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Sondage d’Amnesty International en Belgique francophone: les 55 ans et plus mal jugés en raison de leur âge

Sondage d’Amnesty International en Belgique francophone: les 55 ans et plus mal jugés en raison de leur âge
123RF

L’institut de sondage IPSOS a interrogé 500 personnes en Belgique francophone, âgées de plus de 55 ans. L’idée était de voir si elles se sentaient victimes de discrimination et aussi de voir, comment elles se percevaient elles-mêmes. « Les résultats de ce sondage sont très interpellants. Ils indiquent que l’âge est un puissant facteur de discrimination dès que l’on dépasse les 55 ans », explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International. « Ce sondage brise l’omerta. Les plus de 55 ans vivent beaucoup de choses mais n’osent pas le dire. Or, les stéréotypes et les préjugés liés à l’âge ont des conséquences graves, comme l’exclusion des aînés de notre société et la banalisation des discriminations, de la négligence et de la violence envers eux ».

Agressions verbales, abus financiers…

Cette discrimination va jusqu’à la maltraitance. On parle ici d’agressions verbales, des humiliations, des abus d’autorité, des menaces… mais aussi d’agressions physiques (coups, soins inappropriés, contention physique, privation de nourriture…) et aussi des abus civils et financiers (limitation des contacts sociaux, procuration abusive…). « Cette discrimination est un phénomène grave », poursuit Philippe Hensmans. « La moitié des personnes qui ont répondu à notre sondage ont été confrontées à une forme de maltraitance ou connaissent quelqu’un qui l’est. Notons aussi que 60 % des différents types de maltraitance se produisent au moins une fois par an ».

Les personnes sondées, qui ont donc toutes plus de 55 ans, se disent aussi victimes de préjugés et de stéréotypes à cause de leur âge. Par exemple, 37 % d’entre elles considèrent que leur opinion est devenue moins importante (lire ci-contre). La maîtrise des nouvelles technologies constitue aussi un autre préjugé préoccupant. Un répondant sur deux (48 %) se sent ainsi victime du regard négatif de la société à leur égard.

Le sondage indique que l’âge est l’un des principaux motifs de discrimination chez les plus de 55 ans, devant les compétences numériques, les croyances religieuses, la langue, le sexe, le handicap, l’origine ethnique, la couleur de la peau, la situation professionnelle, l’orientation sexuelle, etc. Quand l’âgisme s’ajoute au sexisme et au racisme, c’est pire encore. « Les multiples formes de préjugés qui se croisent aggravent les désavantages et rendent les effets de l’âgisme plus virulent », déplore Philippe Hensmans. Être femme et « vieille », ce n’est pas top. Selon le sondage, 53 % des répondantes pensent qu’elles ne sont pas représentées de manière positive dans les médias ou les pubs, contre 37 % des hommes sondés. De même que 37 % des femmes interrogées ne se sentent pas « vieilles », mais jugent que c’est le regard que leur porte la société qui leur donne ce sentiment, contre 23 % des répondants masculins.

Et les jeunes ?

Mais au fait, pourquoi avoir choisi de n’avoir interrogé que les plus de 55 ans ? Parce qu’on devient vieux à cet âge ? « C’est parce qu’on s’est aperçu que dans le monde du travail, 55 ans était un âge clé », répond Philippe Hensmans, lui-même âgé de 62 ans. « À partir de 55 ans, on ne vous confiera plus de gros dossiers, on ne vous chargera pas de projets liés au numérique, etc. »

Promis, Philippe Hensmans promet de s’intéresser aussi à l’âgisme concernant les jeunes. « Vous avez raison, eux aussi en ont pris pour leur grade, surtout pendant cette crise du Covid. On les a accusés de ne pas respecter les règles sanitaires, de violer les droits humains, etc. »

Mais inversement, on a aussi entendu des jeunes, durant cette crise sanitaire, se demander à quoi servait la vaccination puisque de toute manière, les « vieux » allaient mourir…

F. DE H.