Pour François Desquesnes, il faut convaincre le personnel soignant non vacciné contre le Covid: «On est à la limite de la mise en danger d’autrui»

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«Les ministres doivent empêcher le risque de fermeture des écoles.»
«Les ministres doivent empêcher le risque de fermeture des écoles.» - D.R.

Né à Ath, ce géant est licencié en droit et spécialisé en droit public. Après des études à Soignies, Namur et Louvain-la-Neuve il a goûté aux joies des cabinets ministériels avec Benoît Lutgen alors Ministre du tourisme. Également député à la Fédération Wallonie-Bruxelles, aujourd’hui, il est très inquiet de la situation dans les écoles : « Cette quatrième vague n’est pas surprenante. Elle vient des failles du système : les soucis en matière de vaccination, les personnes non vaccinées, les enfants… Il faut colmater les brèches notamment en encourageant à la troisième dose. Ce n’est pas normal qu’un Wallon sur deux seulement ait reçu sa troisième dose. Il faut aussi continuer à parler aux non vaccinés. C’est un combat qu’il faut gagner pied à pied et convaincre. »

Et que faire pour les hôpitaux et les maisons de repos ?

« Il n’est pas normal que l’on demande aux visiteurs des maisons de repos et des hôpitaux un CST… pendant que certains soignants ne sont pas vaccinés. On est à la limite de la mise en danger d’autrui. »

Que peut-on améliorer dans les écoles ?

« Mme Linard et Mme Désir doivent agir rapidement. Il y a des fermetures de classes et d’écoles. Pour le primaire, on ne fait rien. Qu’attendent les ministres ? À mon niveau, dans le PO où je suis, nous avons dû fermer l’école parce qu’il y avait trop de cas. Il faut des tests rapides, une aération, des détecteurs de CO2, les masques en 5e et 6e primaire… Elles doivent tout faire pour être prêtes pour la rentrée du 8 novembre. Les ministres doivent empêcher le risque de fermeture. Le ministre Daerden devrait dégager un budget pour les détecteurs de CO2. »

Et pour les PSE ?

« J’ai conscience que les PSE souffrent. Il faut les soutenir en leur donnant des moyens adaptés. Aujourd’hui, parce qu’on n’a pas pris certaines mesures, les écoles ferment avec 13 % de positifs pour les 0-9 ans. Il ne faut pas laisser les directeurs d’école et les professeurs seuls. »

Les enfants sont en danger ?

« Le vrai risque avec les enfants touche les grands-parents et les parents. Il faut donc des mesures pour mieux contrôler la circulation du virus dans les écoles… On propage le risque. »

Et les stages qui commencent mardi ?

« Mme Linard ne prend pas de mesures à ce niveau non plus. Il y a un manque de cohérence. »

Déchets: «La consigne des canettes est une priorité»

Depuis 10 ans, le cdH se bat pour la mise en place d’une consigne sur les canettes et les petites bouteilles en plastique.

« En juin 2020, avec Julien Matagne, député wallon, nous avons déposé le 1er décret au Parlement de Wallonie qui permet de l’instaurer légalement sur notre territoire. Aujourd’hui, celui qui a un mauvais comportement n’est pas sanctionné. En plus, le coût du ramassage des déchets en Wallonie représente 85 millions d’euros. On pourrait utiliser cet argent autrement. »

Autant ?

« On pourrait mener d’autres politiques intéressantes avec une telle somme. En plus, le système de consigne va créer de l’emploi. Cela va générer une nouvelle activité. La Région peut mettre en place la consigne en 2023. Aujourd’hui, il y a encore une série de canettes qui sont envoyées à l’incinérateur. »

Les citoyens doivent aussi être plus responsables

« 75 % des citoyens sont favorables à la consigne, selon Test-Achat. Le sac bleu a permis d’atteindre un certain seuil de résultat. On doit aller chercher les derniers pourcents… surtout quand on sait qu’un pourcent de canettes dans la nature, cela représente 20 millions de canettes. »

Les entreprises pourraient évoluer aussi ?

« Les esprits sont mûrs chez nous. Mais la vraie question est la suivante : « Mme Tellier est-elle favorable ou opposée à la consigne ? » Elle doit assumer sa position. Aujourd’hui, il y a un lobby du secteur agro-industriel et de la distribution qui dit que la consigne serait une charge pour eux. Quand on voit Coca-Cola aux Pays-Bas, ils disent aujourd’hui : « vous voyez avec la consigne, on avance vers une société plus verte. » Il y a donc moyen de communiquer avec eux. C’est le bon moment. »

Et les intercommunales ?

« Il y a une transition à mettre en place pour les intercommunales. « Quand j’entends certaines intercommunales dire qu’elles vont perdre un flux de déchet, je leur dis : « Ce n’est pas une vocation en soi de garder un flux de déchet. »

Inondations: «Il n’y a pas de culture de crise en Wallonie»

À chaque journée de commission d’enquête parlementaire sur les inondations, il ne manque pas de réagir : « Je ne veux pas avec cette commission d’enquête pointer du doigt une personne. Je veux que l’on mette tout à plat. Nous remarquons notamment que la gestion du barrage n’a pas été optimale au niveau du SPW par rapport à celle réalisée par Engie qui était en discussion de manière permanente avec la commune de Malmédy. Cette communication a permis de l’anticipation avec du turbinage le lundi et le mardi… Il n’y a pas eu la même chose sur le barrage de la Vesdre à Eupen. Le barrage n’était plus protecteur. »

Que s’est-il passé avec les alertes météo ?

« Le SPW n’a pas tenu compte des alertes météo de l’IRM alors que la Wallonie a bien reçu les résultats. Il y a aussi eu l’isolement des bourgmestres qui ont été laissés seuls face à eux-mêmes. »

Le Centre de crise de la Région a paru aux abonnés absents aussi ?

« Le Centre de crise n’a pas joué son rôle d’acteur actif face à l’alerte. Il a juste transmis l’information. Ces missions demandent plus de réactivité et de soutien. Sa ligne de défense est intenable d’autant plus que les gouverneurs avaient demandé une réforme ! Ils voulaient un comité de pilotage actif. Ils ont proposé une note d’orientation fin 2017… et on ne sait pas ce que cette note est advenue. »

Que manque-t-il le plus en Wallonie ?

« Il n’y a pas de culture de crise en Wallonie. Il faut mettre en place des exercices d’évacuations. Quand on vit dans des zones inondables, il faut que la population soit entraînée. Il faudra un plan contre les inondations et du matériel adapté. Je donne un exemple, en province de Luxembourg, ils ont fait 16 exercices d’urgence dont 13 à l’initiative du gouverneur. Ce gouverneur était préparé. Sur le terrain, les gens sont prêts. »

Mieux former aussi ?

« Il y a des formations qui existent pour les bourgmestres et de nombreux bourgmestres les avaient suivies pour anticiper les inondations. »

Quand va s’arrêter la commission ?

« La commission d’enquête va être prolongée, nous n’avons pas encore entendu les ministres… des personnes vont devoir revenir pour éclaircir certains propos… »

Consignes: 110 bourgmestres sont d’accord

Retour sur la problématique des consignes.

Vous n’arrivez pas à convaincre le gouvernement ?

« Nous avons demandé au Gouvernement wallon de prendre contact avec les autorités néerlandaises, grand-ducales, flamandes, bruxelloises et fédérales afin de créer une dynamique de travail autour du projet d’une consigne. Cette demande a été rejetée par la majorité PS-MR-Ecolo. »

Sur le terrain, des personnes vous soutiennent ?

« 101 communes wallonnes ont déjà choisi officiellement de rejoindre « l’Alliance pour la Consigne » en ayant adopté une motion dans leur Conseil communal ! Plus de 110 bourgmestres en Wallonie, de tous partis confondus, ont également répondu positivement à l’appel »

Et à l’étranger, cela marche vraiment ?

« Depuis juillet 2021, les Pays-Bas ont prévu d’étendre leur système de consigne à toutes les bouteilles en plastique. 600 millions de grandes bouteilles PET (consigne de 25 cents) y sont récupérées chaque année. À partir du 1er janvier 2023, les Pays-Bas introduiront une consigne sur les canettes. À titre d’exemple, avec la consigne, l’Allemagne arrive à un pourcentage de taux de collecte de plus de 98,5 % sur les emballages pour boissons (selon une étude PwC sur le land de Berlin). »

Vie privée: «J’aime servir à mes amis des légumes de mon jardin»

Vous avez le temps pour du sport le dimanche ?

« Le dimanche, c’est un jour plus cool. Le temps pour la famille et les amis et la promenade à vélo. Il m’arrive de faire des photos quand je vois des déchets sauvages ou des trous dans la route. Je le fais comme tous les citoyens et je l’envoie aux services concernés. »

Une passion ?

« J’aime faire mon potager : un peu de pommes de terre, de haricots, de potirons, les poireaux, les fruits… il y a un certain plaisir à cultiver. Quand j’invite des amis à la maison, j’aime qu’une partie du repas vienne du jardin. Je suis très sensible au monde agricole. Quand on fait son jardin, on se rend compte combien c’est difficile, et combien on est tributaire de la météo et des limaces… Aujourd’hui, nous devons nous orienter vers une agriculture qui utilise le moins de produits phytosanitaires. À titre d’exemple, j’ai mis trois sortes de patates cette année-ci et il y a une sorte qui n’a rien donné. »

Pourquoi faire de la politique ?

« J’ai commencé à m’intéresser à la politique quand j’étais encore étudiant. Je trouvais qu’il n’y avait pas assez d’écoute des jeunes. J’ai alors été candidat sur une liste apolitique dans ma commune. »