqu’à 66 ans puisque j’ai commencé à 24 ans. Cela me paraît juste parce que j’ai eu la chance d’étudier jusqu’à 24 ans. »

«Il faut renforcer la régulation des loyers!»

«Je suis prêt à travailler jusqu’à 66 ans.»
«Je suis prêt à travailler jusqu’à 66 ans.» - D.R.

Les loyers sont de plus en plus chers. Une solution ?

« En Wallonie, nous avons lancé la démarche du loyer chaud dans la grille indicative des loyers. Un exemple : un loyer de 500 € avec une dépense d’énergie supplémentaire de 300 €, cela ne va pas. Avec le PEB, on peut calculer le loyer chaud. Cela doit devenir contraignant. PS et Ecolo sont d’accord là-dessus. Le MR cale. Le bon propriétaire qui a fait des travaux percevra un loyer plus élevé que celui qui ne fait pas de travaux de rénovation. Il faut évidemment aussi aider les propriétaires. Pour moi, l’écosocialisme doit s’attaquer au logement, à la mobilité et à l’alimentation. »

Et l’industrie ?

« Nous aurons toujours besoin d’acier, de verre et de ciment. Ces secteurs émettent du carbone. On ne va pas arrêter de faire de l’acier. Nous devons aussi aider l’industrie, être attentif à l’emploi et être innovant. Avec Fluxys notamment, on travaille sur les conduites de gaz qui pourraient, à terme, être utilisées pour capter le carbone. On pourrait séquestrer aussi du carbone dans les matériaux de construction pour les soubassements des routes notamment… »

Tout autre chose : pour le casque en trottinette ?

« À 100 % pour l’obligation. J’ai toujours un casque quand je suis en trottinette. Il a des casques souples et pliables. On peut en avoir un dans son sac à dos. »

V.Li.

Pas fermé à un débat sur la vaccination obligatoire

Quel avis avez-vous sur la vaccination obligatoire ?

« Je salue le travail de concertation de Frank Vandenbroucke et l’investissement du personnel médical. Je ne suis pas fermé à un débat sur la vaccination obligatoire, mais pas tout de suite. Il faut d’abord que l’on ait tous les retours d’expériences. Si dans un an ou deux, les variants continuent et que le virus mute et que l’on n’arrive pas à s’en débarrasser… et que l’on continue à avoir des mesures restrictives partout, nous devrons nous poser la question de la vaccination obligatoire. Des gens m’ont même dit : « tant que ce n’est pas obligatoire, je ne le fais pas ». »

Comment convaincre les réfractaires ?

« Je n’ai pas aimé qu’Alexander De Croo dise que c’est une épidémie de non vaccinés. La stigmatisation n’est pas la bonne manière de faire. Il faut convaincre par l’empathie et pas par la condamnation morale. »

Comment résoudre les problèmes de vaccination ?

« C’est plus compliqué dans les milieux populaires, cela n’a rien à voir avec les Bruxellois et les Wallons. Le problème est le même à Anvers. À Charleroi, le bus mobile fonctionne bien. Nous allons sur le marché le dimanche matin. Notre campagne de vaccination au Sporting de Charleroi a connu un grand succès. »

Vous êtes très attentifs à la santé des Carolos, dès leur plus jeune âge…

« L’éducation aux bonnes habitudes de santé est primordiale. Nous poussons d’ailleurs les cantines scolaires gratuites pour des repas équilibrés et de qualité, bons pour la santé avec des produits locaux. À Charleroi, nous avons une cantine publique qui va produire 25.000 repas par jour. Elle va alimenter les hôpitaux, les maisons de repos et les écoles. Elle devra se fournir à 100 % en bio et local. On peut espérer à terme que des entreprises viendront se fournir là aussi. On crée un emploi local et on soutient nos agriculteurs. À Seraing cela existe déjà. Il faut une ceinture alimentaire autour des grands pôles urbains sur le territoire wallon. Notre réflexion à ce niveau va bénéficier d’un suivi par un travail de recherche et une démarche scientifique pour en mesurer l’impact en termes de santé publique. »

V.Li.

«Il faut rapprocher lieu de vie et de travail»

Covid, crise climatique… n’est-on pas en train de passer à côté de l’essentiel ?

« Il faut sortir des petites phrases sur le dernier petit blocage du gouvernement fédéral qui n’intéresse plus que quelques personnes à la rue de la Loi. Des questions fondamentales doivent être abordées : la crise coronavirus et les inondations nous ont impactés. Les deux sont liés à la détérioration de l’environnement. J’ai été ministre du Climat. Je me suis beaucoup battu au sein du parti pour que l’on devienne écosocialiste. »

Le PS l’est devenu ?

« Pour beaucoup de nos militants, il s’agit d’un débat abstrait, lointain… mais les récentes inondations ont frappé les publics les plus précarisés. Les plus riches pourront toujours aller habiter dans des endroits où ils seront à l’abri du dérèglement climatique. La moitié de la population n’a pas le moyen de faire ce changement et nous avons abordé toutes ces questions dans nos Rencontres Ecosocialistes de samedi. »

Le changement de comportement est difficile ?

« On ne peut pas dire aux gens tout le temps : « vous devez changer de comportement ». C’est stigmatisant. C’est ignorer qu’ils n’ont pas l’argent pour changer de voiture ou isoler leur maison. Il y a donc une responsabilité publique et collective. »

Un exemple ?

« Des gens sont obligés de changer de commune parce qu’ils n’ont plus les moyens de payer leur loyer et de vivre près de leur travail. Ils subissent la spéculation immobilière. Je vois à Charleroi, des Bruxellois qui viennent y habiter parce que le prix des loyers est moins cher. Pour moi, l’enjeu de la mobilité ne peut pas être séparé du logement. Nous faisons trop de kilomètres dans notre vie entre l’école, le lieu de travail, les activités des enfants, faire ses courses… Nous devons penser les villes à 15 minutes. Favoriser le rapprochement entre le lieu de vie et de travail. Tout le monde doit avoir accès à une nouvelle mobilité : il y a l’abonnement à 1 euro par mois à la Stib pour les jeunes. Cela a un succès phénoménal. Cela répond à une très forte demande. Pour les TEC, je ne veux pas la gratuité, mais nous devons arriver à la même réflexion qu’à Bruxelles. »

V.Li.

Vie privée: «Je serai très heureux d’être grand-père»

Loïc Martin

-Pain  : « Je fais du pain le dimanche pour toute la semaine. »

-Famille  : « J’ai trois grands enfants (garçon de 24 ans et deux filles de 21 et 19) aux études supérieures. Je les vois moins. Par contre, j’ai un enfant plus petit que je vois plus. Je ne suis pas encore grand-père, mais je serai très heureux de l’être. »

-Inondations  : « Je n’ai pas voulu communiquer. Nous étions sur le terrain avec des brosses, raclettes… Nous étions dans la boue jusqu’au cou, et on l’a fait par instinct de solidarité. J’ai des collègues députés qui ne sont pas partis en vacances et qui ont préparé des centaines de repas tous les jours. Je n’ai pas voulu faire de récupération politique comme d’autres. Nous avons fait un seul post : un appel à la solidarité, à la mobilisation. »-

-Danse  : « Elle connaît un succès fou chez les jeunes à Charleroi. Annie Bozzini y travaille avec passion. Je trouve cela très bien… même si à titre personnel, je ne suis pas doué pour la danse. »

-Molengeek  : « C’est un bel atout pour Charleroi. On crée un vrai pôle de compétence avec la RTBF et Télésambre. On met en place un vrai quartier et un écosystème digital. »

V.Li.