«Claude François, les secrets inavouables»: le documentaire qui dévoile comment le chanteur abusait de très jeunes fans

«Claude François, les secrets inavouables»: le documentaire qui dévoile comment le chanteur abusait de très jeunes fans
RTBF

Début 2018, le documentaire « Claude François, le dernier pharaon » faisait sensation en révélant pour la première fois l’existence de Julie Bocquet, la fille illégitime de Claude François née de la liaison du chanteur avec une fan belge, âgée d’à peine 13 ans. Une révélation qui mettait aussi en lumière l’attrait de l’interprète d’« Alexandrie, Alexandra » pour les très jeunes filles. Une attirance pour des mineures d’âge dont il ne faisait d’ailleurs pas mystère de son vivant, s’épanchant sur le sujet lors d’interviews. On se souvient de sa fameuse phrase, où il déclarait aimer « les filles jusqu’à 17, 18 ans. Après, je commence à me méfier ».

Un coup de projecteur qui a sérieusement écorné l’image de l’icône des sixties et des seventies. Et ça ne va pas s’améliorer avec la diffusion ce 24 octobre par la RTBF du documentaire « Claude François : les secrets inavouables », réalisé par la même équipe que « Le dernier pharaon » et qui s’intéresse exclusivement aux relations de Cloclo avec ses fans. Des groupies qui l’attendaient jusqu’au pas de sa porte ou n’hésitaient pas à bondir sur scène pour l’embrasser et avec qui il partageait parfois bien plus que des chansons. Bien sûr, ses liaisons avec des adolescentes étaient un secret de polichinelle, mais jamais un docu n’avait investigué de façon aussi précise sur ce qui se passait une fois que la star quittait la scène.

Son garde du corps choisissait

Il est vrai que la mécanique pour finir avec une de ses admiratrices dans son lit était parfaitement huilée. C’est le garde du corps du chanteur, Jean Marie Piton, surnommé Gros Minet, qui était chaque soir à la manœuvre pendant que l’artiste prenait sa douche. « Quand il voyait une fille un peu jolie, il la faisait venir en coulisses, pas forcément toujours pour Claude, d’ailleurs, mais aussi parfois pour ses collaborateurs », explique Fabien Lecoeuvre, spécialiste de Claude François. Parmi les fans, la Belge Carine Lodewyckx, qui témoigne dans le documentaire. « Je trouvais Claude beau, sautillant. Un jour, je suis montée sur scène. Son garde du corps savait qui j’étais. Il m’a laissé faire et j’ai embrassé Claude. J’étais amoureuse et je le suis encore quarante-cinq ans plus tard. »

La suite de l’histoire correspond à ce qui devait se passer régulièrement en tournée. « On faisait la file en backstage et on avait son tour pour rentrer dans la loge », poursuit Carine. « En 1974, ça a été mon premier tête-à-tête dans sa loge. On a flirté, fait quelques bisous. Et il m’a proposé de le rejoindre à son hôtel. J’avais 15 ans. J’ai d’abord refusé, car je trouvais qu’il fallait attendre 17 ans. Mais je n’ai pas tenu. J’ai craqué peu avant mes 17 ans. Ma première fois, c’était le 25 avril 1977, après un gala à Bruxelles. Le secrétaire m’a proposé de dormir dans sa chambre. Je me sentais mal, je n’ai pas pu lui dire non. J’ai franchi la porte, tremblante, paralysée par la peur. Il était allongé, m’a appelée près de lui. Et il m’a attrapée par le cou. Quand j’étais avec lui, il me disait que c’est moi qu’il aimait, même si je lui disais que je savais qu’il y en avait d’autres. »

Un discours bien rodé qu’il tient à chacune de ses conquêtes. Pourtant, comme la plupart des autres jeunes filles qui ont cédé à son manège, Carine n’a aucun regret. « Je n’ai que de bons souvenirs. Il a été d’une tendresse et d’une douceur particulières. Une expérience magnifique. » Un témoignage que d’autres fans font aussi. Mais est-ce dire que toutes étaient consentantes ? L’animatrice Sophie Darel raconte comment Claude François a essayé d’abuser d’elle durant une tournée. Certes, elle était déjà adulte, mais la scène n’en demeure pas moins interloquante. « Il m’a fait venir dans sa chambre », explique-t-elle. « Il m’a jetée sur le lit, j’ai refusé. Il ne m’a pas violée, ce n’est pas allé au bout, il a compris que je ne voulais pas. Mais ce soir-là, il était plus qu’insistant. On s’est même bagarrés. Son but était assez clair. »

Et puis, il y a aussi les filles qui sont tombées enceintes. Dans ce cas-là, c’était l’avortement. Car si Fabienne, la mère de Julie, est allée au bout de sa grossesse avant de faire adopter sa fille, d’autres ont subi une IVG. C’est le cas d’une autre groupie, qui témoigne sous le couvert de l’anonymat. « J’étais amoureuse de lui. C’était une personne très douce, qui avait besoin de beaucoup d’amour. Il n’était pas heureux. » Mais quand elle tombe enceinte, elle doit se faire avorter dans la clandestinité à Bruxelles. « En rentrant à la maison, j’ai fait une hémorragie. Claude m’a dit que j’avais bien fait, car il n’aurait pas pu reconnaître cet enfant. Il ne voulait pas d’autres enfants que ceux qu’il a eus avec Isabelle. D’ailleurs, il a fait avorter Sofia (une de ses dernières compagnes officielles) plusieurs fois. » La jeune femme dresse aussi un portrait d’un homme possessif. Si lui accumulait les aventures, ses conquêtes devaient par contre se consacrer exclusivement à lui.

Reste que dans les années 70, tout le monde fermait les yeux. Car le documentaire n’est pas juste un portrait de Claude François, c’est aussi le procès d’une époque de permissivité qui semble aujourd’hui intolérable. « De nos jours, Claude aurait sans doute quelques petits problèmes avec la loi », confie Dave à l’écran. « C’était un macho, un peu phallo, avec très peu de respect pour les femmes, sauf peut-être pour sa mère. Cependant, il n’était pas le seul, loin de là. Tout le monde en profitait. » Et Fabien Lecoeuvre de confirmer : « Ça arrivait aussi bien à Cloclo qu’à Johnny, Joe Dassin, Michel Delpech. »

Une pratique généralisée qui, à l’époque, n’intéressait pas la justice. En 1977, Georges Moréas, commissaire de police, avait cependant été chargé d’auditionner Claude François à propos de la grossesse de Fabienne, la mère de Julie. Mais son chef ne prenait pas l’affaire au sérieux. Il s’est néanmoins rendu chez le chanteur. « Je lui ai montré deux photos de Fabienne », témoigne-t-il aujourd’hui. « Sans dire qu’il la reconnaissait, il m’a dit qu’il était possible qu’elle fasse partie de son fan-club, qu’il y avait beaucoup de jeunes filles au premier rang qui venaient parfois dans sa loge ensuite. Je me suis dit que c’était un beau salaud. Il profitait des gamines qui étaient là et faisait son choix. Ça me paraissait dégueulasse. » Des propos glaçants. Et pourtant, l’affaire en restera là.

« Claude François, les secrets inavouables », dimanche 24 octobre, à 20h55 sur la Une