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Angela Merkel tire sa révérence à la tête de l’Allemagne: 16 ans qui ont marqué l’Europe, trois ténors politiques belges nous dressent son portrait

Angela Merkel, celle que les Allemands considèrent comme « la mère de la Nation », qui sait les rassurer quand c’est nécessaire et qu’ils s’étaient habitués à appeler « Mutti » (« maman »). Angela Merkel ne mènera plus la CDU/CSU aux élections législatives allemandes de ce dimanche. La fin de 16 ans de mandat de chancelière. Sa popularité reste immense et est rarement tombée sous les 50 %, même quand les décisions ne plaisaient pas à tous les Allemands (sortie du nucléaire, accueil d’un million de migrants en 2015, la crise migratoire étant sans doute la plus grande épreuve de sa carrière). Pragmatique, proche, simple, patiente, cette fille de pasteur qui a passé une partie de sa jeunesse dans l’ancienne Allemagne de l’Est, laissera un souvenir impérissable et pas seulement outre-Rhin. Nous avons demandé à trois ténors politiques belges ce qu’ils retiendront de Frau (Mme) Merkel.

La liste est impressionnante : tout au long de son mandat de chancelière, Angela Merkel aura côtoyé quatre présidents américains, autant de français et sept Premiers ministres belges.

Alexander De Croo est le dernier en date. Ce qui lui vient en premier à l’esprit quand il pense à elle ? « L’optimisme », lance-t-il. « Je me souviens d’un de ces moments en coulisses où elle s’est laissée aller à la confidence, déclarant à un photographe : « J’ai un tempérament assez enjoué et j’ai toujours pensé que mon chemin dans la vie serait relativement lumineux, quoi qu’il arrive. Je me suis toujours refusée à l’amertume ». Cette force discrète manquera à bon nombre de personnes dans les années à venir. Nous devrons la combler, car il est essentiel pour l’Europe de conserver cet enthousiasme. »

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Comme Wilfried Martens

Didier Reynders, actuel Commissaire européen et ex-ministre des Affaires étrangères retient « la permanence de celle qui a réussi à se maintenir malgré différentes coalitions, avec cette capacité de peser sur la politique allemande, européenne et internationale. On a connu ça en Belgique, avec Wilfried Martens : on avait l’impression qu’il était impossible de former un gouvernement sans lui ».

Autre ancien Premier ministre, Elio Di Rupo la qualifie de « mère de la Nation allemande ». « Elle apparaît ainsi outre-Rhin », dit-il. « Elle a étudié les sciences comme moi et a eu une enfance que je ne qualifierais pas de malheureuse, mais de contrainte, car elle se trouvait dans le bloc de l’Est. La première chose qu’elle m’a dite, c’était « on a des points communs », se souvient le socialiste.

Angela Merkel est vantée pour son sang-froid. Cela n’a pas échappé à Alexander De Croo. « La manière dont elle a appréhendé la crise du coronavirus m’a impressionné. Avec calme et sang-froid. Chiffres en main. En prenant toujours soin d’exposer d’abord les faits avant de tirer des conclusions. Or la nature humaine a, souvent, tendance à pousser à faire l’inverse. »

Identité multiple

Elle a parfois réussi à forcer des décisions qui n’étaient pas soutenues avec enthousiasme par tous les Allemands, comme la sortie de l’Allemagne du nucléaire après Fukushima, enchaîne Didier Reynders : « Elle avait une main de fer dans une image de velours. Lors de la crise migratoire de 2015, elle a ouvert les frontières quand beaucoup voulaient les refermer ».

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Qu’a-t-elle apporté à l’Europe ? M. De Croo parle « de cet enthousiasme que nous, Européens, devons perpétuer dans des moments délicats et face à des défis d’envergure tel le climat. Elle a cette ouverture d’esprit et cette capacité incomparable à bâtir des ponts. Angela Merkel a grandi dans une famille croyante protestante en pleine guerre froide, dans l’un des régimes communistes les plus rigides. Elle parle couramment le russe et l’anglais. Son identité est multiple. Sa façon de gérer les différences a toujours été, pour moi, épatante ».

Cette proximité personnelle et cette simplicité propices à construire des ponts, Didier Reynders l’évoque : « Elle a beaucoup rassemblé, en Allemagne aussi. Mais attention, elle reste un animal politique ».

Elio Di Rupo parle moins d’une grande européenne que d’une grande Allemande dans l’Union européenne et une femme de pouvoir. « Elle a réussi à placer des Allemand(e)s à tous les postes importants de l’Europe. Le Conseil n’a jamais pris une décision qu’elle rejetait catégoriquement. »

Pas comme Thatcher, mais…

Le Montois a été impressionné par son attitude dans la crise migratoire. « Sans doute que c’était à la demande du patronat allemand, car l’Allemagne manquait de bras, mais elle a accueilli un million de migrants. Elle a tenu tête et gagné les élections. A contrario, elle n’a jamais tout à fait permis à la Banque centrale européenne de prendre des dispositions en termes de solidarité européenne. La Grèce ? C’est surtout François Hollande qui l’a sauvée, elle l’aurait laissée tomber. Je ne parlerais pas d’une dame de fer, car elle n’est pas aussi à droite que Thatcher, c’est une chrétienne-démocrate, pas une ultralibérale. »

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Pour Didier Reynders, elle a eu une vraie volonté de faire progresser l’Europe. « Reste à voir ce qu’il en sera de la transition, y aura-t-il toujours cette volonté de garder un équilibre entre l’intérêt de l’Allemagne et la continuation de l’Europe ? On a encore de gros chantiers devant nous. »

« In der Ruhe liegt die Kraft » (« C’est dans le calme que réside la force »). « C’est sa devise, celle en tous cas, qu’elle a dévoilée un jour d’élection. Je me la remémore souvent et j’essaie de m’en inspirer », conclut Alexander De Croo.

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