Défense européenne: cinq pays lancent une initiative pour une force de réaction rapide

Annegret Kramp-Karrenbauer (à gauche)
Annegret Kramp-Karrenbauer (à gauche) - Belga Images

Cette initiative, également portée par la Finlande, les Pays-Bas, le Portugal et la Slovénie – qui assure la présidence tournante de l’UE au second semestre 2021 – prévoit de renforcer les « groupements tactiques » (EUBG en jargon, pour European Union Battle Groups ») existants et constitués pour une période de six mois.

Ces groupements tactiques comptent en général quelque 1.500 soldats, idéalement fournis par plusieurs États membres. Deux d’entre eux devraient en principe être disponibles en permanence, bien que dans la réalité, un seul EUBG soit prêt à intervenir à bref délai. Le système existe depuis 2007 mais n’a jamais été mis en oeuvre, car son activation requiert l’unanimité des 27 États membres.

Dans un document transmis aux autres capitales, les cinq pays suggèrent de renforcer ces unités pour porter leurs effectifs terrestres à « une brigade » (soit environ 5.000 hommes), de leur adjoindre des capacités supplémentaires (forces spéciales, transport aérien, spatiale et cybernétiques) et d’améliorer leur degré de préparation.

Pour contourner le problème de l’unanimité, les cinq pays proposent de recourir à l’article 44 du traité de l’UE qui permet à un groupe d’États membres qui le souhaitent et disposent des capacités requises, dit aussi « groupe d’avant-garde », de mettre en œuvre une mission de l’Union, avec la permission des autres. Cet article n’a à ce jour jamais été utilisé.

La ministre sortante de la Défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer, a affirmé jeudi, à l’issue de discussions informelles à Bruxelles, que la réaction des autres États membres avait été « très très positive », selon dpa.

Le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, avait plaidé début septembre en faveur de la création d’une force de réaction rapide de quelque 5.000 hommes (dite « force de première entrée »), en citant le cas de l’Afghanistan.

« Nous devons tirer des leçons de cette expérience (…) en tant qu’Européens, nous n’avons pas été capables d’envoyer 6.000 soldats pour sécuriser la zone de l’aéroport de Kaboul. Les États-Unis l’ont été, mais pas nous », avait-il dit dans une interview au journal italien ’Corriere della Sera’.

« Nous devons opter pour quelque chose de plus opérationnel », les groupements tactiques étant restés inutilisés, avait-il précisé dans la foulée, lors d’une réunion informelle des ministres européens de la Défense en Slovénie.

Une telle proposition s’inscrit dans le cadre de la réflexion sur la future « boussole stratégique » de l’UE, un processus lancé en 2020 pour définir les grandes orientations de sécurité et de défense de l’Union. Cette stratégie devrait être approuvée en mars 2022, lors de la présidence française de l’UE, qui souhaite organiser un sommet dédié à la défense.

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